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Scandale des "stups": Libération attaqué en diffamation par l'ex-patron de la lutte antidrogue

Scandale des
François Thierry, alors chef de l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis), lors d'une conférence de presse à Nanterre en décembre 2012PATRICK KOVARIK

L'ancien numéro 1 de la lutte antidrogue François Thierry poursuit jeudi en diffamation le quotidien Libération, qui avait révélé ses liens avec un indicateur au rôle controversé pour infiltrer les filières d'importation de stupéfiants en France.

Dans une enquête publiée le 23 mai 2016, le journal décrivait "le rôle central" de l'ancien chef de l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis), "dans l'importation en France de plusieurs dizaines de tonnes de cannabis en lien avec l'un des plus gros trafiquants européens".

Libération dénonçait dans son éditorial, également attaqué devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, "un système qui n'est ni plus ni moins qu'une filière de trafic de drogue de très grande envergure".

Ces publications intervenaient quelques mois après la saisie record, le 17 octobre 2015 par la douane, de 7 tonnes de cannabis, stockées dans une camionnette au bas d'un luxueux appartement du boulevard Exelmans, dans le huppé XVIe arrondissement de Paris.

L'enquête avait démontré que la drogue était arrivée en France dans le cadre d'une livraison surveillée, opérée par l'Ocrtis avec l'aide d'un informateur important, Sofiane Hambli, un gros trafiquant géré directement par François Thierry.

Dans ce dossier, l'ex-patron des "stups", soupçonné d'avoir favorisé l'importation de la marchandise sans avoir informé totalement l'autorité judiciaire des modalités de l'opération, a été mis en examen en 2017 par des juges d'instruction parisiens pour complicité de trafic de stupéfiants.

L'affaire a ensuite été dépaysée à Bordeaux pour éviter des interférences avec les magistrats en contact avec l'Ocrtis.

François Thierry affirme que les magistrats, notamment ceux du parquet de Paris, étaient au courant de ses méthodes.

Dans un autre passage également incriminé, Libération affirmait que Sofiane Hambli était devenu "le plus gros trafiquant de France grâce à la protection du patron des Stups".

Condamné en 2011 à 13 ans de prison pour trafic de stupéfiants, il avait bénéficié "d'une remise de peine exceptionnelle grâce à sa nouvelle avocate... qui n'est autre que la compagne de François Thierry", soulignait le quotidien.

François Thierry, qui sera présent à l'audience selon son entourage, a fait citer comme témoins plusieurs anciens hauts responsables policiers, dont l'ancien directeur de la police judiciaire Christian Lothion.

"Ce procès sera l'occasion de justifier nos révélations", a commenté de son côté Libération.

Dans un autre volet de cette affaire tentaculaire, M. Thierry a également été mis en examen en 2018 pour l'organisation en 2012 d'une fausse garde à vue de Sofiane Hambli. La procureure adjointe du parquet de Paris Véronique Degermann, 58 ans, a été mise en examen pour "complicité de faux" en février dernier dans ce dossier.

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