Accueil Actu Magazine Culture

La quête du son du Stradivarius de Macédoine du Nord

Comme il n'avait pas les moyens d'acheter un violon pour son fils de huit ans, Svetozar Bogdanoski a décidé de prendre les choses en main et de fabriquer lui-même l'instrument.

Près de quatre décennies plus tard, le fils de Svetozar est violoniste à Barcelone (Espagne). Les violons de son père, utilisés par des musiciens de haut vol dans le monde entier, ont reçu des prix prestigieux.

"Le talent démontré par mon fils dès son plus jeune âge devait être déployé sur un bon instrument. Comme on ne pouvait pas se le payer, j'ai eu l'idée folle de faire des violons, un qui serait parfait pour lui. C'est comme ça que ça a commencé", raconte le luthier autodidacte de 69 ans.

Dans sa maison à Veles, dans une région montagneuse au cœur de la Macédoine du Nord, son modeste atelier, où travaillent aussi son épouse et une assistante, sent le vernis. Cet artiste-peintre de formation explique qu'il peut passer des mois, voire des années, sur un seul violon.

Le bois, de l'érable et du pin qui viennent de Bosnie-Herzégovine, doit sécher des années durant. Ensuite, il faut le poncer, le découper et le sculpter dans les formes désirées. Enfin vient l'assemblage complexe, le traitement du bois et les tests pour s'assurer de la perfection du son.

Seuls 10 à 15% du bois qu'il achète passent au final le seuil de ses exigences de qualité.

- "Pierre philosophale" -

"Notre obsession et le but de notre travail n'est pas de construire des violons, ça, ça se fait par millions" ailleurs, dit-il. "Il s'agit de produire du son. C'est une quête éternelle, comme celle de l'alchimiste qui cherche la pierre philosophale".

S'il est disert sur l'art et la manière de fabriquer des violons, le luthier se refuse à en révéler les prix. Il souligne qu'il s'agit d'une démarche créatrice indépendante de ses retombées financières potentielles.

"Notre travail n'est pas commercial mais créatif", met-il en avant. "Quand il y a du commercial, il n'y a pas d'art", renchérit son épouse Marija, enseignante de violon à la retraite.

A ce jour, l'atelier a remporté deux prix décernés par la prestigieuse Société américaine du violon, une "confirmation" de leur excellence, reconnaît M. Bogdanoski. Des grands musiciens classiques comme le Serbe Robert Lakatos ou le Grec Jonian Ilias Kadesha pratiquent leur art sur ses instruments.

Malgré ces succès, Svetozar Bogdanoski est toujours à la recherche du son parfait: "Même après trois siècles de fabrication de violons, à côté des grands maîtres italiens de Crémone, il y a toujours de la place pour la quête de sons différents".

À la une

Sélectionné pour vous