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Chris sur la scène des Francofolies, son "espace d'expression ultime"

Chris sur la scène des Francofolies, son
Le groupe Christine and the Queens en concert aux Eurockéennes, le 7 juillet 2019 à BelfortSEBASTIEN BOZON

"Je crois que la scène reste quand même mon lieu d'expression ultime, celui où je me sens le mieux", confie Christine & the Queens, venue présenter aux Francofolies de La Rochelle son ambitieux spectacle mêlant chansons pop et danse contemporaine.

Après une tournée triomphale des Zéniths et deux passages complets à l'AccorHotel Arena de Paris cet hiver, celle qui se fait désormais appeler Chris a pris la route des festivals. Star internationale oblige, ses étapes estivales se font également en Angleterre, Allemagne, Espagne, au Danemark et aux Pays-Bas.

Néanmoins, c'est aux Francos qu'on retrouve l'artiste aux talents multiples, venue défendre son deuxième album "Chris", salué par la critique hexagonale et internationale - "Album de l'année" 2018 pour The Guardian -, moins par le public avec quelque 155.000 ventes à travers le monde (dont la moitié en France). Loin de "Chaleur Humaine" écoulé à 1.300.000 exemplaires (dont 850.000 en France).

"Un concert en festival c'est une ambiance différente de celui qu'on donne lors de sa propre tournée. On joue devant un public qui n'est pas forcément acquis à sa cause. Pour une performeuse c'est stimulant. On doit réussir à capter l'attention des gens", estime-t-elle.

"Mon spectacle est un peu à rebours de ce qui se fait en festivals. Je l'ai donc un peu repensé pour l'adapter aux conditions en plein air où il y a la contrainte de la météo... On ne peut pas facilement accrocher des choses, j'ai donc opté pour les feux d'artifice. Je voulais un effet qui fasse penser à des tableaux éphémères", explique Héloïse Letissier de son vrai nom.

Voilà pour la scénographie. Ses chorégraphies, elles, restent une composante essentielle de son show, exécutées avec le collectif La Horde. "Il y a un véritable échange avec les danseurs. Je trouve qu'ils sont assez sous-exploités généralement, moi j'ai voulu danser avec eux et non pas seulement autour d'eux ou eux autour de moi", dit-elle.

- "Je n'apprécie pas l'élitisme" -

Selon ceux qui l'ont revu ces dernières semaines, son spectacle gagne en chaleur, là où la performance, certes impressionnante, imposait une distance, parfois au détriment de l'émotion.

Une impression qui tient peut-être aussi aux spectateurs selon le pays. "En France, on écoute attentivement les chansons et on réagit un peu moins. Le public anglo-saxon est différent. Aux Etats-Unis, par exemple, au début de ma tournée, je jouais devant un public un peu de niche, beaucoup plus actif et excité".

"Culturellement, aux Etats-Unis et en Angleterre, la notion de performer est peut-être plus ancrée. Ils ont plus l'habitude d'aller voir des artistes qui font cette proposition. Mais chez eux, ma façon de mêler chansons pop et danse contemporaine, me rend, je crois, d'autant plus française", argue celle qui "veille à faire tout de même quelque chose de populaire, d'accessible".

"Ce que je n'apprécie pas dans la danse ou le théâtre, c'est l'élitisme", insiste-t-elle.

Cette polyvalence dont fait preuve Chris, caractérise d'autres jeunes artistes françaises comme Aloïse Sauvage, qui intègre chant, cirque et danse sur scène.

"Je suis heureuse de voir qu'une nouvelle génération n'hésite pas à metttre en avant ses qualités. D'une certaine façon, c'est une génération qui a beaucoup cliqué sur internet et qui a vu qu'il était possible de s'exprimer et s'éclater comme ça", analyse-t-elle.

Celle, qui en adoptant un look androgyne pour "Chris", défie la notion de genre pour mieux dénoncer une société "machiste", estime qu'"il reste beaucoup de choses à faire pour qu'une symétrie se dessine", notamment dans l'industrie musicale où de nombreux métiers restent masculins.

"Mais c'est aux femmes de prendre leurs responsabilités pour s'imposer, soutient-elle. Il faut accepter de dire cinq fois +non+, pour que les choses avancent. Mais je trouve que ça commence à bouger un peu. Les femmes devraient plus souvent occuper des fonctions comme productrice ou ingénieure du son, il faut chasser cette image de la femme incapable de brancher un câble."

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