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La "guerre de la frite" se joue à Frameries: des riverains s'opposent à l'implantation d'une usine de production

La "guerre de la frite" se joue à Frameries
 
 

Dans sa chronique sur l'économie et la consommation, Bruno Wattenbergh nous parle de la "guerre de la frite" qui se joue à Frameries.

C’est la guerre de la frite à Frameries ?

Exactement. Il existe dans le monde quelques grands producteurs de frites. Et l’un des 4 grands de ce monde est belge, il s’agit de Clarbout Potatoes qui fabrique aussi de la purée, des croquettes et des chips. L’entreprise dispose déjà d’une usine en Flandre, de 5 lignes de production à Warneton, mais aussi de hangars et des frigos à Frameries. Et c’est la guerre avec une dizaine de ménages de Frameries, car l’entreprise, malgré la crise du Covid, veut investir localement en créant une troisième usine avec à la clé 300 à 500 emplois.

Que souhaitent les riverains ?

Cela fait 3 ans qu’ils mènent une guérilla, rejoins récemment par les autorités locales. Ce dossier est assez exemplatif de ce qu’on appelle le "Nimbisme".

Du mot "Nimby" qui veut dire en résumé "partout, mais pas dans mon jardin" …

C'est le cas pour presque tous les investissements aujourd’hui. On le voit avec les éoliennes par exemple. Les entreprises hésitent à présent à se lancer dans ce type de projets car grâce aux procédures de recours le résultat est aléatoire et peut prendre 10 ans.

Mais au-delà de ces procédures, on peut se poser la question de l’intérêt individuel qui se substituent ici à l’intérêt collectif. Quel parti prendre? Celui de quelques dizaines de riverains ? (on parle d’une dizaine de maisons voisines du futur site). Ou de la création de 300 à 500 emplois dont une majorité peu qualifiés ? Qui plus dans une province qui en a bien besoin et où 15 communes dépassent de 20% le taux de chômage moyen de la région wallonne qui est déjà élevé. Et dans ce type de secteurs vous pouvez rajouter 1,5 à 2 emplois indirects. Et ces futurs employés ne peuvent pas manifester eux.

Cette entreprise vise-t-elle un terrain où elle a le droit de s’implanter ?

Oui. C'est un terrain public, appartenant à une intercommunale, l'Ideta. Ensuite, c’est un terrain classé en zone industrielle. Il faut bien se rendre compte que la Wallonie ne dispose pas tellement de terrains industriels disponibles. Cette pénurie va s’aggraver dans les prochaines années.

Enfin, l’intercommunale s’est engagée, il y a 3 ans vis-à-vis de l’entreprise. Les riverains ont convaincu la commune de modifier le plan de secteur, soit de changer en cours de route les règles du jeu pour en faire une zone artisanale qui ne génèrera plus que probablement jamais le quart des emplois promis par Clarebout.

Ce qui est aussi difficile à comprendre, c’est que l’entreprise fait ce qu’elle doit faire dans un pays où le coût salarial reste très élevé. Historiquement, elle triait et vendait les pommes de terre. Depuis 1988, elle est montée en gamme, créant des milliers d’emplois et vendant à l’exportation. Ce sont des entreprises comme celle-ci, dans des filières exportatrices, dont nous avons besoin pour financer notre coûteux mais apprécié modèle social. Et il n'y en a pas beaucoup de cette taille-là qui ont envie de venir en Wallonie et qui sont aussi intensives en main d’œuvre. Dans ce dossier, la Région wallonne va devoir choisir. Et ce choix sera sans doute révélateur de ses priorités futures.


 

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