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Israël se souvient avec émotion de sa relation avec Aznavour

Israël se souvient avec émotion de sa relation avec Aznavour
Charles Aznavour en concert le 23 novembre 2013 au Nokia Arena dans la ville iraélienne de Tel-AvivJack GUEZ
ISRAEL

Le monde de la chanson israélienne a rendu hommage mardi à Charles Aznavour, dans un pays avec lequel le chanteur avait une affinité particulière.

Charles Aznavour avait un public en Israël, jusqu'au président Reuven Rivlin, qui l'avait chaleureusement reçu en 2017 et lui avait confié avoir connu la future Mme Rivlin en écoutant des chansons du Sinatra français.

La place privilégiée et rare faite par Israël à l'artiste de langue française tenait non seulement à son talent, mais aussi à l'inclination pour le peuple juif du chanteur d'origine arménienne, autre peuple éprouvé.

Israël ne pouvait qu'être sensible à la révélation que les Aznavour avaient, au péril de leur vie, dissimulé des juifs et des Arméniens dans leur modeste appartement parisien pendant la Seconde Guerre mondiale, ce qui avait valu à Charles Aznavour de recevoir en 2017 au nom de sa famille un honneur de plus, la médaille Raoul Wallenberg.

"Nous avons tant de choses en commun, les juifs et les Arméniens, dans le malheur, dans le bonheur, dans le travail, dans la musique, dans les arts", disait alors l'artiste au côté de M. Rivlin.

Les radios israéliennes ont abondamment diffusé mardi les oeuvres de l'auteur de "La Bohème".

Marque d'inattendue reconnaissance populaire, l'incontournable armée israélienne a été prompte à saluer la mémoire de celui qui avait été, selon elle, "le premier chanteur français à se produire en Israël" - dans un cabaret comme il se plaisait à le raconter - juste après la création de cet Etat en 1948.

"Charles Aznavour avait un lien spécial avec le peuple juif et l'Etat d'Israël", selon l'armée.

Israël ne pouvait ignorer que le chanteur était le grand-père d'un enfant juif, qu'il était venu à plusieurs reprises quand d'autres artistes boycottent Israël pour protester contre les politiques vis-à-vis des Palestiniens, et qu'il avait interprété des classiques en hébreu et en yiddish.

- "Que sa mémoire soit bénie" -

A l'occasion d'un concert en 2013, il avait expliqué avoir voulu doubler sa prestation d'une autre "en Palestine". Le projet ne s'était pas concrétisé, mais il avait quand même décidé de faire le déplacement à Tel-Aviv parce que le spectacle était placé sous le signe de la paix.

"Je suis un auteur de chansons qui viens chanter. Et quand on me dit: +Comment, vous allez chanter en Israël ?+, je réponds: est-ce qu'ils ont Coca-Cola. Si on me dit oui, je dis:... pourquoi, moi, je ne viendrais pas chanter ?", disait-il alors.

Charles Aznavour avait partagé la scène avec Achinoam Nini, grand nom de la chanson israélienne et militante de la paix connue en France sous le nom de Noa.

Noa a salué, dans un texte très personnel, un "homme de talent, de valeurs et de courage".

Elle a évoqué ce moment auquel elle avait participé quand l'artiste avait planté un olivier en hommage à la famille Aznavour, lors du dernier voyage de celui-ci en Israël en 2017.

"Nous avons pleuré, mais nous avons aussi ri car la vie avec Charles Aznavour était toujours merveilleuse", se rappelle-t-elle.

Au long de sa carrière, Charles Aznavour a ainsi noué des liens personnels en Israël.

Avi Toledano, chanteur populaire des années 80 qui a interprété en hébreu plusieurs titres de Charles Aznavour, a publié sur Facebook plusieurs photos avec le chanteur et des vidéos où il chante "la Bohème" en hébreu. "Un géant nous a quittés, que sa mémoire soit bénie", a-t-il écrit.

Corinne Allal, chanteuse d'origine tunisienne et francophone, a évoqué à la télévision "l'influence et la force qu'il nous a données et qui resteront longtemps".

Charles Aznavour devait se produire en juin 2019 à Tel-Aviv dans le cadre de sa tournée mondiale.

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