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Scala: l'interprète de Carmen ovationnée, mais des sifflets pour la mise en scène

 
 

Une Carmen libre et sensuelle, interprétée par la jeune Géorgienne Anita Rachvelishvili, a enthousiasmé lundi soir le public de la Scala de Milan qui a par contre conspué la mise en scène d'Emma Dante, lors de l'ouverture de la saison 2009-2010.

Agée de 25 ans, diplômée de l'Académie de la Scala, la mezzo-soprano quasi inconnue, dont c'était le premier grand rôle, a reçu une ovation de près d'un quart d'heure. "Le rêve continue et j'espère qu'il continuera", a-t-elle déclaré, comblée, après sa performance vocale.

Sauvage, effrontée, sensuelle, Anita Rachvelishvili s'est fondue à merveille dans la peau de l'héroïne de Georges Bizet, une héroïne qui scandalisa la critique lors de la première de l'oeuvre à Paris en 1875, à peine quelque mois avant la mort du compositeur.

Le rideau s'ouvre sur une place de Séville très sévère. Les cigarières quittent la manufacture de tabac au pas, une fleur dans la bouche, se couvrant pour certaines d'un voile de religieuse.

Avant que Carmen la bohémienne n'entre en scène, symbole de la femme libre, admirée de ses collègues, se riant des soldats à qui elle chante son hymne "L'amour est un oiseau rebelle".

Une lecture d'Emma Dante selon qui "être Carmen signifie transgresser les règles, s'éloigner du moralisme et de l'hypocrisie (...) éprouver l'ivresse de la liberté (...) et par conséquent remettre en question l'existence de Dieu".

Carmen envoûte le brigadier Don José, joué par le ténor allemand Jonas Kaufmann qui avait dû être remplacé vendredi par Riccardo Massi lors de l'avant-première, à cause d'une indisposition.

Lui aussi ovationné, Jonas Kaufmann entonne avec Carmen des duos magistraux, servis par une direction musicale très fine de Daniel Baremboim.

Le baryton-basse uruguayen Erwin Schrott, qui interprétait le torero Escamillo, a été lui plus inégal.

Restant libre jusqu'au bout - "Libre elle est née et libre elle mourra" - Carmen tombe dans un final intense sous le poignard de Don José auquel elle refuse son amour, lui préférant Escamillo.

Pour sa toute première fois à l'opéra, Emma Dante, figure de proue du théâtre contemporain italien, a elle subi les foudres du public milanais qui l'a sifflée copieusement.

Chargée de symboles, sa mise en scène est originale mais ne semble pas scandaleuse.

La Sicilienne sait faire bouger les foules, rythmant des scènes avec des séquences de danse endiablée et acrobatique, de tourbillons de jupes gitanes.

"Peut-être que des idées n'ont pas été comprises car elles ne se trouvent pas dans le livret mais il n'y a toutefois pas eu d'exagérations. Je suis contente du travail que j'ai réalisé, les contestations sont des réactions vitales", a-t-elle réagi à la fin du spectacle.

Evénement politico-mondain, la première de la Scala - qui se déroule toujours le 7 décembre, jour de la Saint-Ambroise, le patron de la ville - a vu défiler les personnalités dont le président italien Giorgio Napolitano, ses homologues sénégalais Abdoulaye Wade et gabonais Ali Bongo Ondimba ou l'écrivain américain Dan Brown.

A l'extérieur, acteurs et musiciens ont manifesté contre les coupes budgétaires tandis qu'un cortège d'ouvriers dénonçait l'impact social de la crise. Des revendications qui sont rentrées dans la salle, les musiciens ayant marqué une minute de silence par solidarité.


 

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