En ce moment
 
 

Montpellier Danse célèbre "L'Einstein de la danse" Merce Cunningham, né il y a 100 ans

Montpellier Danse célèbre
Des danseurs interprètent une chorégraphie de Merce Cunningham le 9 octobre 2012 à New YorkSTAN HONDA

Cent ans après sa naissance et 10 ans après sa mort, "L'Einstein de la danse" Merce Cunningham est au coeur d'une série de célébrations organisées mercredi par le festival Montpellier Danse, dans une ville où il avait multiplié les passages.

"Si je n'avais pas croisé l'oeuvre de Cunningham, je n'aurais sans doute jamais travaillé dans la danse", a reconnu mercredi le directeur du festival Jean-Paul Montanari, en présentant "Un Jour avec Merce C.". Grâce au précurseur américain, qu'il côtoie à partir de 1985 au gré de ses visites à Montpellier, M. Montanari comprend alors que cette discipline "peut être un art majeur et que l'on peut y consacrer sa vie".

Pour faire un "clin d'oeil amical au plus grand chorégraphe du XXe siècle", dont danseurs et chorégraphes se rappellent la "présence lumineuse" et "l'oeil pétillant", le festival propose une riche programmation mercredi, incluant notamment une classe de la technique Cunningham en public, des projections, un spectacle du bras droit de Cunningham, Trevor Carlson.

Les pièces "Summerspace" (1958) et "Exchange" (1978) seront également dansées mercredi soir par le ballet de l'Opéra de Lyon à l'Opéra Berlioz de Montpellier et l'anniversaire du maître donne aussi lieu mercredi à la publication d'un livret spécial gratuit d'une quarantaine de pages intitulé "Un Américain à Montpellier".

Né le 16 avril 1919 à Centralia, dans l'état de Washington (nord-ouest des Etats-Unis), celui qui a libéré la danse de sa soumission à la musique, du décor et de la narration, était fils d'avocat et avait étudié le théâtre et la danse de 1937 à 1939 à la Cornish School à Seattle (Nord-Ouest).

C'est dans cet établissement qu'il rencontre le compositeur de musique contemporaine expérimentale et philosophe John Cage, qui sera son compagnon à la ville comme à la scène, jusqu'au décès de ce dernier en 1992.

- Standing ovation de 15 minutes -

Engagé en 1939 comme soliste dans la compagnie de Martha Graham, pionnière de la "modern dance", Cunningham fonde sa compagnie en 1953 et renouvelle radicalement les codes de la danse. Il juge notamment que "le mouvement n'a pas à traduire l'émotion, il doit en être la source". Sous l'influence de Cage, il introduit également la notion de hasard dans la chorégraphie, n'hésitant pas à tirer aux dés les trajectoires des danseurs ou l'ordre des séquences.

Cunningham est resté à la pointe de l'avant-garde toute sa vie, utilisant la vidéo dès les années 1970 et l'informatique dès le début des années 1990 pour composer des chorégraphies.

Incompris aux Etats-Unis, il connaît également des débuts difficiles lors de sa première venue à Montpellier Danse en 1985: ses "Events", basés sur des systèmes aléatoires, désarçonnent une large partie du public. Incommodés par la musique subversive de John Cage, qui mêle bruits et musique électronique, et par la dissociation des mouvements des danseurs et de la musique, des spectateurs révoltés sortent en hurlant.

Au fil du temps, à Montpellier comme sur d'autres scènes, Cunningham sera reconnu comme un grand créateur et lors de sa dernière venue en 2005, alors qu'il ne peut plus marcher, le patriarche de la danse contemporaine est acclamé lors d'une standing ovation de 15 minutes.

Parmi les temps forts des visites de Cunningham à Montpellier Danse restent de multiples instants magiques, notamment lors d'un "Event" en 1995: Merce reste seul en scène en plein air et danse de manière facétieuse avec une chaise pliante.

Ultime déclaration d'amour à Montpellier, il a demandé qu'une partie de ses cendres soit répandue au coeur de la Cité internationale de la Danse de Montpellier, au pied du studio qui porte son nom.

Vos commentaires