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Peut-on considérer que le système Be-Alert a bien fonctionné pendant les inondations?

Peut-on considérer que le système Be-Alert a bien fonctionné pendant les inondations?
(c) Montage photo à partir image RTL INFO et PXHERE
 
Inondations de la mi-juillet 2021
 

Plusieurs communes ont eu recours à BE-Alert lors des inondations de la mi-juillet. Environ 2.160.000 SMS, 15.000 e-mails et 2.000 appels ont été envoyés, informe le centre de crise. Ce système qui consiste à prévenir la population en urgence, principalement via les téléphones, a remplacé les sirènes en 2017. Est-ce suffisant et quelle a été l’efficacité de ces messages ?

Lorsque les terribles inondations ont frappé une partie de la Wallonie à la mi-juillet, certaines communes concernées par la montée des eaux ont eu recours à BE-Alert afin d’avertir les riverains sur la situation dans leur quartier. Cet outil de communication d'urgence est opérationnel depuis 2017 pour l’ensemble de la Belgique. Environ 85% des communes ont déjà adhéré à ce système qui permet aux autorités locales, ainsi qu’aux services des gouverneurs de province, d’envoyer des messages directement à la population. "C’est en fonction du zonage, nous explique Pauline Remience, porte-parole au Centre de crise. Au moment où on va préenregistrer le message, on peut choisir certaines spécificités techniques : on peut décider soit d’envoyer le message aux personnes inscrites sur BE-Alert dans la zone concernée par l’alerte, soit à tous les numéros de GSM répertoriés dans une zone spécifique." Si l’auteur du message choisit la deuxième possibilité, ce sont les antennes GSM qui s’occuperont de repérer tous les numéros présents dans la zone à un moment donné. "Tout le monde recevra alors le SMS, tant les personnes inscrites à BE-Alert que les non-inscrites", précise la porte-parole du Centre de crise.

Il ne s’agit pas toujours de SMS, le message peut aussi prendre la forme d’un e-mail ou d’un appel téléphonique avec un message automatique qui se lance lorsque l’on décroche. L’auteur du message est en effet libre de choisir son canal de communication.

Les communes et provinces ont la responsabilité

La décision d’envoyer une alerte aux habitants revient généralement à la commune ou à la province. Certains messages peuvent être nationaux, mais "c’est assez rare". Cela peut notamment être le cas dans le cadre d’un comité de concertation, par exemple.

Dans le cadre des inondations de la mi-juillet, une centaine d’alertes BE-Alert ont été envoyées dans différentes provinces, tant en Wallonie qu’en Flandre. Un peu plus de 2.160.000 SMS ont été envoyés. On parle aussi d’environ 15.000 mails et 2.000 appels téléphoniques. Parfois, le même message est envoyé par SMS et par e-mail.

Sur base de ces chiffres, on peut estimer qu’approximativement 85% des personnes ayant reçu un message d’alerte l’ont réellement ouvert. "Sur les 15% qui n’ont pas ouvert le message, il y a tous ceux pour qui les ordinateurs ont été sinistrés, ceux pour qui le téléphone n’était plus accessible ou le GSM perdu dans l’eau. Il y a ceux qui n’avaient plus de courant, plus de batterie et pas de possibilité de recharger… Mais selon la configuration de la famille, une femme a peut-être reçu le SMS mais son mari pas et pourtant, elle a pu lui passer le message", poursuit Pauline Remience.

Des failles techniques à Trooz

Dans certaines communes, on déplore cependant quelques soucis techniques. C’est le cas à Trooz, en province de Liège, où le BE-Alert a malheureusement été envoyé trop tard. "Le premier message à la population par BE-Alert est envoyé le 15 juillet à 7h53", nous indique-t-on du côté de la commune. Message envoyé par les services provinciaux, nous fait-on savoir. Son contenu ? "Nombreuses routes inaccessibles ou dangereuses – évitez les déplacements – télétravail – priorité absolue aux secours." A ce stade, l’eau avait déjà atteint un niveau assez important, et depuis longtemps… De plus, ce message n’est visiblement pas toujours arrivé à destination, en tout cas pas dans la bonne langue et à la bonne heure. "La réception de ce Be-Alert a été visiblement très aléatoire car certains ne l'auront reçu qu'en allemand, d'autres ne recevront ce message que vers 22 heures le soir du 15 juillet, sans parler de ceux qui n'ont rien reçu…", regrette la commune de Trooz. Pas d’autres alertes envoyées par la suite là-bas.

