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Travailleurs ET employeurs du milieu de l'enfance en grève ce jeudi: "Nous sommes les laissés-pour-compte de ce pays"

Travailleurs ET employeurs du milieu de l'enfance en grève ce jeudi:
© Alertez-nous
 
CORONAVIRUS
 

Kathy, Sara, Adeline (prénom d'emprunt) sont accueillantes d'enfants et elles sont en colère. Chacune à leur manière, elles ont prévu de participer à la grève de ce jeudi 1er avril. Adeline ne gardera pas de petits ce jour-là, Kathy portera un brassard et va sensibiliser les parents. Manque de reconnaissance de leur rôle, promesses de financement non tenues, les revendications multiples sont portées par les travailleurs et les employeurs et c'est plutôt rare.

Les fédérations d'employeurs et les organisations syndicales du secteur de l'Enfance unissent leurs forces ce jeudi pour alerter sur leur situation difficile. Des arrêts de travail auront lieu dans les milieux d'accueil et les Services de promotion de la santé à l'école (PSE). Le point en direct ce jeudi dans le RTL info 13h:

Plusieurs personnes nous ont envoyé des photos pour qu'on parle de leur action :


(Gembloux)
 
(Peruwelz)

 
(Woluwe-Saint-Pierre)
 
 (Herstal)


(Wavre)


(Braine-le-Comte)


Adeline: "On a perdu beaucoup d'argent"

Adeline exerce ce métier depuis 4 ans. Elle est ce qu'on appelle 'conventionnée', c'est-à-dire qu'elle n'est payée qu'en fonction des enfants qu'elle garde effectivement. C'est un statut précaire, quand elle ne travaille pas, elle ne touche rien. Elle nous a contactés via le bouton Alertez-nous. Comme ses confrères et consoeurs, elle est restée sur le pont depuis le début de la crise il y a un peu plus d'un an, mais elle a vu ses revenus diminuer. "Avec le covid, on a perdu beaucoup d'argent", car forcément les petits ne sont plus déposés aussi régulièrement et ils sont plus souvent malades.

Une réforme des milieux d'accueil a été entamée sous la précédente législature et toutes ces accueillantes conventionnées étaient censées passées sous statut salarié d'ici 2024. Mais cela devrait prendre beaucoup plus de temps car d'après les syndicats, les budgets devraient être rabotés. "800 travailleurs ont déjà pu bénéficier du statut plus intéressant, il reste encore 1.100 conventionnés et avec le budget prévu, seuls 30 pourraient changer de régime chaque année", indique Yves Hellendorff, secrétaire national non marchand pour le syndicat chrétien CNE.

Sans nous, les parents ne peuvent pas aller travailler, mais nous n'avons aucune reconnaissance

Sara travaille comme accueillante conventionnée depuis 2013. Elle attendait beaucoup d'un futur changement de statut : "La promesse d'une stabilité financière, de vacances ou d'acheter une maison sans craindre de manquer d'argent et d'une pension plus importante", écrit-elle via Alertez-nous. Mais depuis le week-end dernier, elle vit dans l'angoisse : "J'ai appris sur Facebook les intentions de la ministre sans concertation avec aucun service. Nous sommes les laissés-pour-compte de ce pays. En période covid, nous sommes essentielles mais en dehors ? Depuis samedi, je suis sous calmants. Cette annonce m'a mise plus bas que terre. J'attends depuis trois ans ce statut, chaque fois les conditions d'engagement changent". Malgré tout, elle dit aimer son métier et ne vouloir en faire aucun autre. "Sans nous, les parents ne peuvent pas aller travailler, nous sommes nécessaires au bon fonctionnement de la société. Mais nous n'avons aucune reconnaissance", estime-t-elle.

Accueillante à Arlon depuis 1993, Kathy, elle, est passée sous statut salarié en 2018. Et elle est solidaire du mouvement de grève : "Certains collègues ont touché 400 ou 500 euros de salaire certains mois car les enfants ne venaient plus", déplore-t-elle.

