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La gauche "woke", cible favorite des conservateurs américains

"Woke": le mot est revenu dans quasiment tous les discours de la grande convention annuelle des conservateurs américains en Floride ces derniers jours, y compris celui de l'ancien président Donald Trump. Chez les républicains, le terme est devenu le synonyme de tous les maux causés par leurs adversaires démocrates.

"Le wokisme, c'est la nouvelle religion de la gauche", a tonné le gouverneur de Floride Ron DeSantis lors du CPAC.

Le mot, qui signifie "éveillé" en anglais, a émergé à l'origine au sein du mouvement de dénonciation du racisme subi par les Afro-Américains aux Etats-Unis. Mais il est peu à peu devenu un phénomène mondial, dénonçant toutes les formes d'injustice subies par des minorités, quelles qu'elles soient.

Aujourd'hui, ses détracteurs l'associent à une idéologie progressiste source selon eux de dérives, comme par exemple la culture dite de l'"annulation" ("cancel culture"), visant à faire rendre des comptes à des célébrités, grandes marques, dirigeants ou personnes lambda pour leurs propos ou actions, à coups de campagnes sur les réseaux sociaux. Une pratique jugée liberticide par les conservateurs.

"Il y a des gamins en Amérique à qui on a retiré leur admission à l'université à cause d'une chose qu'ils ont dite sur les réseaux sociaux quand ils avaient 14 ans", a fustigé le sénateur républicain Marco Rubio.

Selon Ed Kilgore, analyste politique démocrate, les républicains voient dans le "wokisme" une "politique identitaire extrême, en faveur des minorités et des femmes, qui opprime les points de vue culturels traditionnels".

L'analyste politique Richard Hanania livre de son côté une définition plus proche du sentiment conservateur: "La culture +woke+ est une tendance à attribuer les inégalités à des discriminations", dit-il. "Selon celle-ci, si un groupe social gagne plus d'argent qu'un autre, c'est à cause des discriminations, c'est à cause de la société".

- Arme politique –

Le thème devrait en tout cas rester à l'ordre du jour des conservateurs dans les prochains mois, au moins jusqu'aux élections de mi-mandat qui doivent avoir lieu en novembre.

La guerre contre le "wokisme" mobilise la base républicaine grâce à un message simple, explique Ed Kilgore, ce qui est important compte tenu de la moindre participation habituellement enregistrée lors de ces élections, comparé à la présidentielle.

"En matière de sécurité nationale et de politique économique, les conservateurs américains sont un peu dans le flou, surtout depuis Trump", selon lui. "Ce sur quoi ils sont unis, ce sont les questions culturelles."

D'autant que le parti peut prendre en exemple un récent succès de ralliement autour de ces questions.

En novembre, Glenn Youngkin a battu le favori démocrate Terry McAuliffe lors de l'élection pour le poste de gouverneur de l'Etat de Virginie.

Durant sa campagne, le candidat républicain s'était attaqué frontalement à la "théorie critique de la race", qui analyse le racisme comme un système, perpétué par la majorité blanche pour conserver ses privilèges.

D'autres membres du parti, comme le gouverneur de Floride Ron DeSantis et celui du Texas, Greg Abbott, ont embrassé le mouvement.

Pour M. DeSantis, la gauche promeut "la théorie critique de la race parce qu'elle veut diviser le pays".

"L'argent des impôts" ne sera pas consacré à "haïr notre pays ou à nous haïr les uns les autres, c'est pourquoi nous avons interdit la théorie critique de la race", a-t-il dit.

Pour l'analyste républicain Brett Foster, les conservateurs "sont frustrés parce que la gauche semble vouloir semer la discorde sur des critères raciaux, même si les Etats-Unis cherchent à laisser cela derrière eux".

Y compris à gauche, certains comme le conseiller politique James Carville ont averti du risque politique que la question peut représenter pour les démocrates.

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