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"Ils dégomment le terrain": les naturalistes ENRAGENT en découvrant un chantier sur la friche Josaphat (vidéo)

Tristesse des naturalistes, colère de Schaerbeek: la Région n'attend pas la fin des discussions sur la friche Josaphat, une pelleteuse entre en action (vidéo)
(c) RTL INFO

La friche Josaphat, concernée par un Plan d'Aménagement Directeur, continue de faire parler d'elle. Le milieu, considéré comme un nid pour la biodiversité bruxelloise, est actuellement en chantier, à la surprise générale. De quoi inquiéter grandement les naturalistes.

La friche Josaphat continue de faire parler. Cet espace de 25 hectares, situé à cheval sur les territoires d'Evere et de Schaerbeek, est considéré comme un des centres clés de la biodiversité bruxelloise. "Nous avons comptabilisé 1.000 espèces animales et végétales. Il y en a encore le double à découvrir", affirme Benoît De Boeck, naturaliste et grand connaisseur du site.

Mais le lieu fait l'objet d'un Plan d'Aménagement Directeur. L'objectif: y implanter pas moins de 1.600 logements, en plus d'une gare RER, d'écoles et d'un site industriel. Des espaces verts seraient garantis afin de préserver la biodiversité locale. Ce à quoi ne croient pas les naturalistes, dont certains nous ont contactés via le bouton orange Alertez-nous après avoir découvert des engins de chantier sur le site.

Creusement d'une bande de 100 mètres de long

Ils condamnent le lancement d'un chantier de terrassement par la SAU, la Société d'Aménagement Urbain, organisme public (l'actionnaire majoritaire est la Région bruxelloise) propriétaire du site. "Ils ont creusé une bande de 7 mètres de large sur 100 mètres de long", nous explique Benoît De Boeck. Une aberration, selon eux, alors que le projet n'a pas encore été adopté.

Une pelleteuse en plein débat public

Le projet d'aménagement de la friche Josaphat doit encore être avalisé par le gouvernement bruxellois. L'enquête publique est terminée, mais les avis émis par les communes ne sont pas les mêmes: positif pour Evere, négatif pour Schaerbeek. La Commission Régionale de Développement doit statuer à ce sujet dans quelques jours, ce qui permettrait au projet d'être amendé et d'atterrir en deuxième lecture auprès du gouvernement.

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Visiblement, la Société d'Aménagement Urbain, propriétaire du site, n'a pas attendu cet avis pour entamer certaines procédures. Le chemin tracé, en pleine zone humide, doit permettre à des engins lourds de faire des analyses de sol, selon eux. Ils ne savaient cependant pas que le chemin en question, creusé par une pelleteuse depuis samedi, traversait une zone humide riche en biodiversité. 

Il n'y a pas grand-chose à dire. Faire cela, en plus en période de confinement, c'est incompréhensible

"Cela n'a aucun sens, ni queue ni tête. Ils dégomment le terrain", regrette Mathieu Simonson, responsable du jardin Latinis et lui aussi membre du collectif "Sauvons la friche Josaphat'. "Ils sont là pour développer un quartier. Ils savent pertinemment ce qu'ils font. Ils veulent maintenir une valeur écologique sur place, mais ils envoient une pelleteuse sur un site de ponte ?", s'interroge-t-il ensuite.

Mathieu Simonson, comme d'autres, a été très surpris de découvrir ces engins de chantier sur le site samedi matin. "Il n'y a pas grand-chose à dire. Faire cela, en plus en période de confinement, c'est incompréhensible", explique le naturaliste. "Je suis très triste, en colère même", embraye Benoît De Boeck. 

Le naturaliste craint même qu'il s'agisse là d'un moyen de contourner les lois en vigueur. "Pour le moment, ils n'ont terrassé que superficiellement. Mais ils vont durcir le sol avec des cailloux pour leurs engins lourds. Je crains qu'ils ne travaillent sur une voirie, touche par touche", explique-t-il, s'interrogeant ensuite sur la légalité de l'action.

"C'est tout à fait légal"

Une question que s'est aussi posée la commune de Schaerbeek, surprise par ces agissements. "Je suis fâché, mais impuissant", nous explique Vincent Vanhalewyn, premier Echevin de Schaerbeek, qui s'est rendu sur le site samedi pour constater l'avancée de ces travaux. "Il n'y aucun moyen de bloquer ce qu'ils font, ce sont des travaux dit légers, qui ne nécessitent aucun permis. Ils sont propriétaires du site et ont le droit d'y faire cela".

