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L'ancien député Christian Van Eyken et son épouse reconnus coupables et condamnés à 23 ans de prison: "Ils continuent à clamer leur innocence"

Le couple était accusé de l'assassinat du premier mari de l'épouse. Il avait été tué d'une balle dans la tête en 2014.

Le tribunal correctionnel de Bruxelles a reconnu mardi l'ancien député au Parlement flamand Christian Van Eyken et l'épouse de celui-ci, Sylvia B., coupables de l'assassinat du premier époux de cette dernière, Marc Dellea. Il les a condamnés chacun à 23 ans de prison.

Le ministère public a réclamé l’arrestation immédiate après le prononcé de cette peine mais cette requête a été refusée.

"Le doute est écarté. La culpabilité des prévenus est établie au-delà du doute raisonnable, dit le tribunal. En outre, l'attitude des prévenus ne plaide pas en leur faveur. Ils ont sans arrêt manifesté du mépris pour la victime, ils ont discrédité les témoins, ils ont menti, estime le tribunal qui les condamne chacun à 23 ans de prison. Christian Van Eyken a levé les yeux au ciel de temps en temps, il paraissait amer, dépité et évidemment effondré. Sa femme Sylvia reste imperturbable, peut-être anesthésiée par les médicaments. On l'a vue aller cherche quelque chose dans son sac et le mettre discrètement dans sa bouche. Seront-ils en prison ce soir ? On le saura très bientôt", a déclaré notre journaliste sur place, Dominique Demoulin, à l'issue de l'audience. 

Le tribunal a estimé qu'il n'y avait pas lieu d'ordonner l'arrestation immédiate des condamnés, ceux-ci sont donc sortis libres du palais de justice.

Faire appel est envisagé

"On ne s’attendait certainement pas à une telle motivation", a expliqué Laurent Kennes, l'avocat du couple, à RTL info. "Il y a d’abord deux griefs immédiats que j’ai à formuler à l’égard du jugement qui vient d’être prononcé. D’abord, nos clients et Monsieur Van Eycken, mon client en particulier, sont condamnés sur la base d’éléments dont il n’a jamais été question. Ils n’ont jamais été débattus. C’est-à-dire qu’on parle d’une moustiquaire à propos de laquelle il y a une analyse qui a été réalisée par le tribunal. Le tribunal nous explique avec cette analyse, que je vais analyser à mon tour, qu’il serait impossible d’ouvrir cette moustiquaire de l’extérieur. Ça n’a jamais été dit ou écrit par un enquêteur, il n’y a pas un expert qui est intervenu, le ministère public n’a jamais soutenu ça de cette manière-là et la partie civile n’en a jamais parlé. Donc, nous sommes privés d’un élément de débat. Nous n’avons jamais pu débattre de cela. On ne nous a jamais interpellés sur cette question. Et nous découvrons ça dans un jugement qui est prononcé sur un élément qui a manifestement convaincu le tribunal".

Quant à l'appel... "Bien entendu, nous allons analyser très attentivement le droit de notre client d’interjeter appel. Nous soutiendrons encore leur défense. Ils continuent à clamer leur innocence. Nous avons très régulièrement vu dans l’histoire judiciaire, en Belgique ou ailleurs, des gens qui sont condamnés en première instance à tort et qui sont acquittés en degré d’appel. Nous espérons que ce sera le cas".

Voici les conclusions du tribunal

Marc Dellea, âgé de 45 ans, avait été retrouvé mort dans son appartement, avenue Mutsaard à Laeken, le 8 juillet 2014. Tué d'une balle dans la tête.

Le tribunal a estimé qu'il était impossible qu'une personne soit entrée chez Marc Dellea par la fenêtre, en s'introduisant par l'interstice laissé par le moustiquaire, comme l'avait soutenu la défense des prévenus. "L'enquête n'a par ailleurs pas permis de montrer que quelqu'un en voulait à la victime au point d'intenter à sa vie. Par contre, un contentieux manifeste opposait les prévenus à la victime qu'ils traitaient de porc, de monstre et de cocu", ont exposé les juges.

Le tribunal a conclu que les seules personnes qui ont pu s'en prendre à Marc Dellea étaient les deux prévenus, Christian Van Eyken et Sylvia B., soit les dernières personnes à l'avoir vu vivant. Ils avaient été filmés en train de sortir de l'appartement de Marc Dellea quelques heures avant que son corps ne soit découvert.