Du côté de Chaudfontaine, ce sont bien les autorités communales qui ont pris en charge l’envoi de messages BE-Alert à la population. Une première alerte a ainsi été envoyée le mercredi 14 juillet à 11h33. "Elle concernait des conseils de mobilité mais aussi les précautions à prendre par les habitants dans les quartiers les plus exposés", précise la commune. Dans la foulée, un second message est parti le même jour à 14h48, peu de temps après la décision d’évacuer les citoyens exposés. "Les deux alertes ont été envoyées préventivement, sur base des informations à disposition de la cellule communale de crise. Informations qui venaient notamment des chiffres produits par les capteurs installés sur les berges de la Vesdre", indique Chaudfontaine.

Fait marquant dans cette commune liégeoise, le système BE-Alert a enregistré une hausse du nombre d’inscrits entre les deux messages envoyés. "La première alerte a été envoyée à 857 personnes inscrites sur BE-Alert. La deuxième alerte à 1.046 personnes inscrites."

À Verviers, la bourgmestre nous a affirmé que quatre alertes avaient été envoyées mais sans plus de détails. En ce qui concerne les autres communes liégeoises sinistrées, le gouverneur de la province n’a pas été en mesure de répondre à nos questions. "Une instruction judiciaire est en cours, laquelle examinera toutes ces questions. Nous ne pouvons dès lors pas vous donner des informations à ce sujet le temps de cette instruction", a affirmé Hervé Jamar.

Pas d’alertes dans la province de Luxembourg

En province de Luxembourg, le système BE-Alert n’a, par contre, pas du tout été utilisé par les services du gouverneur de la province. "La situation ne l’a pas nécessité", informe Xavier Derenne, responsable de la communication de crise dans cette province. Les messages étaient pourtant préparés et prêts à partir si besoin mais cela n’aura finalement pas été nécessaire. "On a seulement fait évacuer de manière préventive les campings et camps scouts le mercredi 14 juillet au soir. On s’est concentré sur la vallée de l’Ourthe car on savait pertinemment bien que si l’eau montait rapidement pendant la nuit, ça aurait été problématique, donc ça a été fait préventivement et pas dans l’urgence", rapporte-t-il.

A sa connaissance, seule la commune de Marche-en-Famenne a eu recours à BE-Alert pour ses villages touchés par les inondations. "Mais ce n’était pas des messages d’alertes. C’était surtout pour donner des informations aux habitants, sur le centre d’accueil, par exemple."

A Marche ils sont revenus au système de parlophone pour garder contact et informer les gens

Dans la province la plus au sud du pays, d’autres moyens de communications ont par ailleurs été employés : principalement les réseaux sociaux, mais aussi les médias locaux et la bonne vieille méthode du porte-à-porte. "A Marche, ils ont eu des difficultés car ils n’ont plus eu de réseau, ils sont donc revenus au système de parlophone pour garder contact et informer les gens", indique notre interlocuteur avant de poursuivre. "Le système BE-Alert a aussi ses limites et ses inconvénients : on peut choisir d’envoyer les messages sur base d’une zone qu’on définit et le message est envoyé aux GSM répertoriés dans cette zone. Mais cela fonctionne avec les antennes donc les zones sont très aléatoires en fonction des pylônes. Dans une zone bien couverte par les pylônes, par exemple, on peut définir des lieux précis pour envoyer le message. Mais dans une zone moins bien couverte par les pylônes, les zones ne seront pas du tout précises", regrette le responsable de la communication de crise en province de Luxembourg.

Plusieurs BE-Alert en province de Namur

Dinant, commune également touché par les inondations au mois de juillet, nous confirme que des alertes ont été envoyées aux habitants, mais à l’initiative de la province. "On fonctionne en direct avec les services du gouverneur et le SPF Intérieur. La phase provinciale d’urgence a été déclenchée dans la province de Namur donc les alertes ont été envoyées par les services du gouverneur", nous dit-on. Nous n’avons malheureusement pas pu obtenir d’informations de leur part quant à l’utilisation de BE-Alert.

