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Anaïs Romand, la passion des costumes de cinéma au fil de l'Histoire

Anaïs Romand, la passion des costumes de cinéma au fil de l'Histoire
La costumière Anaïs Romand, à Paris, le 18 février 2019FRANCOIS GUILLOT
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Des films de Guillaume Nicloux à ceux de Bertrand Bonello, elle a travaillé dans des univers bien différents. Nommée deux fois cette année aux César, la costumière Anaïs Romand s'enthousiasme de faire "un métier passionnant", au coeur de "la dramaturgie d'un film".

"J'ai toujours adoré les tissus", explique cette femme de 62 ans au regard pétillant. "Le métier de costumier, ça regroupe énormément d'artisanat, de savoir-faire, de connaissances".

En lice vendredi aux César pour "Un peuple et son roi" de Pierre Schoeller et "La Douleur" d'Emmanuel Finkiel, dont elle a cosigné les costumes avec Sergio Ballo, Anaïs Romand, aussi costumière pour le théâtre ou l'opéra, a travaillé sur beaucoup de films historiques.

Parmi eux, trois lui ont déjà valu un César --"L'Apollonide: souvenirs de la maison close", "Saint Laurent" de Bertrand Bonello, et "La Danseuse" de Stéphanie Di Giusto--, aux côtés des "Gardiennes" de Xavier Beauvois, du "Journal d'une femme de chambre" de Benoît Jacquot ou des films de Guillaume Nicloux, dans des univers souvent plus contemporains.

"Il y a assez peu de cinéastes qui pensent à faire appel à moi pour des films contemporains", constate-t-elle. "Mais c'est vraiment le même métier".

"C'est un métier où l'on ne fait absolument jamais deux fois la même chose", assure-t-elle. "Même si on fait deux fois, trois fois, dix fois un film sur le XVIIIe ou le XIXe siècle, on ne le traitera jamais de la même manière".

- "parcours sinueux" -

Anaïs Romand raconte être venue "par un parcours sinueux" aux costumes, "métier de rêve" qui lui semblait "totalement inaccessible". "Ce sont les rencontres très passionnantes que j'ai faites qui m'ont mise dans cette voie-là".

Après des études de restauration d'oeuvres d'art en Italie, elle rencontre une costumière qui a besoin de quelqu'un pour créer des textiles pour le théâtre. Elle devient son assistante pendant quelques années, surtout pour la scène, avant de se tourner vers le cinéma.

Après avoir collaboré sur plusieurs films, la première oeuvre qu'elle signe comme costumière sera "Les Derniers jours d'Emmanuel Kant" de Philippe Collin en 1993. "J'ai vraiment compris que ce métier de costumier était en fait passionnant, parce qu'on est complètement au cœur de ce qui va se fabriquer dans l'histoire", dit-elle.

Pour "Un peuple et son roi", film sur la Révolution française du point de vue du peuple de Paris, Anaïs Romand a dû habiller 118 rôles et beaucoup de figurants.

Elle est partie de croquis, dessins et gravures de l'époque, ainsi que de livres de sociologues et d'historiens, avant d'établir des gammes de matières et de couleurs, puis des croquis pour recréer l'image du peuple.

"Ca fait partie des films qu'on appelle importants, parce qu'il faut une grosse production de costumes", indique-t-elle. "Ça veut dire qu'on doit quand même beaucoup fabriquer, donc on monte un atelier".

- "sexisme" -

Pour "La Douleur", adaptation du roman de Marguerite Duras sur le retour de son mari Robert Antelme des camps de concentration, il s'agissait en revanche d'un "autre traitement".

"On ne voulait pas être trop réaliste dans l'époque, dans ces années de la fin de la guerre. Il fallait que le spectateur se plonge un peu avec Marguerite dans sa vision, son attente", d'où "une volonté d'effacement du costume", développe-t-elle.

Souvent récompensée pour son travail, Anaïs Romand souligne qu'il existe cependant une forme de "sexisme" dans le cinéma par rapport aux métiers du costume, dans lequel il y a beaucoup de femmes. "On a une image traditionnelle des femmes qui cousent et puis finalement ce n'est pas la peine de les payer beaucoup elles adorent ça", lance-t-elle.

"On a affaire aussi à l'entretien quotidien des costumes quand on tourne, c'est-à-dire les laver, les ranger, les repasser, les mettre dans les loges, les mettre en état. Donc c'est vite assimilé à un travail un peu de femme de chambre".

"Il y a une certaine dévalorisation de ce travail", regrette-t-elle. "Dans le théâtre, ce sexisme n'existe pas. Je ne le ressens pas".

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