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Pavillon français de la Biennale de Venise: la pieuvre de Laure Prouvost

Pavillon français de la Biennale de Venise: la pieuvre de Laure Prouvost
L'artiste Laure Prouvost, le 2 décembre 2013 à LondonderryPETER MUHLY
Italie, architecture

Elle raconte avoir traversé la France, en partie à cheval, pour capter et restituer la "complexité" française dans le Pavillon de la Biennale de Venise qu'elle est chargée d'installer en mai. L'artiste Laure Prouvost, à l'imagination débordante, a choisi la pieuvre et ses tentacules pour livrer un message d'hypersensibilité.

Le 11 mai 2019 débutera la 58e Biennale internationale d'Art de Venise jusqu'en novembre. Avoir sélectionné cette vidéaste plutôt provocante, avec ses installations immersives qui font cogiter et ses récits à double sens, est "un choix audacieux", de l'aveu même du président de l'Institut français Pierre Buhler.

41 ans, cheveux blonds courts, allure sportive, débordant d'énergie, Laure Prouvost qui vit entre Londres, Anvers et la Croatie et met en correspondance le langage avec la vidéo, le dessin, la céramique, la tapisserie, la photographie, a déjà de belles expositions internationales à son palmarès (Minneapolis, Miami, Los Angeles, Istanbul, Lucerne, Milan, Pékin, Munich, New York, Mexico).

Racontant son aventure à l'AFP, elle se montre la fantaisie incarnée au point qu'elle semble jouer dans le récit de ses rencontres à mêler l'imaginaire et le réel.

Elle a conçu son projet "comme un grand voyage". "J'ai choisi la pieuvre car elle déploie son cerveau dans toutes ses tentacules. La pieuvre veut toucher pour comprendre. Elle pense en sentant, elle sent en pensant. Son grand problème est qu'elle n'a pas de mémoire", décrit-elle.

Elle a effectué ce voyage préparatoire avec la commissaire du Pavillon français, Martha Kirszenbaum, qui s'était fait remarquer en novembre à Paris Photo en inaugurant le secteur "Curiosa" qui traite du rapport à l'érotisme.

- "Outsiders" français -

Elles ont rencontré ceux qu'elles définissent comme des "outsiders" français, récusant le terme de marginaux". Elles ont fait exposer leurs talents insolites devant la caméra: Samantha et Garance les danseuses, Jules l'acrobate, Benoît le prêtre burkinabé, Alexandre le professeur de karaté, Alma la flûtiste, Kader le magicien qui fait voler les tables, Nicolas le danseur de hip-hop, Victor l'instituteur à la retraite qui fabrique les coiffes les plus fantaisistes.

Laure Prouvost s'est aussi attachée à faire parler ses racines: "ma grand-mère à Roubaix m'a forcé la main pour amener une tapisserie qu'elle a faite à Venise!", s'amuse-t-elle.

Elles ont commencé toutes deux leur périple en septembre par "le béton parisien" à la Cité Pablo Picasso de Nanterre, puis sont allées à Grigny et Roubaix, avant de rejoindre le Palais idéal du Facteur Cheval à Hauterives dans le Drôme, et de là, raconte Laure Prouvost, à dos de cheval, la "ville monde" de Marseille.

"Quant on sort de nos iphones, la réalité dépasse toujours la fiction. Il y une porosité entre la vie et l'art. Nous avons filmé une femme qui chantait dans le vent sur un terril, avons partagé un moment de grâce au bord de la Grande bleue avec le prêtre burkinabé coiffé d'un chapeau batman", témoigne l'artiste.

"Avec les tentacules, la pieuvre parle des extrémités, casse les frontières, permettra de pénétrer dans toutes les antres du pavillon français", promet-elle.

Comment conçoit-elle le pavillon? Elle ne semble pas vouloir tout prévoir, se laissant conduire par son inspiration. Il y aura les formes d'une grande pieuvre et un film projeté "dans le ventre de la poulpe". Des objets montrés dans le film se retrouveront dans le réel. Des musiciens de passage interviendront, il y aura des "nappes sonores".

"Les portes principales ne seront plus les principales. Nous voulons repenser le pavillon. Je veux un pavillon ouvert sur le monde, à l'écoute, qui a envie de discuter avec ses voisins", dit-elle.

"La pieuvre est un animal marin, pour une ville, Venise, qui est de façades et de coulisses. Ce projet sera une aventure remplie de surprises", observe Martha Kirzsenbaum.

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