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Les cas de pédophilie cachés au sein des Témoins de Jéhovah pour ne pas salir leur communauté

Le Centre d'information et d'avis sur les organisations sectaires nuisibles (CIAOSN) lance une alerte. Selon un rapport confidentiel transmis au Parlement que RTLinfo a pu consulter, les Témoins de Jéhovah en Belgique, comme ailleurs dans le monde, cacheraient volontairement les abus sexuels dont seraient victimes des enfants au sein des congrégations. Le CIAOSN a reçu plusieurs témoignages allant dans ce sens. Le CIAOSN demande au Parlement d'investiguer.

Nous sommes allés à la rencontre de victimes présumées et d'anciens témoins de Jéhovah pour comprendre la manière dont les cas de pédophilie sont gérés au sein des congrégations. Officiellement, les Témoins de Jéhovah comme l'Eglise catholique rejettent la pédophilie. Mais, d'après notre enquête, au sein des congrégations, la loi du silence est de mise. 
Les Anciens (les responsables) font pression sur les victimes pour qu'elles ne parlent pas et pour qu'elles n'aillent pas déposer plainte à la police. Ils veulent en fait une gestion en interne pour ne pas salir le nom de Jéhovah.

En cas d'abus sexuel, les Anciens doivent mettre en place un "comité judiciaire" interne. Si l'agresseur présumé nie et s'il n'y a pas au minimum deux témoins oculaires, le dossier sera purement et simplement classé ! La victime présumée continuera à devoir fréquenter son agresseur présumé. Il lui sera en plus demandé de ne pas parler
de l'affaire aux autres membres de la congrégation. Si elle le fait, elle pourrait être accusée de calomnie et être exclue de la congrégation. Si l'agresseur est reconnu coupable, il sera sanctionné en interne, mais, s'il fait amende honorable, il pourra rester ou revenir dans la congrégation.

Confrontés à plusieurs enquêtes à travers le monde, les Témoins de Jéhovah viennent de quelque peu adapter leur doctrine. Dans le "Livre des Anciens" (un livre secret destiné aux responsables) que nous avons pu consulter, il est désormais écrit que les Anciens ne doivent faire aucun reproche à celui ou celle qui déciderait d'aller déposer plainte à la police... Il n'est par contre écrit nul part que les Anciens vont accompagner la victime présumée à la police !

Il n'y a donc aucune dénonciation directe et systématique des faits à la police. Par contre, les Anciens qui ont connaissance d'un cas d'abus sexuel doivent prévenir leurs supérieurs (le service juridique de la filiale) afin qu'ils prennent le relais.

Dans les faits, les plaintes pour abus sexuels ne sortent jamais de l'organisation. Les responsables des Témoins de Jéhovah veulent que tout soit géré en interne. Sylviane avait 8 ans quand elle a été abusée la première fois: "Ils couvrent des personnes qui font du mal à des enfants, en toutes connaissances de cause sans rien faire...", dénonce-t-elle. "Nous sommes 9 victimes connues", détaille-t-elle. Il lui faudra plusieurs années pour en parler. À plusieurs reprises, les anciens l'obligeront à garder le silence: "Ils me disaient que cela pourrait entâcher l'image de Jéhovah, de la congrégation, et ils m'ont dit: "Tu ne dis rien, tu te tais, on va gérer la chose, sauf qu'il ne s'est jamais rien passé."

On lui déconseillera aussi d'en parler à la police. Patrick est un ancien d'une congrégation. Le jour où il a voulu accompagner une victime, les anciens l'ont menacé de retirer toutes ses responsabilités.

En Australie, une Commission d'enquête a été mise en place. Sur 1006 abuseurs sexuels présumés au sein des Témoins de Jéhovah, aucun n'avait été signalé à la police.  À travers le monde, de vastes enquêtes sont lancées face à l'omerta qui règne autour du sujet.

Il est très compliqué de chiffrer le nombre de victimes, mais il y en aurait plusieurs milliers. Mais eux, savent parfaitement combien de cas ont été signalé : ils conservent dans leurs archives tous les dossiers d'abus sexuels (avérés ou supposés) sur mineurs.

Nous avons bien entendu soumis tous ces éléments sensibles aux responsables des Témoins de Jéhovah. À leur demande, nous leur avons adressé une liste de 10 questions précises.  Par retour de mail, ils ont répondu qu'ils ne souhaitaient pas nous rencontrer pour l'instant.


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