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L'enfer des transports collectifs à Kinshasa: voici comment ça se passe dans la mégapole congolaise

L'enfer des transports collectifs à Kinshasa: voici comment ça se passe dans la mégapole congolaise
(c)AFP

"Chaque jour, on joue les sardines": Espérant Kashama, étudiant en droit, vit au quotidien la congestion des transports en commun à Kinshasa, la mégapole africaine où quelques start-up explorent des "solutions" plus douces, plus fiables et plus sûres - mais tellement plus chères. La scène se répète quotidiennement aux heures de pointe et des mouvements pendulaires entre la "Cité" - les communes populaires - et Gombe, le coeur battant de l'économie dans la capitale de la République démocratique du Congo.

Le matin à Ndjili, Lemba, Matete... et le soir à l'heure de la sortie des bureaux, des milliers de "commuters" kinois, salariés ou étudiants, attendent un bus, un taxi, un taxi-bus, un moto-taxi...

Dans la douce lumière du soir "place des Évolués" à Gombe, des hommes et des femmes d'âge respectable doivent soudain courir comme des collégiens dès qu'un bus de la société public Transco se présente. Le véhicule est vite bondé. A l'intérieur, les passagers de tous les sexes se pressent les uns contre les autres sans un centimètre d'espace. Avec les bouchons, la promiscuité peut durer une à deux heures.

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Les embouteillages vont empirer avec les chantiers lancés par le nouveau président Félix Tshisekedi, qui commencent à empiéter sur les espaces de chaussée disponibles.

"Il faudrait qu'il y ait le respect du corps de chaque personne", s'insurge Espérant Kashama, l'étudiant en droit. "On arrive fatigués, on n'arrive pas à bien étudier".

Les transports collectifs sont une question de vie ou de mort à Kinshasa, la troisième plus grande ville d'Afrique avec ses quelque 10 millions d'habitants qui continuent de s'étaler sur trente kilomètres le long du fleuve Congo.

Ce n'est pas qu'une image. Au fil des années, le gouvernement a commandé des dizaines de nouveaux bus à des sociétés étrangères pour améliorer le confort des passagers. Ils ont été baptisés "Esprit de vie", par opposition aux "Esprit de mort", ces camionnettes hors d'âge conduites par des chauffeurs privés, avec leur receveur hurlant leur itinéraire, debout à la portière d'entrée, accrochés au toit du véhicule.

Autre solution de transport: depuis un an, une marée jaune a submergé Kinshasa. En juin 2018, les autorités ont ordonné aux taxis et taxis-bus de repeindre leur véhicule en jaune et d'arborer leur matricule bien en évidence.

Objectif: lutter contre les taxis clandestins et les ravisseurs qui enlèvent et dépouillent leurs passagers.

Cela n'a pas résolu tous les problèmes de sécurité. Sonia (prénom changé) en a fait la cruelle expérience fin 2018. "Je suis montée dans un taxi collectif en même temps qu'un autre gars. Je pensais que c'était un client. C'était un complice", se remémore l'étudiante-mannequin. Sur le siège arrière, la jeune femme se fait étrangler et prendre son téléphone et 130 dollars, avant d'être libérée vers l'aéroport. "J'ai porté plainte. La police m'a demandé 100 dollars pour commencer l'enquête", soupire-t-elle.

La "marée jaune" des taxis en tous genres est particulièrement haute aux heures de pointe. Elle ne suffit pas: "J'ai déjà attendu 30 minutes", soupire Chris, une étudiante rencontrée à l'arrêt Mandela sur le boulevard du 30-Juin. "A cette heure-ci c'est un peu difficile parce qu'il y a des gens qui sortent du travail. Mais j'espère que j'en trouverai un", poursuit la jeune femme qui veut rentrer à Ngaliema, une commune résidentielle sur les hauteurs.

Le ticket de bus ou la course de taxi coûtent 500 francs congolais (0,3 dollar). Mais comme Iva, femme de ménage, de nombreux Kinois doivent prendre deux à trois taxis pour aller de la "Cité" à Gombe, deux fois par jour, soit deux dollars au quotidien. C'est beaucoup pour des salaires de 250 dollars mensuels.

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A Kinshasa, dans les transports comme ailleurs, la pauvreté de millions de personnes côtoie l'aisance de quelques milliers de privilégiés, expatriés, personnels humanitaires, membres de la diaspora ou cadres congolais.

C'est pour ce "village VIP" que des start-uppeurs développent des applications de taxis à la demande.

Le projet le plus abouti d'Uber en version kinoise est porté par une entrepreneure congolaise de 37 ans, Patricia Nzolantima, à la tête de sa société Ubizcabs.

Du siège de sa société, Patricia surveille par GPS le trajet de sa flotte d'une dizaine de voitures et les demandes de chaque passager, avec le coût d'une course qui va de 10 à 40 dollars pour l'aéroport.

"On a commencé avec la classe moyenne. On voudrait garder le même standing avec différents modèles de véhicules afin de pouvoir répondre aux besoins de toute la population", résume Patricia.

Une belle utopie entrepreneuriale. La plupart des Kinois sont plus proches des "Wewa" - moto-taxis - que de ses voitures climatisées avec internet. A moins qu'ils n'utilisent encore la "ligne 11" - la métaphore en vigueur pour désigner la marche à pied à Kinshasa.

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