J'ai cousu à la main mes premiers masques, c'était la débrouille

Elle travaille 55 heures/semaine et témoigne de conditions encore plus difficiles en période covid : "Nous n'avons pas été confinés et nous n'avons reçu pratiquement aucune aide pour le matériel". Les règles d'hygiène, notamment, ont pourtant rapidement changées et sont devenues beaucoup plus strictes. "J'ai cousu à la main mes premiers masques et j'ai reçu ma première bouteille de gel hydroalcoolique de l'ONE (Office de la Naissance et de l'Enfance) le 25 juin. J'ai commandé des gants en Allemagne, c'était la débrouille...".

Adeline raconte avoir reçu depuis le début de la crise deux boîtes de 50 masques, elle doit pourtant en utiliser deux par jour minimum. "On est en colère, on a travaillé depuis le début de l'épidémie, on a fait tout ce que le gouvernement nous a demandé et on ne sait pas quand on aura notre statut". Elle ne travaillera pas ce jeudi, les parents ont été prévenus.

Comme ses collègues, Kathy a le sentiment que ses efforts n'ont pas été pris en compte par le gouvernement, alors que leur apport est indispensable, particulièrement en période de crise : "On élève des enfants, pas des petites poules". Jeudi, elle n'aura pas la possibilité d'arrêter le travail, mais elle va sensibiliser les parents aux difficultés rencontrées.

Une journée d'action exceptionnelle qui réunit travailleurs et employeurs

L'action du 1er avril est organisée, chose plutôt exceptionnelle, par les fédérations d'employeurs et les organisations syndicales du secteur de l’enfance. "On n'a pas l'habitude de travailler ensemble... C'est la preuve qu'il y a un malaise fondamental avec le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles", considère Yves Hellendorff, secrétaire national non marchand pour le syndicat chrétien CNE.

Dans leurs griefs, ils pointent d'abord un manque de reconnaissance du secteur dans la gestion de la crise. Les travailleurs n'ont pas reçu de prime covid, alors que la charge de travail a été alourdie et qu'ils ont été exposés au virus (pas de fermeture des milieux d'accueil). Ils ne sont pas prioritaires pour la vaccination (ne serait-ce qu'avec une possibilité d'avoir accès aux doses restantes des publics à risque).

Et selon les informations des syndicats, le gouvernement "ferait marche arrière dans la réforme des milieux d'accueil de l'enfance avec une réduction budgétaire qui mettrait à mal plusieurs chantiers: l'augmentation des normes d'encadrement, le passage de nombreuses accueillantes conventionnées au statut de salariées ou encore le financement des milliers de nouvelles places attendues pour que l'accueil de l'enfance soit accessible à toutes les familles".

Le budget pour la réforme du secteur de l'enfance rabotée?

"Dans le contrat de gestion de l'ONE qui sera mis à l'ordre du jour du gouvernement, le financement de la réforme serait passé de 125 millions à 50 millions d'euros", affirme Yves Hellendorff.

Du côté du cabinet de la ministre de l'Enfance en Fédération Wallonie-Bruxelles, Bénédicte Linard, on souligne que les discussions sont toujours en cours: "L'objectif est toujours de pouvoir mettre en oeuvre cette réforme de manière progressive".

En Wallonie et à Bruxelles, selon les chiffres obtenus par les syndicats, il y a 8.000 travailleurs dans les crèches, 2.500 accueillantes d'enfants, une centaine dans les services de garde d'enfants à domicile, 1.000 travailleurs ATL (accueil temps libre et notamment l'accueil extrascolaire) et 250 dans les services PSE (promotion de la santé dans les écoles).

Ce jeudi 1er avril, le secteur de l'enfance sera donc mobilisé. Il y aura des fermetures réelles dans les milieux d'accueil (après avertissement des parents) mais aussi des garderies organisées pour les personnes qui n'ont pas de solution de rechange, car "le but n'est pas d'embêter les familles", conclut Yves Hellendorff.

 




 

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