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Etre humain, les nouveaux corps du sculpteur Antony Gormley

Etre humain, les nouveaux corps du sculpteur  Antony Gormley
Le sculpteur britannique Antony Gormley se tient près d'une de ses sculptures exposées à Hong Kong, le 26 mars 2018ANTHONY WALLACE

Certaines sculptures semblent faire du yoga. L'une se tient debout sur la tête, l'autre paraît renforcer sa sangle abdominale.

Les nouvelles créations du sculpteur britannique Antony Gormley, une série intitulée "Rooting the Synapse" et dévoilée à Hong Kong cette semaine, sont comme toute son oeuvre basées sur son propre corps.

Mais cette fois, elles ressemblent à des arbres dont les membres déchiquetées dessinent comme des branches, grêles et squelettiques.

Antony Gormley, 67 ans, est probablement le sculpteur moderne le plus connu du Royaume-Uni. Il a passé sa vie à explorer la relation entre le corps humain et l'espace.

"Angel of the North", mastodonte ailé de 20 mètres de hauteur et 54 mètres d'envergure installé sur une colline du nord-est de l'Angleterre, l'avait propulsé vers la célébrité.

Entre 2015 et 2016, d'étranges silhouettes perchées au sommet des gratte-ciel avaient dominé l'emblématique "skyline" de Hong Kong dans le cadre de son installation "Event Horizon". Cette exposition avait suscité de la curiosité mais aussi de la peur, certains prenant les sculptures pour des gens prêts à se suicider en se jetant dans le vide.

Le sculpteur explique à l'AFP qu'il ne cherche pas à raconter une histoire, que ses sculptures sont là simplement pour susciter de l'émotion chez ceux qui les regardent.

"Le corps est l'instrument le plus sensible dont on dispose pour expérimenter le monde", dit l'artiste, 1,88 mètre sous la toise.

Par le passé, il a exposé ses oeuvres sur la plage, au bord de vastes lacs d'eau salée, dans des villes densément peuplées. Mais sa dernière installation est exposée entre les murs austères de la galerie hongkongaise White Cube, invitant le spectateur à prendre une pause et se retirer de la frénésie urbaine.

- Idéal de beauté -

Gormley s'est servi de fer pour sculpter ses formes semblables à des brindilles. Il déclare s'être inspiré partiellement de civilisations anciennes, comme les motifs angulaires utilisés par la poterie et l'architecture grecques.

Mais elles rappellent aussi des circuits électriques. Le sculpteur les compare à des antennes de télévision, les "récepteurs des signaux de la réalité contemporaine".

Les gens sont de plus en plus envahis par les écrans et vont à la salle de gym "comme s'ils étaient des chiens qu'on sortait pour faire de l'exercice", assène-t-il. Ses dernières oeuvres sont censées être à la fois "familières et étrangères", alliage d'éléments naturels et numériques.

"D'une certaine façon, je suis en train de dire que c'est ça l'être humain aujourd'hui".

Collectionneurs VIP, amateurs éclairés et galeristes se sont succédés au White Cube pour la présentation de l'exposition en début de semaine. Elle coïncide avec l'organisation dans l'ancienne colonie britannique de la sixième édition d'Art Basel, grande foire internationale de l'art contemporain.

Gormley souligne qu'il ne recherche pas la beauté idéale comme pourraient le faire des sculpteurs plus traditionnels.

"Je plaide pour la vie qui existe indépendamment des accidents de l'apparence".

Le mouvement est plus évident dans cette série. Certaines figures semblent relaxées, d'autres sont saisies en déséquilibre.

A Shanghai, où il a exposé l'année dernière, il a été inspiré par les gens qui pratiquent tous les matins le taï-chi, une forme de gymnastique douce. Ils ne transpirent pas forcément "mais ils redonnent à leur corps une forme d'équilibre", dit-il.

C'est ce qu'il essaye de faire avec son oeuvre. "Mon art, c'est ma méditation".

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