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Molière réunit Auteuil père et fille pour la première fois sur scène

Molière réunit Auteuil père et fille pour la première fois sur scène
Daniel Auteuil et sa fille Aurore Auteuil au Théâtre de Paris, le 22 janvier 2019, avant la première des "Fourberies de Scapin", une pièce de MolièreGeoffroy VAN DER HASSELT

Comment jouer face à un acteur culte et de surcroît votre père? Enfant, Aurore Auteuil faisait répéter "Les Fourberies de Scapin" à Daniel Auteuil. Vendredi, ils monteront pour la première fois sur scène dans une autre grande pièce de Molière.

Une carrière que l'un des plus populaires acteurs français n'a pas voulu pour sa fille, née de sa relation avec l'actrice Anne Jousset.

"La difficulté pour un acteur, ce n'est pas de jouer, mais d'attendre (un rôle). C'est très violent", affirme à l'AFP Daniel Auteuil qui a eu 69 ans jeudi.

"C'est très difficile d'être confronté au désir ou non-désir des autres. Je voulais lui éviter cette souffrance", précise l'acteur qui met en scène au Théâtre de Paris "Le malade imaginaire" et y campe aussi le personnage hypocondriaque d'Argan.

"Mais quand on a la vocation, on s'en fout complètement", sourit l'interprète inoubliable dans "Jean de Florette", "La fille sur le pont" ou encore "Le Huitième jour".

- "Etre à la hauteur" -

"Quand il m'a proposé le rôle, j'ai eu tellement peur. La barre est assez haute", sourit Aurore qui, à l'exception d'une petite scène dans le film "36 quai des Orfèvres" (2004), a attendu l'âge de 37 ans pour donner la réplique à son père.

"J'en rêvais depuis tellement longtemps et quand ça arrive, on se dit qu'il faut être à la hauteur", ajoute celle qui va camper le rôle de Toinette, la servante facétieuse qui va se jouer de la maladie imaginaire de son maître.

Pas facile pour une fille qui a grandi "sur les plateaux au théâtre, les loges". "Je le suivais partout, voir le plaisir que le travail lui procurait, c'est ça qui m'a donné envie de faire ce métier", raconte-t-elle. Mais dans ce métier, "on est plein à tirer la langue" et elle assure que son nom ne lui "a pas ouvert de portes".

Des souvenirs l'ont marquée comme à sept ans, "lorsqu'il est venu me chercher pour saluer le public après avoir joué dans +La double inconstance+ (au Festival d'Avignon 1988)" ou quand "il m'emmenait les mercredis au parc de Saint-Cloud et que je lui faisais réciter le rôle de Scapin au pied d'un arbre".

Une histoire qui se répète un peu car Daniel Auteuil, né à Alger mais qui a grandi à Avignon, capitale du théâtre, avaient comme parents des chanteurs lyriques et voyaient régulièrement des tournées de troupes qui le fascinaient.

Mais ils lui souhaitaient autre chose que la scène. "Mes parents partaient toujours le soir au théâtre en riant et ils revenaient en riant. Je n'ai jamais su pourquoi ils ne voulaient pas que je fasse ce métier", confie-t-il.

Peut-être parce que "c'était difficile, ils ne vivaient pas de ça tout le temps. Ma mère surtout voulait que j'aie une vie plus stable".

Plus connu comme acteur de cinéma --une immense carrière couronnée de deux César et du prix du meilleur acteur à Cannes 1996--, Daniel Auteuil signe sa troisième mise en scène au théâtre où il a interprété au moins 24 rôles depuis les années 1970.

"Il a une énergie incroyable, on avait du mal à le suivre", se rappelle Aurore qui qualifie son père de "très instinctif, très pudique et extrêmement intelligent, avec toujours 10 wagons d'avance par rapport aux autres".

- "Je suis un homme pressé" -

Après Scapin et "l'Ecole des femmes", il voulait monter "Le malade imaginaire", cette "farce qui se moque de la mort mais écrite par un homme qui est en train de mourir et qui est donc plein de mystère", explique Auteuil.

Molière, véritablement malade, était décédé à la quatrième représentation de cette pièce en 1673, pris de convulsion sur scène alors qu'il jouait Argan.

"Je suis un homme pressé et je m'aperçois de mon désir de transmettre aux jeunes acteurs ce que m'ont appris tout au long de ma vie les grands metteurs en scène", souligne par ailleurs l'acteur, citant Patrice Chéreau, Michael Haneke, Claude Sautet ou encore Jean-Pierre Vincent.

Ne s'expose-t-il pas trop en mettant en scène et jouant à la fois? "Moi, je m'expose à avoir du plaisir, sourit-il.

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