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Mireille, 57 ans, s'inquiète de la présence d'un camp de Roms en bas de chez elle à Molenbeek

 
 

La commune garde un oeil sur la situation mais n'a pas vocation à expulser les occupants.

"Ils sont bien installés et ça ne dérange personne ?", se demande Mireille, qui habite la commune de Molenbeek en région bruxelloise. La présence d'un campement près de chez elle l'importune depuis quelques mois et elle nous le fait savoir via le bouton orange Alertez-nous. Situé aux abords de la station métro Beekkant, le camp abrite une vingtaine de cabanes de fortune. "On dirait un petit village", précise la Molenbeekoise de 57 ans.

La quinquagénaire habite un logement social et dit ne pas se sentir en sécurité par la présence des personnes qui logent dans ce camp. C'est un va-et-vient vers la zone du campement qui l'a alerté en début d'année. "Je voyais depuis longtemps qu'il y avait des gens qui allaient par-là. Comme il y avait un chantier, je me disais qu'ils allaient voler des clous ou autre chose. Mais en voyant des gens en sortir avec des planches un jour, cela m'a fait tilt' ", raconte-t-elle.

Mêle-toi de ce qui te regarde

Mireille y découvre des baraques en tôle, des ordures tassées, des caddies abandonnés. Elle dit aussi observer un manque d'hygiène important. Un jour, Mireille interpelle l'une des personnes qui sort du campement avec une planche en bois à la main sur la provenance de celle-ci. La discussion tourne court. "Mêles-toi de ce qui te regarde", lui aurait-on rétorqué accompagné de noms d'oiseau. Une réponse qui n'a guère satisfait l'habitante de Molenbeek qui a décidé alors d'alerter les autorités communales de leur présence illégale. "J'ai été à la commune pour essayer de prendre rendez-vous avec la bourgmestre, mais pas moyen de la joindre. Ils m'ont donné un numéro de téléphone où il n'y a jamais personne qui répond. L'agent de quartier n'est jamais à son poste. Il fait surement son travail dehors. J'ai juste pu signaler au logement social que je ne me sentais pas en sécurité", explique-t-elle.

"Ils sont apatrides"

Jointe par notre rédaction, la commune de Molenbeek dit être "attentive à la situation" aux abords de la station métro Beekkant. Elle a été mise au courant de l'existence de ce camp le 23 mars dernier par la structure de logements social dont dépend Mireille. "A l’initiative de Mme Moureaux (bourgmestre), la problématique a été prise en charge par les services de la prévention et sociaux", fait savoir Rachid Barghouti, attaché de presse de la bourgmestre. Environ 20 personnes de la communauté Rom, sans enfant, vivent dans ce campement d'après un recensement de la commune. "Ce sont des Roms de transit, ils viennent quelques semaines et repartent aussitôt. Ils n'ont pas de statut, ils sont apatrides", précise-t-on.

Aucune expulsion prévue

Dans un premier temps, les Roms présents avaient annoncé leur départ pour la fin du mois de mars, mais ils n'ont finalement pas tenu promesse. "Nous mobilisons nos services sociaux, les médiateurs Rom, le dispositif sans-abri de la commune et nos gardiens de la Paix qui se rendent régulièrement sur place pour analyser la situation. Une aide alimentaire est envisagée", précisait Rachid Barghouti il y a quelques semaines. Le terrain où s'est établi le camp de Roms appartient à Infrabel, gestionnaire du réseau ferroviaire. La commune dit avoir pris contact avec Infrabel. Cette dernière a informé les autorités Molenbeekoises qu'elle n'interviendrait que "s’il y a un risque pour la sécurité des voyageurs ou pour l'exploitation ferroviaire, ce qui n’est pas le cas actuellement." Une position derrière laquelle se range également la commune: "Nous n'avons pas vocation de les expulser, sauf si cela devient dangereux. Le campement ne pose pas de problème de sécurité immédiate avec les riverains", ajoute-t-on en mentionnait l'absence d'enfant sur le camp, un élément essentiel dans la prise de position de la commune bruxelloise.