Du côté de la ville de Namur, des BE-Alert ont également été envoyés aux habitants : une première alerte, datée du 15 juillet à 18h23, informait les personnes à proximité de la Sambre et de la Meuse du risque de crue. Le message les invitait à prévoir un logement alternatif. Celui-ci n’aura finalement été que préventif puisque le débordement que craignaient les autorités locales ne s’est pas produit.

Entre le 17 et le 22 juillet, d’autres BE-Alert ont été envoyés sur le village de Dave, afin de tenir les habitants informés d’un problème de potabilité de l’eau. "Nous étions donc là d’avantage dans la gestion post-crise", remarque le porte-parole de la ville. En ce qui concerne les pluies du 24 juillet, le système n’a cependant pas été activé. "Les pluies ont été intenses mais sur un laps de temps très court et contrairement au 15 juillet, aucune consigne préventive du type ‘prévoyez un logement alternatif’ n’a été nécessaire."

L’alerte du 15 juillet a été adressée à quelque 34.531 personnes au total. "86,91% des personnes à qui le SMS a été envoyé l’ont bien reçu", précise Namur. Dans ce cas de figure, la commune a choisi de cibler les téléphones présents dans la zone au moment des inondations. "En situation de crise, l’envoi sur base de la localisation sera souvent privilégié pour s’assurer de toucher le plus de personnes possibles."

Pour le retour des "bonnes vieilles sirènes" ?

La plateforme BE-Alert compte actuellement 921.479 inscrits à travers toute la Belgique. Ce nombre a légèrement augmenté durant la période des inondations. "Entre le 12 et le 26 juillet, nous avons comptabilisé 7.590 nouvelles inscriptions à BE-Alert", souligne la porte-parole du centre de crise. Mais on l’a vu, la plateforme BE-Alert a connu quelques failles techniques du côté de Trooz, notamment. Citons également la commune de Marche-en-Famenne qui a rencontré des problèmes de réseau durant les inondations. Devrait-on dès lors penser à rétablir le système des sirènes Seveso ? La question s’est posée chez nos voisins allemands, aussi touchés par une montée des eaux dévastatrice. Le système d’alerte aux inondations a été mis en cause et la protection civile allemande accusée de ne pas avoir averti à temps les populations exposées à des risques d’inondations. Suite à cela, son président, Armin Schuster, avait plaidé pour "le retour des bonnes vieilles sirènes", afin de ne pas reposer uniquement sur des outils numériques.

En Belgique, les sirènes Seveso ont cessé de fonctionner en 2018 pour laisser place au système BE-Alert. Pour les raisons évoquées, un retour à ce moyen de communication serait-il envisageable ? Le centre de crise répond non. "Le contexte est complètement différent en Belgique et en Allemagne, nous répond sa porte-parole. L’Allemagne ne dispose pas d’un système qui ressemble à BE-Alert. Ils ont des applications mais pas de système équivalent donc le système de sirènes a encore son sens. Mais chez nous, BE-Alert offre plus de possibilités qu’une sirène."

Pauline Remience évoque notamment le côté inclusif du système. "Les personnes sourdes ne peuvent, par exemple, pas entendre les sirènes." BE-Alert est "audible et lisible" partout, également dans les lieux insonorisés. Un message venant de BE-Alert peut également être lu et relu à l’infini. "Si on a reçu le SMS et qu’on ne l’a pas lu dans les cinq minutes, le SMS est toujours sur notre téléphone. Alors que la sirène, si on ne l’a pas entendue, c’est trop tard", argumente la porte-parole du centre de crise.

BE-Alert offre aussi la possibilité d’envoyer des messages plus précis avec des consignes claires. "On peut envoyer un mail complet, on peut vraiment aller loin dans les informations qu’on donne." Ce système d’alertes est "utilisable dans une multitude d’urgences et adaptable à toutes les situations urgentes". Enfin, depuis son lancement en 2017, BE-Alert a été utilisé un plus grand nombre de fois que ne l’ont jamais été les sirènes lorsqu’elles étaient encore en activité. "On se rend compte que le réflexe BE-Alert vient beaucoup plus vite que les sirènes. Donc ça nous conforte dans l’idée que ce système convient mieux aux utilisateurs", conclut Pauline Remience.

Pour s'inscrire sur BE-Alert, il suffit de se rendre sur le site internet https://www.be-alert.be.


 

 




 

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