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Course de vitesse pour les brasseurs belges avant la réouverture des terrasses

 

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Pour étancher la soif des amateurs de bière, privés de comptoir depuis six mois, les brasseurs belges sont lancés dans un contre la montre pour être fin prêts lorsque les terrasses rouvriront le 8 mai.

C'est un défi pour cette industrie, déjà éprouvée par la pandémie.

"C'est toute une machine qui doit se remettre en route", explique à l'AFP Lionel Van Der Haegen, directeur de la brasserie Silly, dans la localité du même nom.

L'entreprise pense être prête pour le jour J et fait son maximum mais craint de ne pas retrouver tous ses clients. "Certains ont fait faillite (...) Chaque jour compte pour rouvrir", s'inquiète-t-il.

La remise en route de la fabrication et du circuit de distribution est un exercice logistique d'ampleur.

Après la fermeture des bars, cafés et restaurants fin octobre, les lourds fûts de bière descendus dans les caves, prévus pour une consommation à l'échéance de quelques semaines, ont dû être remontés et leur contenu jeté sous strict contrôle.

Alors que la bière belge a été inscrite en 2017 au patrimoine mondial de l'Unesco, il était de toute façon hors de question pour le brasseur de stocker de la bière éventée et un nouveau cycle de production a été lancé en prévision du 8 mai.

"Il faut environ un mois à six semaines entre le début du brassin et la dégustation de la bière de Silly. On est en train de rappeler les équipes pour préparer toute la logistique, préparation des commandes, appel des clients pour connaître leurs besoins, planning des livraisons...", détaille Lionel Van Der Haegen. La brasserie est actuellement à 70% de ses capacités.

- Des clients amis -

Fondée en 1850, la brasserie, située dans une commune de 7.000 habitants, emploie 24 personnes à temps complet.

En période normale, elle produit deux millions et demi de litres par an: bières blonde, blanche, de style trappiste, de saison ou encore aux fruits. Aux ventes en Belgique s'ajoutent les exportations aux Etats-Unis et en Chine.

Alors qu'une équipe de l'AFP visite l'établissement, un agriculteur vient charger de la "drêche", des résidus du brassage de l'orge pour nourrir le bétail.

La réouverture des terrasses sera un soulagement pour les propriétaires de bars, cafés et restaurants. Attendue depuis des mois par la population, elle reste toutefois entourée d'incertitudes.

Si certains vont vouloir fêter l'événement avec éclat, d'autres pourraient craindre les attroupements alors que la pandémie, qui a fait plus de 24.000 morts en Belgique, est loin d'être jugulée.

Pour Sébastien Weverbergh, qui tient un bar près de la brasserie de Silly, ce retour à la normale ne posera pas de problème.

Le secteur a déjà une expérience des mesures sanitaires et sait gérer les consommateurs trop bruyants, fait-il valoir.

"Ne plus voir nos clients, c'est un peu être puni, comme si on n'avait plus le droit de voir ceux qui sont finalement devenus des amis", confie-t-il.

"L'autre difficulté évidemment est financière. L'Etat nous a aidés, il a fait ce qu'il a pu, mais ses moyens sont parfois un peu dérisoires par rapport aux frais qu'un restaurant ou qu'un café engendre", constate le gérant.

Le gouvernement belge a notamment annoncé une réduction jusqu'au 30 septembre de la TVA pour le secteur de l'Horeca (hôtel, restaurant, café).

L'industrie brassicole qui a pesé de tout son poids pour ces réouvertures y voit un moteur de la reprise post-Covid.

"Je pense que c'est un symbole du début du redémarrage pour toute la société", estime Simon Spillane, directeur de la communication des "Brasseurs d'Europe" qui regroupe une trentaine d'associations nationales.

Avant la crise, l'Europe comptait quelque 11.000 brasseries, un chiffre en augmentation régulière avec l'engouement pour les productions artisanales.

Mais cette industrie est aujourd'hui à 50% de ses capacités tandis que les ventes dans les bars et restaurants ont chuté de 42% en 2020 par rapport à 2019, sans qu'elles soient compensées par les achats en magasins.


 




 

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