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Agriculture: Joel Salatin, "fermier libertaire" et pourfendeur des OGM

Pour certains, c?est un irréductible, pour d?autres un précurseur. Joel Salatin, agriculteur américain, se bat contre les OGM et la "malbouffe" et pour une agriculture raisonnée et un mode de consommation local.

A Swoope (Virginie, nord-est), dans la vallée de la Shenandoah au pied du massif des Appalaches, sur sa ferme de 200 hectares baptisée "Polyface Farm", ce pendant américain du militant altermondialiste français José Bové est devenu un héraut médiatique du "manger bien" et du "cultiver sainement".

Auteur de plusieurs livres iconoclastes comme "Everything I want to do is illegal" ("Tout ce que je veux faire est illégal"), Joel Salatin, 53 ans, se définit comme "un fermier fou, chrétien, libertaire, environnementaliste et capitaliste".

Cet agriculteur, habitué des médias et mis en avant dans le documentaire sur l'industrie alimentaire américaine "Food Inc." (signé des mêmes producteurs que le film d'Al Gore "Une vérité qui dérange"), passe désormais un tiers de son temps en conférences.

"Le désir des consommateurs pour des produits cultivés localement est en train d'exploser", assure-t-il.

Aux Etats-Unis, les petits marchés de producteurs sont en plein boom: il s'en tient régulièrement 5.274 dans le pays en 2009 (+13% sur un an), soit 4.000 de plus qu'en 1994.

"La défiance vis-à-vis du système de production industrielle est immense", affirme Joel Salatin devant les pintades, lapins, poules, vaches et cochons qu'il élève selon des méthodes peu conventionnelles à l'aune de l'agriculture industrialisée américaine.

Dans sa ferme où il travaille avec sa famille, poules et pintades sont élevées en plein air et changent de pâture tous les trois jours suivant un poulailler itinérant construit sur roues. Le millier de vaches et les 700 porcs élevés chaque année pour leur viande changent d'enclos chaque semaine.

Joel Salatin prône une agriculture où chaque animal a un rôle écologique: "les vaches tondent l'herbe, les poulets picorent les larves de mouches et expurgent la pâture. Il y a symbiose des relations", déclame ce convaincu.

Selon lui, ce mode d'élevage naturel, sans hormones ni adjuvant, est aussi rentable que l'élevage industriel: il dispense d'investir dans des bâtiments, des médicaments et dans la main d'oeuvre nécessaire à l'entretien de grands poulaillers ou d'immenses étables.

"Oui, nos prix sont plus élevés, mais c'est parce que tous les coûts sont compris dans le prix de ce poulet: vous payez ici, à la caisse, mais vous ne payez rien en maladies, en pollution ou en odeurs désagréables", explique Joel Salatin, qui vend sa production localement à 400 familles, une cinquantaine de restaurants et une dizaine de magasins.

Il facture aussi 800 dollars minimum la visite de sa ferme pendant deux heures.

"Pour les voisins, je suis un terroriste parce qu'on ne jure désormais que par l'agriculture scientifique. Chez moi, ce n'est pas scientifique. J'applique la philosophie de mon père et j'ai développé son business", dit ce fermier depuis trois générations.

Par rejet de "la paperasse" et de la bureaucratie, sa production n'est pas certifiée bio, un secteur en pleine expansion dans le pays, qui pesait 23 milliards de dollars en 2008 (+15,8%), même s'il ne concerne encore que 3% des ventes agroalimentaires et 5% des terrains maraîchers.

"On va bien au-delà du bio! Le biologique, maintenant que le gouvernement s'est approprié le terme, c'est devenu une notion dénaturée et compromise. Les poules n'ont pas à être sur l'herbe pour être certifiées bio. Les vaches non plus. Le bio ce n'est pas ce que les gens s'imaginent", conclut-il.

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