"Le Talisman" de Paul Sérusier revient en star à Pont-Aven

Estelle Guille des Buttes-Fresneau, conservatrice en chef du Musée de Pont-Aven, pose à côté du tableau "Le Talisman" de Paul SérusierFred TANNEAU

"Le Talisman" de Paul Sérusier, peint en 1888 à Pont-Aven sous la direction de Gauguin, revient à compter de samedi dans la petite cité bretonne pour prendre place au cœur d'une exposition retraçant la fabuleuse histoire du petit tableau.

A l'été 1888, Paul Sérusier (1864-1927), alors âgé de 23 ans, séjourne à la pension Gloanec de Pont-Aven, petite commune du Finistère prisée des peintres et notamment du maître de l'impressionnisme Paul Gauguin.

La peinture du jeune homme est alors académique, ainsi que le montre "Un intérieur à Pont-Aven", tableau d'un réalisme minutieux ouvrant l'exposition présentée jusqu'à fin décembre au Musée de Pont-Aven, et réalisé quelques semaines seulement avant "Le Talisman".

Début octobre, à la veille de son retour à Paris, il réussit enfin grâce à l'entremise d’Émile Bernard à rencontrer Gauguin. Celui-ci, intrigué par la personnalité du jeune artiste, l'emmène au Bois d'Amour, lieu d'inspiration des peintres séjournant dans la petite ville, propice à la promenade et à la rêverie.

Là, il explique à Sérusier sa nouvelle conception en matière de peinture. "Comment voyez-vous ces arbres ? Ils sont jaunes. Eh bien, mettez du jaune; cette ombre, plutôt bleue, peignez-la avec de l'outremer pur; ces feuilles rouges ? Mettez du vermillon", lui aurait dit Gauguin. Le jeune homme s'exécute.

Il en ressort une esquisse qui oublie la perspective traditionnelle pour juxtaposer des couleurs franches tout en laissant entrevoir les principaux éléments du paysage représenté: un alignement d'arbres, un petit chemin, une rivière et un moulin.

Cette manière de peindre, proposée par Paul Gauguin et Émile Bernard, donne naissance la même année au "synthétisme", une nouvelle forme d'art dans laquelle on ne cherche plus à représenter les choses telles qu'elles sont, mais telles que l'artiste les voit, en privilégiant la perception visuelle à l'exactitude du rendu.

- "simple planchette de bois" -

"Le Talisman c'est une simple planchette de bois, mais qui a eu une énorme influence sur les artistes et notamment sur les Nabis (postimpressionnistes)", explique à l'AFP Claire Bernardi, conservatrice au musée d'Orsay, propriétaire du tableau et partenaire de l'exposition intitulée "Le Talisman de Paul Sérusier, une prophétie de la couleur".

Celle-ci s'attache plus largement à montrer l'influence du petit tableau (27 cm x 21 cm) sur l'art moderne.

Elle réunit quelque 80 œuvres, de Sérusier et Gauguin, mais aussi d’Émile Bernard, Maurice Denis, Édouard Vuillard, Georges Lacombe ou encore Charles Filiger, réalisées entre les années 1880 et le début du XXe siècle et provenant du Musée d'Orsay, mais aussi des Musées des Beaux Arts de Rennes et Brest ou encore de collections privées.

Elle fait en outre la lumière sur certains détails du tableau, mondialement connu mais finalement peu étudié, grâce à une analyse minutieuse réalisée par le Centre de recherche et de restauration des Musées de France.

"Nous avions un certain nombre d'évidences à établir ou à rétablir", explique à l'AFP Estelle Guille des Buttes-Fresneau, conservatrice en chef du Musée de Pont-Aven, consacré à Paul Gauguin (1848-1903) et à ses disciples, qui séjournèrent dans la petite cité finistérienne à partir des années 1860.

"Le tableau a été peint sur une petite planchette de bois et non sur un couvercle de boîte à cigare comme ça a été dit pendant longtemps", souligne-t-elle, faisant état également de la découverte de traces de doigts sur la peinture, très probablement de Sérusier, sur l’œuvre.

L'exposition s'achève par deux œuvres de Kandinsky prêtées par le Centre Pompidou, ainsi que par deux des tableaux les plus abstraits de Sérusier, dont "Tétraèdres" récemment acquis par le Musée d'Orsay et encore jamais montré.

Elle sera présentée à partir de fin janvier 2019 et pour une durée de trois mois au Musée d'Orsay.

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