Accueil Actu

"Si tout le monde triche et que vous êtes honnête, vous risquez de finir par perdre"

La CSC bâtiment-industrie et énergie et la Centrale Générale de la FGTB ont suivi l'Inspection sociale vendredi matin lors d'un contrôle sur un chantier à Bruxelles. Par cette action, ils veulent dénoncer le dumping social dont est victime le secteur de la construction en raison d'une législation européenne insuffisamment harmonisée.

Le Contrôle des Lois sociales (CLS) s'est rendu vendredi matin sur un chantier de construction sur le site de la gare du Midi à Bruxelles. Les inspecteurs ont pu y constater "un cas d'école": des ouvriers roumains recrutés en Roumanie par un sous-traitant portugais. "Ils n'ont jamais mis les pieds au Portugal et n'ont dès lors aucun lien organique avec ce pays. Ils devraient payer leurs lois sociales en Belgique", explique Philippe Vanden Broeck, inspecteur au CLS. Une nonantaine d'ouvriers étaient présents sur le chantier, travaillant pour un total de 52 sous-traitants.

"C'est maintenant que commence notre vrai travail", poursuit Philippe Vanden Broeck. "Il s'agit de cas par cas. Nous devons prendre contact avec les autorités compétentes des différents pays, faire des vérifications relatives aux lois sociales, aux heures de travail, aux salaires, etc."

Des ouvriers étrangers sous-payés et logés dans "des baraquements de mauvaise qualité"

"Sur certains chantiers, les ouvriers sont à peine payés 3 euros de l'heure. Nous ne sommes pas contre la libre circulation, mais nous nous opposons à la libre exploitation!", dénonce Pierre Cuppens, secrétaire général de la CSC bâtiment-industrie et énergie. Il ajoute qu'en Belgique, près d'un ouvrier sur dix travaille en ne remplissant pas toutes les conditions légales. "Le mouvement prend de l'ampleur." Les ouvriers étrangers travaillant en Belgique sont souvent acculés par la crise et acceptent dès lors des salaires et des conditions de travail précaires. "Ils occupent des baraquements de mauvaise qualité et leur sécurité n'est pas toujours assurée sur les chantiers", étaie Pierre Cuppens.

Des sociétés étrangères qui travaillent sur les chantiers dans l'illégalité

Les syndicats fustigent non seulement les conditions de travail de ces ouvriers étrangers mais déplorent également la concurrence déloyale ainsi faite aux entrepreneurs belges respectueux de la législation. "Le vrai problème, ce sont les sociétés étrangères qui travaillent dans la semi-illégalité ou l'illégalité totale", regrette Rik Desmet, secrétaire fédéral de la Centrale Générale de la FGTB. "C'est comme avec le dopage dans le cyclisme", poursuit Pierre Cuppens, "si tout le monde triche et que vous êtes honnête, vous risquez de finir par perdre."

Secrétaire général de la CSC bâtiment: "Cette concurrence déloyale crée du chômage en Belgique"

L'afflux de plus en plus important de travailleurs étrangers a également des conséquences sur le travail en Belgique. "Cette concurrence déloyale crée du chômage en Belgique", indique Pierre Cuppens. Un ouvrier employé sur le chantier visité par les inspecteurs du CLS explique que la situation des ouvriers travaillant en toute légalité se dégrade également: "On presse sur la main-d'oeuvre, il faut aller de plus en plus vite. On parle toujours des délocalisations quand ce sont les employés des grosses sociétés qui sont touchés, comme dans le cas de Ford Genk, mais cela concerne également un grand nombre de PME."

Comme souvent, les différences d'intérêts entre pays freinent la lutte au niveau européen

Le député européen Ivo Belet (CD&V, groupe PPE) était également présent lors de l'action syndicale. Il plaide notamment pour une meilleure collaboration entre les différentes institutions d'inspection sociale en Europe. "Ce dossier constitue une des priorités du Parlement, mais les différents intérêts nationaux rendent la tâche compliquée", explique-t-il.

Dans la construction mais aussi le transport, l'alimentation,...

Les syndicats demandent dès lors à l'Union européenne d'harmoniser la législation afin d'empêcher ce type de dumping social "qui ne touche pas que le secteur de la construction mais également l'alimentation, le transport et bien d'autres domaines" selon Rik Desmet. Ils veulent également demander au gouvernement fédéral d'octroyer plus de moyens pour les inspections sociales, même s'ils s'accordent à dire que la législation sociale belge est de très bonne qualité.

Ce 23 janvier: manif' à Bruxelles pour dénoncer ce dumping social

L'action de vendredi s'inscrit en marge de la manifestation européenne du mercredi 23 janvier. Les syndicats attendent 4.000 ouvriers du secteur qui rallieront le rond-point Schuman pour dénoncer le dumping social.

À la une