Deux médiateurs Roms au sein de la commune de Molenbeek

Les Roms, appelés aussi "gitans" ou "tziganes" est une communauté d'environ 7 millions de personnes originaires de l'Europe de l'est. Ils seraient 11.000 à Bruxelles, d'après un décompte en 2019 de l'asbl 'Foyer'. Pour entrer en contact avec cette population marginalisée sur son territoire, la commune de Molenbeek peut s'appuyer sur le travail et les compétences de deux profils uniques: des médiateurs Roms. Ils parlent évidemment la langue et facilitent le contact entre cette population et les autorités communales. Les deux fonctionnaires dépendent de la cellule sans-abri pilotée par Nathalie Pillippart. Elle nous en dit plus sur le travail de ces deux médiateurs: "Ils sont là pour essayer d'accompagner ce public très particulier. Voir leurs besoins ou s'il y a la possibilité de mettre en place un accompagnement social, professionnel ou encore scolaire pour les enfants."

Ils ne restent pas forcément à un endroit pour toujours


Pour la responsable de la cellule sans-abri, l'objectif principal est de faire en sorte qu'une cohabitation sans tension entre riverains puisse exister. Hors période coronavirus, les médiateurs Roms organisent également des projets culturels, ludiques ou d'accompagnements scolaires pour les enfants de la communauté Rom. "Mes collègues (médiateurs Roms) réalisent un tour de force en accompagnant ce public et en permettant aux enfants de s'inscrire dans des écoles, de suivre un cursus scolaire."

Anthropologue de formation, Nathalie Pillippart évoque un public "particulier" pour parler des Roms: "C'est vraiment un monde à partLeur conception de s'implanter quelque part n'est pas la même que tout le monde. Il y a des allers et venues. Ils ne restent pas forcément à un endroit pour toujours. Ils bougent. Il y a des moments où on retourne plutôt au pays, et d'autres où on en revient. On n'a pas la même conception de l'espace public, de l'implantation, de l'espace de vie, etc.", précise-t-elle, sans pour autant se proclamer spécialiste, loin de là. 

La zone autour du métro Beekkant sera réaménagée

Aux dernières nouvelles, les médiateurs Roms se sont rendus sur les lieux du campement à Beekkant et ont constaté un campement désert. Pourtant, "les cabanes sont toujours là. A notre connaissance, ils ne sont pas sur la commune. C'est ça qui est compliqué. Tout d'un coup, ils disparaissent. On ne sait pas quand, comment, ni vers où. Comme ils ont laissé certains objets, peut-être vont-ils revenir ? Tout est possible", remarque Nathalie Pillippart. Pour Mireille qui habite à quelques mètres du camp, les "locataires" du camp ne sont pas partis et ils continueraient de rejoindre le lieu régulièrement.

Du neuf en vue

Si Mireille dit ne pas se sentir en sécurité, c'est aussi lié à l'insalubrité et la vétusté globale du quartier. "J'ai de plus en plus peur de sortir dans ce quartier. Le métro est sale et moche. Ca fait plus de cinq ans que la passerelle de la station est démontée, les bâches se sont envolées. Le quartier est laid."

Un constat qui semble être partagé par les autorités communales, puisque Jef Van Damme, échevin des travaux publics à Molenbeek vient d'annoncer début mai "le réaménagement de la zone autour du métro Beekkant." Il s’agit d’un projet de 15.000 m², pour un budget de plus de 3 millions d’euros. "L'un de nos plus grands projets", précise-t-il. "Le projet prévoit non seulement une rénovation complète de la place Beekkant existante, mais aussi un élargissement de l’espace public. Une partie du site abandonné de la gare de l’Ouest sera transformée en parc public." 

Par ailleurs, des négociations sont en cours entre Infrabel et la Région bruxelloise pour savoir ce qu'il adviendra du terrain appartenant au gestionnaire du réseau ferroviaire. Terrain où logent les membres de la communauté Roms en ce moment.

Mireille qui habite le quartier depuis 20 ans a obtenu il y a quelques jours de son institution sociale un autre logement à 3 kilomètres il y a quelques jours. "Toute cette insécurité trop stressante m'empêchait de dormir". Ses valises seront prêtes pour début juin.




 

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