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Daniel Benoin ou le secret pour remplir un théâtre chaque soir aux portes de Nice

Son théâtre fait le plein avant même le début de la saison et est rempli chaque soir. Aux portes de Nice, à Antibes, Daniel Benoin a transformé Anthéa en une implacable machine à succès, servie par un credo: pousser les spectateurs à s'abonner.

Si c'est à Paris que les critiques se sont précipités pour voir Muriel Robin fêter ses 30 ans de scène et reprendre ses sketchs cultes, c'est à Anthéa qu'elle a d'abord répété, après un détour par Troyes. Elle a joué trois soirs à Antibes, quasiment à guichet fermé, avant ses représentations parisiennes.

Pour expliquer la réussite de Daniel Benoin et ses 14.000 abonnés, d'aucuns évoquent ses subventions --l'Etat ne verse rien, mais la mairie, le département et la Région apportent 45% du budget. D'autres citent son carnet d'adresses qui lui permet d'obtenir têtes d'affiche et valeurs sûres.

"Daniel est dans le métier depuis 40 ans, il y a sûrement un relationnel, des fidélités, mais c'est un grand entrepreneur, un artiste et un vrai gestionnaire qui sait organiser une programmation en fonction de ses objectifs", salue Ella Perrier, secrétaire générale du Théâtre national de Nice (TNN) qui a secondé Daniel Benoin à la tête du TNN pendant de 2002 à 2013.

Directeur à 23 ans au théâtre Sorano de Vincennes puis plus jeune directeur d'un centre dramatique national à la Comédie de Saint-Etienne en 1978, lui-même comédien et metteur en scène, Daniel Benoin a une autre particularité au bas de son riche CV: il est passé par HEC, la première des grandes écoles de commerce françaises.

"Il a des gros moyens mais il sait aussi organiser la pénurie. Par exemple, s'il programme Fabrice Lucchini trois soirs sur 1.230 places (la grande salle d'Anthéa), il a un potentiel de 5.000 personnes qui veulent le voir, donc les gens se précipitent", observe Mme Perrier.

- Abonnement panaché -

En mai, pour l'ouverture des réservations de la 6e saison d'Anthéa 2019-20, le site internet a saturé, les gens se sont bousculés et il a fallu rajouter une quarantaine de dates aux 64 spectacles.

En septembre, le théâtre "avait déjà plus de 122.000 places vendues avant d'avoir commencé, c'est très rare en France, surtout à côté d'une grande ville. Depuis six ans, ça monte tous les jours", jubile Daniel Benoin qui tablait sur 40.000 spectateurs par an au lancement d'Anthéa le 6 avril 2013.

"Les deux tiers des spectacles sont nouveaux, pas faciles, en cours de création", dit-il à l'AFP. Son secret: "Je connaissais bien la région, et je partais de zéro et sans aucune contrainte. Ca m'a permis de choisir l'équipe dans son entier, et de diversifier énormément la programmation".

Dans la lettre spécialisée Artistik Rezo, il explique: "Ma seule idée, c'est l'abonnement, il faut abonner les spectacteurs. C'est de cette manière qu'on peut les pousser à voir des spectacles qu'ils n'ont pas l'habitude de voir".

Chaque abonnement panache ainsi des spectacles qui ont bien marché ailleurs avec des découvertes.

Autre point fort, le bâtiment en béton brut lasuré qui abrite le théâtre jouit d'un des plus beaux toit-terrasse de la région avec vue à 360° sur la mer. Une merveille pour les dîners d'avant-spectacle et les pots avec les artistes.

A Nice, on observe le phénomène Anthéa sans déplaisir, même si le TNN dominait auparavant la région avec le Théâtre de Grasse, et doit maintenant cohabiter avec Antibes.

"Il faut habituer les gens à sortir", se réjouit Benoit Tessier, président de la Fédération des théâtres de Nice, qui soutient pour la 5e année consécutive une quinzaine de théâtres.

"Anthéa fait une belle programmation, pour un public qui n'était pas desservi jusque-là, c'est un vrai beau travail et ça a été très vite!", se félicite aussi Jean-Luc Gag, adjoint au maire de Nice.

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