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La droite durcit le ton face à Emmanuel Macron pendant que les socialistes étalent leurs divisions, sous l’œil intéressé du chef de l’État qui, au 43e jour de la crise politique, cherche toujours une voie de passage pour la formation d'un gouvernement.
Reçu mercredi matin à l’Élysée, dans le cadre de nouvelles consultations lancées par le chef de l’État, le leader de la droite Laurent Wauquiez a fait part d'un entretien "décevant". Le président doit cesser de "procrastiner", a-t-il martelé.

"Aucune position nouvelle, pas de véritable projet pour les Français (...), pas de vision de ce que serait un programme gouvernemental pour les mois à venir", a déploré devant la presse M. Wauquiez, accompagné des autres responsables des Républicains Bruno Retailleau et Annie Genevard. Cette dernière a rappelé que les Républicains étaient "ouverts à un travail collaboratif avec le futur gouvernement", mais sans y participer.
Participer ou pas? C'est justement la question qui divise à gauche, où la colère reste vive après le refus du président de donner les clés du pouvoir au Nouveau Front populaire, mais où une partie du PS commence à envisager un gouvernement qui associerait la gauche modérée. Au risque du sempiternel procès en "trahison" de leurs alliés.

"Le parti est au bord de la rupture", a affirmé la maire de Vaulx-en-Velin Hélène Geoffroy, opposante interne au numéro un Olivier Faure. Elle demande la reprise "des discussions avec le président" afin de "chercher encore des solutions pour un Premier ministre socialiste (ou) social-démocrate".
- Pragmatisme -
Un pragmatisme également défendu par l'autre chef de courant minoritaire au sein du PS, le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol. "Si on a la possibilité de mettre en place, peut-être pas l'entièreté du programme mais des politiques importantes" sur les salaires, l'école et l'hôpital, "alors il faut donner une chance à cela", a-t-il estimé.

Moins frontal, l'ancien président et nouveau député François Hollande considère que les socialistes doivent "soutenir tout ce qui peut faire avancer le pays", tout en excluant une "alliance avec le centre (...) inévitablement vouée à une impasse".
Autant de déclarations à rebours de la ligne officielle du parti, qui refuse comme les autres membres du NFP de retourner à l’Élysée pour discuter d'autre chose que d'une cohabitation avec Lucie Castets, leur candidate pour Matignon. Ce qui augure de débats francs et vifs à l'université d'été du PS, qui s'ouvre jeudi à Blois.
"Nous refusons de participer aux consultations dont le seul objectif est de fracturer le NFP". "Les socialistes ne seront pas les supplétifs du macronisme", a insisté le premier secrétaire, Olivier Faure, dans un entretien à Libération.
Le rendez-vous de Blois sera scruté de près à l’Élysée, où un proche du président observe qu'"il y a des choses qui bougent" et "note aussi que le PS n'appelle pas à manifester le 7 septembre", contrairement à La France insoumise.
La marche, initiée par des organisations syndicales étudiantes, doit dénoncer "le coup de force d'Emmanuel Macron" après son refus d'entériner le choix du NFP.
- Trahison -

Assez pour fissurer l'union de la gauche? Si une partie des socialistes contribuait au "maintien de la macronie au pouvoir", ils commettraient une "trahison du vote des électeurs", a mis en garde le coordinateur de LFI Manuel Bompard. "L'histoire les jugera", a renchéri la cheffe des écologistes, Marine Tondelier.
Mais les macronistes espèrent encore en dissuader une partie, quitte à choisir un profil comme Bernard Cazeneuve pour Matignon. Il répond au "portrait-robot" d'un futur Premier ministre, a appuyé François Bayrou, proche allié du président. "Si c'est un Premier ministre de centre-gauche qui permet d'aller décrocher le plus de sociaux-démocrates, c'est la meilleure option", acquiesce le député Mathieu Lefevre.
Accaparé ensuite par l'ouverture des Jeux paralympiques, M. Macron a programmé d'autres rendez-vous jeudi matin avec les grands élus locaux: d'abord Carole Delga (PS) et Renaud Muselier (Renaissance) pour les régions, puis le président de l'Association des maires de France, le LR David Lisnard. Il reçoit ensuite le Premier britannique Keir Starmer avant de s'envoler pour une visite officielle en Serbie.
Selon un sondage Elabe pour BFMTV, 56% des Français approuvent son refus de nommer Lucie Castets, mais 55% (+5 en 1 mois) jugent que l'absence de gouvernement de plein exercice est un "problème". Plus inquiétant pour le président: 63% des sondés le tiennent pour responsable de la crise politique, et près d'un sondé sur deux (49%) approuve la procédure de destitution lancée par LFI.
Côté syndicats, la CGT a dit souhaiter que la manifestation du 7 septembre soit "réussie", sans appeler formellement à y participer. La centrale de Montreuil appelle en revanche à une "riposte sociale" avec une journée de grève et de mobilisation le 1er octobre, quand l'Assemblée est censée se réunir en session ordinaire.
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