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Débat tendu sur la sortie du nucléaire: "Votre vision de la politique énergétique est pathétique", lâche un spécialiste en énergie

 
 

Les membres du nouveau gouvernement ont dû faire preuve de compromis pour parvenir à un accord. Parmi les dossiers sensibles: le nucléaire. Ensemble, ils ont dit oui à la sortie du nucléaire en 2025. Mais en cas de difficulté d'approvisionnement, il restera envisageable de prolonger deux réacteurs au-delà de cette date.

Bert Wollants, député fédéral - N-VA, n'est pas pour l'abandon trop rapide des centrales nucléaires. Il s'est exprimé dans C'est pas tous les jours dimanche. "Je pense que c'est utile de les garder pour produire de l'électricité sans produire du CO2", a dit l'homme sur le plateau de l'émission.

Pour Damien Ernst, professeur en électromécanique à l'ULiège, "la politique énergétique et climatique belge vit dans une sorte de réalité alternative où les chiffres ne comptent plus du tout". 

"Moi, je me réveille et je crois halluciner. On vient avec des plans de transition énergétique qui ne tiennent pas la route au niveau climatique", a expliqué le professeur. 

"On croit être dans un film de science-fiction"

"On surestime complètement le potentiel du renouvelable en Belgique. Le nucléaire en Belgique, c'est entre 40 et 50 térawattheures d'électricité décarbonée (donc sans CO2) par an. L'éolien et le solaire en 2019, c'étaient 12 térawattheures. Donc pour arriver, rien qu'à compenser la fermeture du nucléaire, il faut faire fois 4 pour toute la flotte renouvelable de solaire et d'éolien", a ajouté l'expert. 

"Sans impact sur la facture d'électricité"

"On croit être dans un film de science-fiction", a lancé Damien Ernst. 

Samuel Cogolati, député fédéral - Ecolo, ne partage pas du tout cet avis et l'a fait savoir sur le plateau de l'émission. "Non, que du contraire... La science-fiction, c'est ce que nous avons vécu ces dernières années, c'était le flou le plus absolu. Enfin, aujourd'hui, je suis soulagé que ce gouvernement offre un cap très clair pour la transition énergétique (...) moi je me base uniquement sur des chiffres concrets. Plusieurs études prouvent qu'il est possible de sortir du nucléaire en 2025 sans impact sur la facture d'électricité, mais aussi sans impact majeur sur le CO2", a répondu Samuel Cogolati. "Que dit l'étude récente d'EnergyVille? Elle nous dit que d'ici 2030, dans le secteur de l'énergie en Belgique, nous allons baisser d'un million de tonnes de CO2 nos émissions de gaz à effet de serre, même en sortant du nucléaire, même en fermant les sept réacteurs nucléaires", a précisé le député fédéral. 

"Vous (NDLR: Damien Ernst) êtes le seul qui me dit droit dans les yeux qu'il faudrait envoyer nos déchets radioactifs dans la Lune dans l'espace et qu'il faudrait construire 8500 nouvelles centrales nucléaires. Mais où? Nous n'avons pas la place en Belgique", a lancé Samuel Cogolati, s'adressant au spécialiste en énergie.

"Vous lisez mes exposés comme vous lisez les rapports d'EnergyVille. Vous sortez tout du contexte. Votre vision de la politique energétique est pathétique", a répliqué Damien Ernst après les dires de Samuel Cogolati.

Un rapport attendu pour l'année prochaine

Fin novembre 2021, un rapport complet sur les projets sélectionnés pour le mécanisme de rémunération de capacité (CRM) est attendu sur la table du gouvernement. Il mettra en lumière l'état de la sécurité d'approvisionnement et l'impact sur les prix de l'électricité. Si un problème inattendu devait survenir, le gouvernement prendrait les mesures adéquates, comme une adaptation du calendrier pour une capacité qui pourra aller jusqu'à 2 gigawatts, soit la capacité de deux réacteurs nucléaires.

Ceux de Doel 4 et Tihange 3 sont les moins vieux en Belgique. Engie Electrabel ne considère pas ce scénario comme réaliste. Une décision de principe sur la prolongation de Doel 4 et Tihange 3 doit être "prise au plus tard fin 2020", indique-t-il dans une note. Engie avance plusieurs raisons. Notamment que les commandes de carburant et travaux nécessaires à la prolongation des centrales prendront 30 à 36 mois. L'amendement sur la loi de sortie du nucléaire doit donc être approuvé avant l'été 2022.

Engie Electrabel ne compte pas investir un milliard d'euros dans des matières nucléaires sans un cadre légal adapté. Si le gouvernement décide seulement fin 2021 de prolonger ou non deux réacteurs, il ne restera que six mois pour faire voter l'amendement par le parlement. "Clairement insuffisant", estime Engie.

Une étude d'impact sur l'environnement devra être réalisée - entre 18 et 24 mois - et l'UE devra se prononcer, ce qui prendra encore entre 6 à 12 mois, poursuit Engie. La nouvelle ministre de l'Energie, Tinne Van der Straeten (Groen), n'a pas souhaité réagir à la note d'Engie Electrabel. Mais dans l'entourage du gouvernement, on estime, sur base des différentes enquêtes et avis d'experts, que le scénario d'urgence reste possible dans les délais impartis. Une partie des travaux juridiques préparatoires pourrait par exemple être entamée plus tôt.




 

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