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"Ne les laissez pas lire" : une exposition sur les livres censurés pour enfants

Une fillette dans une bibliothèque à Pont-Audemer (nord-ouest) le 23 août 2018CHARLY TRIBALLEAU

La censure exercée depuis le début du XIXe siècle sur les lectures pour enfants, des romans aux illustrés, n'a jamais cessé mais a souvent changé de camp en invoquant des motifs très divers: une exposition passionnante le montre à la Bibliothèque nationale de France.

"Personne, dès lors qu'il s'agit des lectures des enfants, ne peut dire qu'il n'y a rien à dire" et "la censure ne se situe pas forcément où l'on pense qu'elle est", souligne à l'AFP Marine Planche, commissaire de cette exposition accrochée au long de l'allée Julien-Caïn, jouxtant la Bibliothèque François-Mitterrand.

Cet accrochage, qui aligne 120 publications --affiches, pages de BD, couvertures de livres, articles-- a le mérite d'avoir montré la vivacité, le caractère passionnel et la complexité des avis.

"Ne les laissez pas lire. Polémiques et livres pour enfants", jusqu'au 1er décembre, démarre avec le livre de 1904 de l'abbé Bethléem (1869-1940) "Romans à lire et romans à proscrire".

À l'intention des familles catholiques, il sera maintes fois réédité et vendu à des centaines de milliers d'exemplaires, en France, en Belgique et jusqu'au Québec. L'ouvrage sera le principal inspirateur de la loi du 16 juillet 1949 qui encadre encore aujourd'hui les publications pour la jeunesse grâce à une commission de surveillance.

La violence d'une part, et le corps et la sexualité d'autre part, sont les deux sujets sur lesquels la censure sera constamment en garde, souligne la commissaire. Jusqu'à l'époque récente, où des livres comme "Tango a deux papas" qui évoquent l'homoparentalité, ont fait polémique dans le contexte du mariage gay et de la Manif pour tous.

Selon ses membres et selon les sujets et les époques (Mai 68, avant, après), cette commission se montrera plus ou moins souple.

Les BD, notamment étrangères, ont été souvent censurées, quand elles étaient jugées vulgaires, "démoralisantes", "indigentes", voire "sataniques" quand elles évoquaient la magie. Des BD, notamment américaines, ont été condamnées comme violentes, jugées responsables de la délinquance juvénile.

Parfois une image a dû être retirée d'une planche, même dans le très pédagogique et sage "Max et Lili". Récemment "Le Petit Chaperon Rouge", jugé sexiste, était retiré d'une bibliothèque à Barcelone.

Pendant la guerre et avant, la censure s'était accrue sur les ouvrages dont les auteurs étaient juifs.

Après-guerre, souligne l'historien Jean-Yves Mollier, "croyants ou non croyants sortant de la Résistance partageaient les mêmes principes moraux". L'épouse d'Aragon, Elsa Triolet, prononce en 1949 un discours très virulent sur la nécessaire protection de la jeunesse.

Pour la pédiatre Françoise Dolto, la priorité était de "protéger" les enfants: "Écrite et choisie par les adultes, la littérature enfantine échappe au jugement de ses jeunes consommateurs. Ces derniers sont à la merci des +livres pour enfants+ présumés inoffensifs, voire éducatifs".

Pour la bibliothécaire Geneviève Patte, spécialiste de ces questions, "le danger est bien plus dans ce qui est faux, mièvre et ennuyeux que dans ce qui est trop fort dans sa vérité. Ne craignons pas trop vite de traumatiser les enfants".

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