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Chasse à l'homme dans les Cévennes en France: que sait-on de Valentin Marcone, l'homme suspecté de double meurtre?

Solitaire, fou des armes, père d'une petite fille.... que sait-on de Valentin Marcone, l'homme suspecté de double meurtre en France?
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Depuis ce mardi 11 mai, une véritable chasse à l'homme s'opère dans les Cévennes gardoises en France. C'est pas moins de 300 gendarmes, mais aussi le GIGN, des hélicoptères et des brigades cynophiles, qui sont mobilisés dans la forêt depuis presque plus de 72h pour tenter de retrouver l'employé d'une scierie suspecté d'avoir tué son patron et un de ses collègues mardi. Valentin Marcone, 29 ans, leur aurait tiré plusieurs balles dans la tête peu après 8h avant de se retrancher dans la forêt, équipé et armé. Que sait-on du meurtrier présumé?

Une véritable traque s'opère depuis 72h dans les Cévennes gardoises près du petit village des Plantiers en France. Un homme, âgé de 29 ans, est suspecté d'avoir tué par balles son patron, Luc Teissonnière 55 ans, et un de ses collègues, Martial 32 ans qui aurait tenté de le désarmer, dans la scierie du village où il était employé depuis environ un an. C'est après une simple remarque de son patron, à qui il n'avait pas dit bonjour, que le suspect, Valentin Marcone, aurait tiré plusieurs balles et abattu ce-dernier, avant d'abattre son collègue qui a tenté de s'interposer, peu après 8h ce mardi. 

"Vers 8h, l'employé n'a pas salué son patron qui le lui a fait remarquer, mais gentiment. À ce moment-là, le mis en cause a sorti une arme de poing et a immédiatement ouvert le feu, le tuant de plusieurs balles dans la tête" a détaillé mardi en fin d'après-midi le procureur de la République d'Alès, François Schneider, avant que l'enquête ne parte ce mercredi au parquet de Nîmes qui dispose d'un pôle criminel. 

L'homme s'est ensuite retranché dans la forêt avant de retourner chez lui pour s'équiper et s'armer. Un important dispositif policier a été déployé pour le retrouver depuis mardi: pas moins de 300 gendarmes, une équipe du GIGN et des brigades cynophiles. La traque se poursuit toujours ce vendredi au lendemain de l'appel à témoins lancé par la gendarmerie et relayé par les médias français mais aussi étrangers.

"Il pourrait potentiellement nous attendre sur son terrain, sa zone de confort, qu'il maîtrise car il y a été en solitaire très souvent. On considère qu'il en connaît tous les recoins", a prévenu le général Philippe Ott, commandant du groupement de gendarmerie du Gard, lors d'une conférence de presse avec la préfète du département et le procureur de Nîmes chargé du dossier.


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Qui est Valentin Marcone? Connaît-on ses motivations? Voici des éléments de réponse. 

Que sait-on du suspect, Valentin Marcone? 

Ce quasi trentenaire à l'apparence très jeune, cheveux châtain très courts et lunettes fines, est décrit par les habitants du village comme un homme solitaire. Son profil Facebook, épluché par les enquêteurs, révèle ses obsessions. Ainsi que sa profonde solitude.  

Un homme solitaire, père d'une petite fille d'un an

Valentin Marcone est marié et père d'une petite fille de tout juste un an. Dans un message audio transmis via la gendarmerie, son père Frédéric Marcone évoque son enfant et sa femme : "Iroise est magnifique, elle a dormi dans mes bras pendant deux heures, elle a besoin de toi, de son papa, Blandine a besoin de toi, elle est forte, elle a besoin de toi." La femme du suspect, Blandine, qui travaille sur la commune des Plantiers et avec qui il a eu sa fille, a aussi été interrogée par les enquêteurs.

Installé depuis une dizaine d'années aux Plantiers, Valentin Marcone était plutôt discret. "On l'a déjà vu car il travaillait à la mairie. (...) Mais il n'était pas plus sociable que ça : on ne le voyait pas, même quand il y avait des fêtes du village. Ce n'était pas quelqu'un qui fréquentait trop les autres apparemment", témoigne auprès de France 3 Occitanie l'ex-propriétaire du bar des Plantiers. "Il était très solitaire avec très peu voire aucun ami", a confirmé le général Philippe Ott de la gendarmerie du Gard.

Très "procédurier" et "paranoïaque": il était en conflit avec de nombreuses personnes 

Selon les premiers éléments de l'enquête, Valentin Marcone était en conflit avec son employeur, apparemment pour des problèmes d'horaires de travail. Le procureur de Nîmes, Eric Maurel, a évoqué "une bascule dans son comportement" notamment le fait "qu'il venait au travail avec un gilet pare-balles" depuis une quinzaine de jours, lors d'une conférence de presse. "Le pourquoi et le comment de cette bascule, nous n'en savons rien", poursuit-il. 