Pour fonder ensuite la préméditation, les juges ont relevé que le moment du crime coïncide avec les congés du concierge de l'immeuble et l'absence des chiens et de la fille de la victime et de Sylvia B. dans l'appartement. Tenant compte de la personnalité des prévenus et particulièrement du fait qu'ils ont tenté tout au long de la procédure de décrédibiliser les témoins entendus, le tribunal a prononcé une peine de 23 ans de prison à leur encontre.

"L'attitude des prévenus n'a cessé d'interpeller le tribunal tout au long de la procédure", ont déclaré les juges, relevant entre autres la "mise en cause personnelle des témoins" par les prévenus. Ceux-ci avaient affirmé au tribunal que tel témoin était une aguicheuse, amoureuse de Christian Van Eyken, ou encore qu'une autre faisait partie d'une secte, a rappelé le tribunal.

Les juges ont également relevé que les prévenus n'avaient pas hésité à mentir, notamment Sylvia B. lorsqu'elle affirmait ne plus avoir de relations intimes avec la victime alors qu'il s'est avéré qu'"elle partageait encore son lit". Ils ont encore retenu que Sylvia B. n'avait pas hésité à nouer des liens avec l'ex-épouse de Christian Van Eyken qu'elle était allée voir en France sans dire qui elle était, uniquement pour obtenir des informations. Elle n'avait pas hésité non plus à proposer à l'époux de l'ex-femme de Marc Dellea d'adopter la fille que ce dernier avait eue avec sa première femme.

Concernant Christian Van Eyken, le tribunal a tenu compte des témoignages des trois premiers enfants de celui-ci. Ils avaient décrit leur père, avec lequel ils ont rompu tout lien, comme un homme violent physiquement et surtout moralement, mais aussi manipulateur.

Rappel des débuts de l'enquête

Marc Dellea, âgé de 45 ans, avait été retrouvé mort dans son appartement, avenue Mutsaard à Laeken, le 8 juillet 2014. Il avait reçu une balle dans la tête et aucune arme n'avait été retrouvée sur place. Le parquet de Bruxelles avait ouvert une enquête qui avait mené à Sylvia B., épouse de la victime, et Christian Van Eyken, alors patron et amant de Sylvia B.

Cette dernière était sa collaboratrice parlementaire lorsqu'il était député au Parlement flamand et tous deux entretenaient une relation amoureuse. Les prévenus avaient soutenu devant le tribunal que Marc Dellea était au courant de leur relation et qu'il était prêt à se séparer de Sylvia B. Mais selon l'accusation et la partie civile, rien ne permettait de le penser.

Christian Van Eyken et Sylvia B. étaient les dernières personnes à avoir vu Marc Dellea vivant. Ils s'étaient rendus dans l'appartement de celui-ci, avenue Mutsaard à Laeken, où Sylvia B. était toujours domiciliée, le 6 juillet 2014. Ils y avaient passé toute la soirée jusqu'au retour de Marc Dellea vers 23h00.

Selon les images de caméra de vidéo-surveillance, les prévenus étaient ressortis de l'appartement plusieurs heures après, le 7 juillet 2014 vers 02h00 du matin. Ces images montrent que personne n'était ensuite entré dans l'appartement ou sorti de celui-ci jusqu'à la découverte du corps sans vie de Marc Dellea le lendemain.

Ils étaient pourtant "calmes et sereins"

A l'arrivée de Christian Van Eyken et de son épouse, Sylvia B., nos reporters Dominique Demoulin et Catherine Vanzeveren les avaient interrogés sur leur état d'esprit. "Calme et serein, prêt à entendre la réponse", avait alors rétorqué l'accusé.

Notre journaliste lui avait alors demandé s'il n'était même pas un peu tendu, au vu de la condamnation réclamée: 25 ans de prison. "Oui mais bon, c'est ce qu'on demande… mais vous avez entendu aussi la défense de nos avocats", avait répondu Christian Van Eyken.

Nous nous sommes ensuite tournés vers Sylvia B., l'épouse de Christian Van Eyken. "Sereine et j'espère que ça sera fini. Nous avons avec Marc un petit bout de 13 ans qui attend que ça se termine. Je lui souhaite comme pour nous qu'on puisse passer une page et continuer notre histoire".

Malgré le verdict, il est très probable qu'un appel soit interjeté. "Oui bien sûr, mais je pense que la première pression sera terminée. Je pense qu'on a assez vécu. Retournez les rôles dans l'autre sens", avait réagi Sylvia B. avant de connaître le verdict.

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