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Mort d'Ibrahima dans un commissariat après son interpellation: "Ça ne serait pas arrivé de cette manière-là à mon fils", dénonce l'avocat de la famille

 
 

Ibrahima Barrie, 23 ans, est mort le 9 janvier dernier dans l'un des commissariats de la zone de police de Bruxelles-Nord. Il avait été interpellé quelques minutes plus tôt alors qu’il filmait une intervention policière. Sur le plateau de C'est pas tous les jours dimanche, Alexis Deswaef, avocat de la famille d'Ibrahima, s'est exprimé.

Les faits ont d'abord été présentés par l'avocat de la famille. "Il filmait une action de la police qui filmait les migrants à la gare du Nord. J'imagine que s'il filmait l'action de la police, c'est peut-être parce que ça ne se passait pas de manière très fluide. Filmer la police est un droit. Ce n'est pas un motif d'arrestation", a-t-il indiqué.

Alors qu'il filme la scène, des policiers ont voulu le contrôler. Le jeune homme a pris peur et s'est enfui. Il a été rattrapé par les forces de l'ordre avant d'être conduit au commissariat. " Il fait un malaise et s'affale sur une chaise. Ce seraient les images qui le montreraient d'après nos informations. Il glisse de la chaise et tombe inconscient. Il est menotté, il a son masque et pendant de longues minutes, on parle de 5 à 7 minutes, il reste inconscient. Il gît au sol. Il y a deux policiers dans le local de fouille et il ne réagissent pas. C'est seulement au bout de ces longues minutes qu'un agent réagit en venant avec un défibrillateur", raconte l'avocat. 

Il est menotté dans le dos, inconscient et meurt asphyxié

Me Deswaef pointe ici un réel problème et estime qu'il a été laissé trop longtemps sans soins. Il dénonce le manque de prise en charge de la victime par les policiers. "Quand on est arrêté, on est dans une situation de grande vulnérabilité. Les agents de police doivent vérifier que tout se passe bien. Là, il est menotté dans le dos, inconscient et meurt asphyxié", insiste l'avocat. 

Le rapport d'autopsie qui a été établi évoque une anomalie cardiaque. Mais cette malformation n'expliquerait pas, à elle seule, le décès selon le rapport établi cité par Me Deswaef. Le dossier a été mis à l'instruction pour homicide involontaire. 

Sur le plateau de C'est pas tous les jours dimanche, l'avocat dénonce "des mensonges" des forces de l'ordre sur plusieurs points. Selon lui, ces dernières ont affirmé qu'Ibrahima avait été contrôlé dans le cadre d'un non-respect des règles liées au couvre-feu. Or, Ibrahima a été emmené au commissariat peu après 19h, soit 3 heures avant le début du couvre-feu à Bruxelles. L'avocat évoque également le fait que dans la presse, une source anonyme avait fait été d'une ingestion de drogue en sa possession au moment de son interpellation pouvant expliquer son malaise au commissariat. Ces allégations ont été contredites par les premières informations de l'enquête. "Pourquoi les policiers mentent aux journalistes sur les causes du malaise si ce n'est pour couvrir leur propre faute, celle d'avoir laissé de 5 à 7 minutes, une personne en détresse, inconsciente, sans aucune aide", lâche Alexis Deswaef.

J'ai la conviction terrible que ça ne serait pas arrivé de cette manière-là à mon fils

Selon l'avocat de la famille, ce drame démontre qu'il y a "un problème de racisme structurel" au sein de la police. Il s'explique ainsi: "Quand j'ai le papa d'Ibrahima dans mon bureau et qui me demande si c'est arrivé parce qu'il est Noir et d'origine étrangère, je ne sais pas quoi répondre. J'ai la conviction terrible que ça ne serait pas arrivé de cette manière-là à mon fils. C'est une responsabilité collective dans notre société. Quand on voit la succession des dossiers, on peut parler de racisme structurel, notamment au sein de la police. Ce qui ne veut pas dire que la majorité des policiers sont racistes. Au contraire. La majeure partie des policiers font très bien leur travail. Mais à cause de l'action de certains policiers, des mécanismes font qu'il y a du racisme latent, dans les procédures, dans les manières de réagir. Et ça c'est inacceptable au 21e siècle". 

On nous fait passer pour des violents et des racistes, ce qui est totalement faux

Pour Thierry Belin, secrétaire général du Syndicat national du personnel de police et de sécurité, toutes ces accusations sont fausses. "Il n'y a pas de racisme structurel à la police", s'exclame-t-il. Avant d'ajouter: "Attendons les résultats de l'enquête, de l'autopsie et des analyses toxicologiques pour voir quelles sont les causes du décès de ce jeune homme". "On nous fait passer pour des violents et des racistes, ce qui est totalement faux", s'exclame-t-il.

Mercredi dernier, une manifestation relative au décès d'Ibrahima s'est tenue. Des débordements ont eu lieu. Dégradations, saccages, et une policière a été blessée et hospitalisée. La famille du jeune homme a dit regretter ces débordements. Thierry Belin regrette l'autorisation "en pleine crise Covid-19" rassemblant 500 personnes. Selon lui, les appels sur les réseaux sociaux ont conduit à l'arrivée d'émeutiers.

Pour notre journaliste Christophe Giltay, il est essentiel de reconstruire un lien entre la police et les citoyens. La fuite d'Ibrahima montrerait que pour certains citoyens, le lien est rompu. "Le fond du problème, c'est le rapport de confiance qui doit s'établir entre la police et la population. Dans un pays où il n'y a plus de confiance, il y a un vrai problème. Il faut absolument rétablir cette confiance. Si effectivement Ibrahima s'est enfuit, un policier qui voit quelqu'un s'enfuir se dit qu'il est suspect. Si vous prenez la fuite, c'est parce que vous avez peur de la police. Or vous ne devez pas. Dans un pays démocratique, comme la Belgique, la police est le seul organisme qui a le droit d'utiliser la violence à titre légitime. Mais dans l'intérêt de la société et du citoyen. C'est le vrai problème auquel on est confrontés dans cette histoire. Il y a un enchaînement de circonstances que la Justice va devoir démêler", souligne-t-il.


 




 

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