Le fugitif n'avait jusqu'alors proféré aucune menace ni eu de geste violent à l'égard de ses collègues. Mais mardi, à la suite d'une simple remarque de son patron, à qui il n'aurait pas dit bonjour, il aurait sorti un pistolet et tiré, l'abattant lui, puis un de ses collègues de plusieurs balles dans la tête. Même s'il n'était pas connu pour des faits de violences, et que son casier judiciaire est vierge, le suspect a une "personnalité très particulière, très procédurière" et un comportement de "type paranoïaque" depuis quelques temps, selon le procureur d'Alès, François Schneider.

Cet ancien employé de mairie était également en conflit avec l'ex-maire des Plantiers, Francis Maurin, contre lequel il avait lancé une procédure aux prud'hommes, rapporte Franceinfo. Valentin Marcone avait aussi déposé de nombreuses plaintes contre plusieurs personnes, dont certaines ont été classées sans suite. Il faisait lui-même l'objet de poursuites, d'après le procureur d'Alès.

"Il devait faire l'objet de poursuites devant le tribunal correctionnel pour des faits d'atteintes à l'intimité de la vie privée, puisqu'il avait enregistré une audition qui avait été faite par les gendarmes de la brigade locale", continue le procureur d'Alès. 

Quatre familles des Plantiers, "potentiellement ciblées" par Valentin Marcone, ont été évacuées de leur domicile et mises à l'abri jeudi, a annoncé l'actuel maire, Bernard Mounier, sur Franceinfo. "Je ne crois pas qu'il en veut à la population", relativise une habitante auprès de l'AFP. "Il a dû péter les plombs, avec tous les soucis qu'il a eus", assure-t-elle, en évoquant à la fois le confinement et ces "différents avec l'ancienne mairie".

Un goût pour les armes démesuré: une douzaine d'armes et 3.300 munitions retrouvées à son domicile 

Adepte du tir sportif, Valentin Marcone disposait de toutes les autorisations nécessaires pour détenir une arme légalement. "Le tireur est a priori équipé d'au moins deux armes, a expliqué mercredi soir le procureur de Nîmes, Eric Maurel, désormais en charge du dossier. 

"Il semblerait qu'il puisse y avoir une arme de poing, probablement celle utilisée lors du double assassinat, et une arme longue dont les caractéristiques laissent envisager une dangerosité toute particulière" avec une portée potentielle de 300 mLors de perquisitions menées à son domicile, une douzaine d'armes ont été retrouvées ainsi que "des éléments d'armes extrêmement sophistiqués et une quantité estimée à 3 300 munitions de tous calibres."

Le profil Facebook du suspect, illustré par l'image d'une carabine, "est en train d'être exploité", a précisé le procureur, et "révèle des éléments de personnalité qui tendent à confirmer la dangerosité criminologique de cet individu". Le suspect multipliait ainsi sur son compte les références à un jeu vidéo de guerre et les publications hostiles aux autorités : police, justice, hommes politiques... Sur sa chaîne YouTube, Valentin Marcone partage par ailleurs des vidéos de ses sessions de tir, relève Franceinfo.

Selon Philippe Ott, l'auteur présumé du double meurtre "s'entraînait très régulièrement au tir à longue portée". Il avait souhaité rejoindre l'armée pour devenir tireur d'élite et n'y était pas parvenu à cause de problèmes de vue. "Il a toujours gardé cette appétence pour les armes", a souligné Eric Maurel. 

Si les enquêteurs soupçonnait Valentin Marcone d'être adepte du survivalisme, ils n'ont "retrouvé dans sa documentation personnelle et sur le plan informatique aucune relation avec une structure survivaliste, aucun stage de survivalisme, aucun propos démontrant qu'il adhère à l'idéologie survivaliste", a insisté le procureur de Nîmes. "Ce n'est pas un adepte de l'idéologie survivaliste pas plus qu'un paramilitaire", a-t-il ajouté.

Le fuyard est cependant "un individu qui a une véritable dangerosité, et une des armes qu'il a à sa disposition", un fusil équipé d'une lunette de visée permettant de tirer avec précision à plusieurs centaines de mètres, "est une arme particulièrement dévastatrice", a insisté le magistrat.

La traque continue 

Le secteur des Cévennes dans lequel Valentin Marcone s'est enfui est "extrêmement complexe d'accès, extrêmement dangereux et pratiquement impraticable la nuit", a insisté le général Ott, en affichant sa préoccupation face au profil du meurtrier. Les gendarmes et militaires fouillent un secteur de 15km2, et n'ont toujours pas retrouvés la trace du tireur présumé. 

"Cet individu s'entraînait très régulièrement au tir, et surtout au tir à longue portée, (...) et il a peut-être positionné un poste de combat", selon le gendarme. "Mais nous sommes convaincus qu'il n'est pas très loin (...) et nous ne pensons pas qu'il a un complice", a-t-il précisé.

Cependant, les enquêteurs étudient aussi la thèse du suicide puisqu'après 4 jours de traque, Valentin reste introuvable. 




 

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