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Jeroen et Nicolas ont été agressés à Schaerbeek par leurs voisins car ils sont homosexuels: un élan de solidarité s'est créé pour les soutenir

Un rassemblement contre l'homophobie se tient ce samedi en début d'après-midi à la gare du Nord à Bruxelles. Il est organisé suite à l'agression d'un couple d'homosexuels cette semaine à Schaerbeek. Nos journalistes Emmanuel Dupond et Philippe Lefevère les ont rencontrés.

Graham n'est ni un militant, ni un activiste, mais un citoyen schaerbeekois qui a décidé d'agir. En découvrant l'agression dont a été victime Jeroen et Nicolas, un couple homosexuel, Graham a organisé ce samedi après-midi un rassemblement.

Mon œil et ma joue étaient encore jaune hier

Le jeune couple se dit particulièrement soutenu dans cette épreuve. "Ça nous a touchés profondément. On trouve ça fantastique que c'est quelqu'un qui habite aussi à Schaerbeek qui organise ça pour nous. Mais évidemment ça va au-delà des frontières de Schaerbeek", confie Jeroen.

Le jeune homme a été frappé par des voisins lundi soir. Il n'avait pourtant jamais eu de contact avec eux auparavant. L'agression homophobe ne semble cependant ne faire aucun doute. "Mon œil et ma joue étaient encore jaune hier. Le commissaire a pris une photo pour ajouter dans le dossier", précise la victime. "Depuis lundi dernier, on les a vus à deux ou trois reprises. Il y a eu très peu d'échanges, et heureusement. On essaie vraiment de les éviter le plus possible et de ne pas les croiser", ajoute Nicolas.

C'est la troisième agression homophobe enregistrée dans le pays en quinze jours. Pour Graham, ce rassemblement pour dénoncer les actes homophobes a tout son sens. "Le but c'est juste pour montrer qu'il y a des gens à Bruxelles qui ne supportent pas l'homophobie. On veut vraiment améliorer notre ville. On veut montrer à tout le monde que l'homophobie et la discrimination à Bruxelles, ça ne va pas!", explique Graham.

Entre 400 et 2.000 personnes étaient attendues ce samedi après-midi devant la gare du Nord de Bruxelles pour interpeller entre autre les autorités politiques sur les violences à répétition à l'encontre d'une communauté.

Un rejet quasi instinctif qui se traduit dans l'espace public, parfois de manière très violente

Unia, ex-centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme, dénonce les agressions dont sont encore trop souvent victimes les homosexuels. Unia a ouvert l'an dernier 84 dossiers de discriminations ou violences en raison de l'orientation sexuelle. Si ce nombre est en légère baisse par rapport à 2016, il reste dans la moyenne des 90 dossiers par an depuis 2010.

Sur ces 84 dossiers, 26 (30%) concernent des faits qui se produisent dans l'espace public, dans les relations de voisinage ou au niveau intra-familial, repris dans la catégorie "vie en société". Dix-huit dossiers sont liés aux médias et 17 au domaine de l'emploi, souligne Unia dans un communiqué. "Ce domaine de la 'Vie en société' arrive en première position sur le critère orientation sexuelle, c'est une vraie singularité par rapport aux autres critères protégés. Cela démontre une forme d'intolérance et d'hostilité émotionnelle, un rejet quasi instinctif qui se traduit dans l'espace public, parfois de manière très violente", déplore Patrick Charlier, directeur d'Unia. Ce dernier rappelle également la récente agression de jeunes garçons qui se tenaient par la main dans le centre de Bruxelles la nuit du 14 au 15 avril.

En 2017, 46 dossiers avaient trait à des agressions verbales et huit concernaient des coups et blessures. "Il faut que la société dans son entièreté condamne fermement ce genre de faits et que les autorités puissent retrouver et punir les auteurs", plaide Unia. Ces chiffres ne représentent "que notre activité, sans doute donc la pointe de l'iceberg. Bon nombre de personnes homo/bisexuelles refusent encore de porter plainte à la police ou même de nous contacter, vu le contexte sociétal ou familial relatif à l'homosexualité".

Le centre souhaite également des avancées en termes de loi anti-discrimination. "En effet, faute de correctionnalisation des délits de presse à caractère homophobe, ils relèvent de la Cour d'assises qui n'est de facto jamais réunie pour ce type d'infraction", poursuit Patrick Charlier. Les acteurs du monde de l'enseignement ont également un rôle à jouer, en développant "une approche anti-harcèlement, en évitant l'hétéronormativité, et en proposant une perspective adaptée dans la formation sexuelle et relationnelle", insiste le directeur d'Unia.

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