Mais selon Vincent Vanhalewyn, au-delà du côté légal, il y a un côté éthique qui, lui, n'a pas été respecté. "Je trouve cette décision scandaleuse, je suis vraiment choqué", hurle-t-il d'ailleurs. "Ce n'est pas comme ça qu'on construit une ville avec les associations, institutions et habitants. C'est politiquement et légitimement inacceptable. Je ne peux que crier ma déception", regrette ensuite le premier échevin.

Soit la SAU a commis une erreur abominable, soit ils font preuve de malveillance

Les naturalistes, eux, sont prêts à tout pour que cette action soit stoppée. Ils condamnent notamment le fait d'avoir eu besoin de l'aide de Bruxelles Environnement pour éviter la destruction d'une mare, située sur le tracé du chemin. Une mare qui sera finalement contournée de justesse. "Ils frappent en plein milieu humide, sur un site de ponte, au moment où les gens sont moins vigilants, en plein confinement", affirme Mathieu Simonson, qui nous explique que le tracé de départ comprenait la destruction de cette mare. "Soit la SAU a commis une erreur abominable, soit ils font preuve de malveillance. C'est complètement aberrant".

"La biodiversité sera perdue"

Depuis le début, ce projet d'aménagement urbain suscite une vive polémique. De nombreux riverains, naturalistes et autres ont crié leur colère, estimant qu'il fallait à tout prix sauvegarder cet espace. Il faut dire que les biologistes, notamment, le considère comme un espace clé de la biodiversité bruxelloise, dont l'espace est déjà très urbanisé.

"Le rapport d'incidence était d'ailleurs très déficitaire à ce niveau-là", révèle Benoît De Boeck. "Il soulignait que trop peu d'efforts étaient faits pour préserver cette biodiversité. Cela peut déranger les propriétaires du site", souligne-t-il ensuite. "La friche abrite notamment de nombreuses abeilles rares et des libellules qui ne se reproduisent quand dans nos mares", rappelle ensuite le naturaliste. 

L'impact d'un chantier de cette ampleur serait visiblement incroyable. "Il ne subsistera que des espèces banales, typiques de notre pays", affirme Benoît De Boeck. "La biodiversité serait irrémédiablement perdue. On ne conservera peut-être que 10% de ces espèces, et encore", peste-t-il ensuite.

Selon lui, cependant, le chemin qui fait naître cette nouvelle polémique n'a pas encore eu de conséquences trop importantes. "Les dégâts sont déjà importants, mais si on en reste là, la nature reprendra ses droits", affirme-t-il, conditionnant cela à une absence de bétonnage. "Si cela s'ajoute à de nombreux passages d'engins de chantier, alors nous aurons un problème. Nous avons déjà perdu beaucoup de plantes", s'inquiète le naturaliste.

Suffisant, donc, pour tenter de faire stopper ces travaux.

"Il faut bloquer le site"

Alors que l'action, comme expliqué plus tôt, est légale, certains membres du collectif citoyen "Sauvons la friche Josaphat" envisagent de prendre des mesures fortes. "Le mieux serait d'aller sur le terrain et de bloquer le site. Il faut empêcher les grues de faire ce chemin", estime Mathieu Simonson. "C'est une infraction, ça va nous coûter de l'argent, mais nous n'avons pas grand-chose d'autre à faire. Des personnes veulent faire un recours en conseil d'état, mais en attendant, le travail continue. "Il faut leur demander des explications, il y a un minimum de décence à avoir", regrette-t-il par la suite.

S'il n'a pas de solution à proposer actuellement, le premier Echevin de Schaerbeek, Vincent Vanhalewyn, a rappelé que la commune ne s'opposait pas à ce projet. "Je comprends que les associations environnementales veulent que l'on ne fasse rien sur ce site", tempère-t-il. "Nous ne sommes pas contre l'urbanisation, mais il faut que le projet soit amélioré au niveau du maintien de la biodiversité et de la durabilité. Commencer, en plein débat public, à lancer des chantiers comme celui-là, avec des dégâts potentiellement irréversibles, ce n'est pas correct. Encore moins de la part d'un opérateur public".

Les machines ont continué à travailler sur place ce lundi. La polémique grandit, dans un dossier déjà très tendu et sensible. Voilà qui ne va pas aider à apaiser les tensions.

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