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Antésite a soif de nouveaux marchés

alimentation

Sa recette au réglisse aromatisé à l'anis a étanché la soif de plusieurs générations: 120 ans après sa création en Isère, la société Antésite, spécialisée dans la production de concentrés à diluer, se tourne vers d'autres marchés pour mieux épouser son époque.

Cette année, la marque a fait une infidélité à son produit phare, reconnaissable depuis des décennies à la robe noire de son petit flacon, en commercialisant une gamme de sirops et de jus de fruits bio.

Une première étape avant un virage crucial qu'elle abordera en 2019: "le passage au bio pour l'ensemble des produits Antésite", indique Adrien Mollard, 37 ans, qui a succédé à son père en 2010 à la tête de la société.

L'entreprise s'apprête également à lancer un "prêt à boire" bio à base de jus et d'arômes naturels, détaille le jeune PDG, conscient d'investir un marché où la concurrence est rude.

"Faire du bio, c'est 30% d'investissements en plus et une matière première plus chère de 20%", note-t-il.

En attendant le virage bio, 12.300 bouteilles du petit élixir noir sortent chaque jour des 6.500 mètres carrés de l'usine, située depuis sa création à Coublevie, à une trentaine de kilomètre de Grenoble.

En 2013, 3,5 millions d'euros ont été investis pour remplacer les machines de conditionnement et d'extraction végétale, par lesquelles passent les 17 variétés de végétaux transformés sur place.

Quant aux 350 tonnes de réglisse nécessaires, elles continuent d'être importées d'Afghanistan, du Pakistan, de Russie ou de la région de la mer Caspienne.

Ces investissements - ainsi que la croissance de l'équipe, passée de 25 à 40 salariés - ont permis à la marque de jeter les bases de sa diversification.

Antésite souhaite également mettre l'accent sur l'international pour casser sa dépendance à la saison estivale.

"Pour l'heure, la production est très saisonnière. Il faut que nos stocks soient pleins au moment où il fait chaud et où les gens ont soif", souligne Adrien Mollard.

Le jeune chef d'entreprise chiffre à 1.200.000 le nombre de bouteilles vendues chaque année et à 5,5 millions d'euros ses ventes de 2017.

"Les gens connaissent Antésite mais pensent que ça n'existe plus", déplore-t-il. "Pourtant, nous n'avons jamais aussi bien vendu que depuis trois ans".

- Lutter contre l'alcoolisme -

Antésite voit le jour en 1898, sous l'impulsion de Noël Perrot-Berton, un pharmacien employé auprès des hôpitaux de Lyon.

Cet apothicaire passionné voit alors en sa formule de concentré de réglisse un moyen efficace de lutter contre l'alcoolisme qui ravage la classe ouvrière.

"Il avait réussi à faire référencer Antésite dans les cantines, les comités d'entreprise, les centres de loisirs et même auprès de l'armée. Ce produit était visionnaire quand on voit les tendances de consommation aujourd'hui", relève Adrien Mollard.

Les années 1970 sont celles de l'âge d'or de la marque, qui sort de l'artisanat et multiplie ses volumes de vente.

En 1990, l'entreprise est rachetée par Denis Quattrocchi, le père d'Adrien Mollard, qui lui donne une nouvelle dimension.

Quelques mois après en avoir pris ses rênes, il fait l’acquisition de Noirot, un producteur d'extraits de fruits et de plantes basé à Nancy, et commercialise ses gammes de boissons apéritives, vins aromatisés, spiritueux et liqueurs.

Il créé également un programme de recherche et développement (R&D) doté de son propre laboratoire.

L'entreprise a aussi progressivement développé une activité de vente de ses extraits à l'industrie agro-alimentaire.

"Il y a un capital affectif très fort, un côté transgénérationnel important, hérité de l'histoire d'Antésite, que nous souhaitons valoriser", conclut Adrien Mollard.

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