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Du cadmium, ce métal lourd et toxique, détecté dans nos aliments : un produit particulièrement pointé du doigt

par Chérine Bouafassa et Gwendeline Delieux
Ajoutez-nous à vos favoris Google Céréales, biscuits, pâtes, pommes de terre… contaminés au cadmium. Un scandale alimentaire fait grand bruit en France. Des taux anormalement élevés de ce métal lourd ont été détectés dans les produits alimentaires cultivés chez nos voisins. De quoi nous inquiéter : si la France est touchée, pourquoi en serait-il autrement chez nous ? Et quid des produits biologiques ? C’est ce que nous avons cherché à savoir.

La France est secouée par un vaste scandale autour du cadmium, une substance toxique et cancérigène à laquelle les consommateurs sont exposés depuis des années, selon le rapport de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) publié fin mars 2026.

Ce métal lourd est aussi présent dans certains sols wallons, avec des concentrations plus élevées à proximité des anciens sites industriels. Les études qui ont mis le feu aux poudres en France font état d’une exposition préoccupante, trois à quatre fois plus élevée que dans d’autres pays européens proches.

Quid en Belgique ?

Face à ces constats alarmants, une question s’impose : la Belgique est-elle concernée de la même manière ? Selon Nicolas Yernaux, porte-parole du Service public de Wallonie, la situation est globalement moins préoccupante, mais pas inexistante. « On peut considérer que la Wallonie est moins touchée que la France, mais il existe tout de même des zones plus contaminées, notamment liées à des activités industrielles historiques », explique-t-il.

Le cadmium est en effet présent dans certains sols wallons, avec des concentrations plus élevées à proximité d’anciens sites industriels. Les données issues du bio monitoring humain confirment que la population belge est exposée. Le cadmium a été détecté chez plus de 90 % des enfants, adolescents et adultes analysés en Wallonie. Les niveaux augmentent avec l’âge, et certains dépassements des valeurs de référence sanitaire ont été observés.

Malgré ces constats, les niveaux observés en Belgique restent globalement comparables à ceux relevés dans d’autres pays européens, loin des niveaux particulièrement élevés constatés en France.

Les engrais phosphatés dans le viseur

Comme en France, l’origine principale de la contamination se trouve dans les sols agricoles, et plus particulièrement dans l’utilisation d’engrais phosphatés. Le cadmium est naturellement présent dans les roches utilisées pour produire ces engrais. Or, selon leur provenance, les concentrations peuvent varier fortement. Historiquement, la Belgique s’approvisionnait davantage en phosphates issus de l’Est, généralement moins contaminés que ceux utilisés en France. Cela pourrait expliquer en partie les différences observées entre les deux pays.

Mais cette situation pourrait évoluer, notamment en fonction des réalités géopolitiques et des sources d’approvisionnement. Aujourd’hui, la Belgique applique la réglementation européenne qui fixe une limite maximale de 60 Mg de cadmium par kilo d’engrais phosphaté. Un seuil jugé encore trop élevé par certains experts, qui plaident pour un durcissement des normes.

Et sur le terrain, cette problématique est déjà bien réelle pour certains agriculteurs. Le 7 avril 2026, la Fédération unie de groupements d’éleveurs et d’agriculteurs (FUGEA) a participé à une réunion avec l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA) consacrée à une campagne de contrôle menée en 2025 dans le secteur maraîcher.

Depuis plusieurs années, certains producteurs font l’objet de contrôles liés à des dépassements en cadmium, pouvant aller jusqu’à la destruction de cultures, souvent en lien avec la nature des sols ou des pollutions historiques. Selon des données du Service public de Wallonie, la pollution aux métaux lourds pourrait concerner jusqu’à 48.000 hectares, soit près de 7 % de la surface agricole utile wallonne, ce qui illustre l’ampleur potentielle du phénomène.

Le bio : un refuge ou un faux-semblant ?

Face à ces inquiétudes, l’agriculture biologique est souvent perçue comme une alternative plus sûre. Mais la réalité est plus nuancée. En agriculture biologique, l’utilisation d’engrais phosphatés d’origine minérale est autorisée, mais reste très limitée. Les agriculteurs privilégient surtout les apports organiques, comme le fumier.

Cependant, cela ne signifie pas que le bio est totalement épargné. Le cadmium étant naturellement présent dans les sols, une exploitation biologique peut elle aussi être concernée, notamment en cas de contamination historique. « Le type d’exploitation, biologique ou conventionnelle, n’aura pas d’influence directe sur le fait que le cadmium se retrouve ou non dans la chaîne alimentaire », explique Bruno Huyghebaert, directeur scientifique au Centre wallon de Recherches agronomiques (CRA-W).

Autrement dit, le bio ne protège pas totalement du cadmium, car le problème se situe d’abord au niveau des sols. Certaines organisations agricoles soulignent toutefois que le bio utilise beaucoup moins de phosphates miniers, identifiés comme une source majeure de contamination, et impose des seuils plus stricts pour certains intrants.

Des contrôles stricts en Belgique

En Belgique, la présence de métaux lourds dans l’alimentation est étroitement surveillée. L’AFSCA réalise chaque année des contrôles sur un large éventail de produits alimentaires, qu’ils soient produits localement ou importés. Les résultats sont globalement rassurants. Sur les 1.559 échantillons analysés en 2024, 99 % respectaient les normes légales. Sur trois ans, le taux moyen de conformité atteint près de 98,7 %.

Des limites strictes sont fixées au niveau européen pour de nombreux aliments, notamment les céréales, les légumes, la viande, le poisson, le chocolat ou encore les produits destinés aux nourrissons. En cas de dépassement, des mesures immédiates sont prises, comme le retrait ou le rappel des produits concernés.

Un risque réel mais progressif

Le cadmium ne provoque pas d’intoxication immédiate. Le danger réside dans une exposition répétée sur le long terme. « Le cadmium est un métal toxique pour les reins, qui s’accumule dans l’organisme au fil du temps », explique le professeur Vincent Haufroid, toxicologue environnemental. « Le risque est lié à une exposition chronique, sur le long terme ».

Certaines études évoquent également un lien avec des maladies osseuses comme l’ostéoporose, en particulier chez les femmes. À long terme, une part non négligeable de ces pathologies pourrait être liée à cette exposition chronique.

Faut-il s’inquiéter ?

Si le scandale français a mis en lumière une situation particulièrement préoccupante, la Belgique semble aujourd’hui moins touchée, notamment grâce à certaines différences dans les pratiques agricoles et à des contrôles stricts.

Mais le cadmium reste bien présent dans l’environnement et dans l’alimentation. La vigilance reste donc de mise, tant du côté des autorités que des consommateurs. À titre individuel, les experts recommandent de diversifier son alimentation et de varier l’origine des aliments que l’on consomme, afin de limiter une exposition répétée aux mêmes sources.

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