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Un accord au finish donc bâclé? Pourquoi "Vivaldi?", quels partis sont vainqueurs? Le politologue Pierre Vercauteren apporte son éclairage

Un accord au finish donc bâclé? Pourquoi
 
 

Pierre Vercauteren, politologue et enseignant à l’UCLouvain, et à la FUCAM de Mons, était sur le plateau du RTLinfo 13h pour apporter son éclairage sur la composition du nouveau gouvernement belge. Il répondait aux questions d'Alix Battard.

Quels sont les partis qui composent le nouveau gouvernement Vivaldi?

Il y a 7 formations politiques. Il y a 4 partis flamands, 3 partis francophones, composés des libéraux, des socialistes, des écologistes et du DC&V.

Après 500 jours d’attente, les partis ont négocié au finish la nuit passée. C’est toujours comme ça que cela se passe? Pourquoi mettre cette pression sur le dernier moment, négocier la nuit durant 23 heures en continu?

Plusieurs éléments concourent à cela. Traditionnellement, il y a effectivement une accélération dans la dernière ligne droite, avec une augmentation de la tension et de l’intensité. Le deuxième élément est la longueur de la crise: quasiment 500 jours entre les élections du 19 mai et aujourd’hui. Troisièmement, il y avait la deadline prévue du 1er octobre pour une déclaration gouvernementale. C’est la combinaison de ces éléments qui a fait que les négociateurs ont voulu respecter ce calendrier. Qu’ils ont mis le dernier coup de rein pour arriver à un résultat.

Les citoyens ont quand même le sentiment d’avoir attendu 500 jours pour que finalement, cet accord soit ficelé à la va-vite. C’est le cas ou pas?

Pas vraiment. Je pense qu’on peut considérer que tous les échecs antérieurs et tous les tandems qui se sont succédé en étant chargés par le roi, ont apporté une petite pierre à l’édifice. On ne doit pas non plus sous-estimer l’impact de la crise sanitaire dans laquelle nous nous trouvons, puisque ça a changé la donne, notamment en matière budgétaire. Jusqu’avant la crise sanitaire, nous étions en négociation budgétaire dans les normes des critères de convergence de l'Union européenne. Par exemple: pas de déficit budgétaire annuel de l’état supérieur à 3%. Depuis que ces critères de convergence sont entre parenthèses, on peut élargir la marge de manœuvre et, en raison de l’impact de la crise sanitaire, travailler sur un plan de relance. 

Comme on a voté il y a si longtemps, on ne se souvient même presque plus pour qui on a voté. Vous pouvez nous le rappeler?

Deux caractéristiques des résultats des élections fédérales: premièrement, la grande dispersion des voix des électeurs sur un plus grand nombre de partis. Autrement dit, on a renforcé la balkanisation. De facto, cela entraînait la nécessité d’un plus grand nombre de partis pour une coalition, au lieu de 4 partis, comme c’était le cas sous le gouvernement Michel. Nous en avons 7 aujourd’hui. 

Les partis gagnants des élections sont-ils représentés dans ce gouvernement Vivaldi? 

Certains oui, d’autre non. On peut considérer que la majorité des partis tant au Nord qu’au Sud du pays ont enregistré une sévère défaite électorale. Ce sont essentiellement le Belang, le PTB et Groenen Flandre. Du côté francophone, le PTB et les écologistes. Tandis que les autres formations ont enregistré, à divers titres, des reculs assez cinglants. On voit en quelque sorte que cette dispersion des voix rend ou a rendu la tâche des négociateurs beaucoup plus difficile.

Comment en est-on arrivés finalement à cette coalition Vivaldi ? Il est difficile de résumer ces 500 jours de crise, mais qu’est-ce qui a mené finalement à ces 7 partis là.

La logique voulait au départ, et c’est ce qui a été tenté, de rassembler les principaux partis de chaque groupe linguistique. La N-VA du côté flamand, qui est d’ailleurs le principal groupe parlementaire à la chambre des représentants, et le Parti Socialiste de l’autre. On a vu à quel point ces différentes tentatives n’ont pas réussi. L’échec le plus récent du tandem Paul Magnette et Bart De Wever a entraîné alors la nécessité de sortir de ce dilemme et de revenir à une des premières hypothèses qui était de se dire "Si il y avait la N-VA, c’était ce qu’on appelle la bourguignonne, et si ce n’est pas la N-VA, on arrive avec l’hypothèse qui se met en place aujourd’hui: la Vivaldi.

Pourquoi la Vivaldi?

En référence aux quatre-saisons d’Antonio Vivaldi. Chaque saison ayant une couleur. Nous avons effectivement les 4 couleurs présentes ici. Le rose (le rouge), le bleu, le vert et l’orange. 


 




 

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