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Mexique: dans l'affaire Debanhi, des failles dénoncées par le père

 
 

Justice, médias: l'affaire Debanhi Escobar est le révélateur de plusieurs failles au Mexique, dénoncées par un père au coeur de la tourmente depuis la mort de sa fille qui provoque un intérêt pas si fréquent dans ce pays où des centaines de femmes sont tuées chaque année.

C'est même presqu'une affaire d'Etat: le président Andres Manuel Lopez Obrador a promis vendredi son aide pour "qu'il n'y ait pas d'impunité", après une rencontre à Monterrey avec les parents de l'adolescente de 18 ans dont le corps a été retrouvé le 21 avril.

"Je veux la vérité", avait lancé la veille dans une vidéo le père, Mario Escobar, en colère contre la justice et une journaliste vedette.

"Nous en avons marre, nous sommes fatigués de tant de corruption", a ajouté l'enseignant après la fuite dans la presse d'un rapport d'autopsie que la famille avait commandé.

La jeune fille a été violée et assassinée, selon les conclusions de cette expertise indépendante.

Traits tirés, le père a largement contribué à médiatiser l'"affaire" depuis la disparition de sa fille dans la nuit du 8 au 9 avril dernier à la périphérie de Monterrey.

Ce n'était pourtant qu'un cas parmi d'autres, même dans cet Etat du Nuevo Leon, où 327 jeunes femmes ont manqué à l'appel depuis le début de l'année de l'aveu même du gouverneur. 90% ont été retrouvées, rassure le parquet.

Après quinze jours de recherche, le corps de Debanhi a été retrouvé le 21 avril dans un réservoir d'eau à proximité d'un motel de bord de route.

A priori, un fait divers tragique mais hélas banal au Mexique, où rien qu'en 2021, plus de 3.000 femmes ont été assassinées, souvent dans l'indifférence générale.

Mais le cas de Debanhi, fille d'enseignant et étudiante en droit, touche "des secteurs sociaux plus favorisés, et qui ont donc plus d'influence médiatique et politique", avance le sociologue Christian Ascencio.

Dès la disparition de sa fille, le père a aussi alterné les moments de collaboration et de rupture avec le parquet.

Mario Escobar a toujours soutenu que Debanhi avait été assassinée, face au silence de la justice, muette sur les causes de la mort. Il a qualifié jeudi l'autopsie du parquet de "supercherie".

- En quête de "dignité"-

"Je suis dévasté. C'est très difficile pour la famille, mais nous nous battons pour préserver notre dignité et pour rendre justice à notre fille", confiait-il le 28 avril au titre anglais The Independent.

Tout en s'affichant avec les procureurs lors d'une conférence de presse, le père avait aussi commandé son propre rapport d'autopsie.

Résultat : Debanhi a été victime d'un homicide après des violences sexuelles. Les conclusions ont été publiées jeudi soir par la version mexicaine en ligne du journal espagnol El Pais.

Cette fuite a provoqué la fureur du père : "je n'ai plus confiance dans le parquet de l'Etat du Nuevo Leon", a-t-il déclaré dans une vidéo, en demandant "la tête" des procureurs s'ils sont à l'origine de la fuite.

Vendredi après-midi, il s'affichait pourtant de nouveau avec le procureur et le ministre de la Sécurité pour demander la vérité.

Le père a également mis en cause une journaliste influente, Azucena Uresti, qui a cherché selon lui à se procurer le rapport d'autopsie à tout prix.

Dans ce grand déballage public, la journaliste s'est défendue dans un tweet de tout parti pris dans la couverture de l'affaire: "Vous le savez, Mario", a-t-elle interpellé le père dans un tweet.

L'affaire est une sorte de "spectacle médiatique qui rend l'information frivole", ajoute le sociologue Christian Ascencio.

La mère de la jeune femme a également déploré la diffusion dans les médias d'images de vidéo-surveillance montrant la jeune femme en train d'acheter une bouteille de vodka dans une supérettte quelques heures avant sa disparition, avec deux autres jeunes filles.

"J'entends des choses comme : elle se droguait, elle achetait de la vodka. Elle n'est hélas plus là pour se défendre", a déclaré Dolores Bazaldua.

Après l'affaire Debanhi, le corps d'une autre jeune femme disparue le 31 mars à Monterrey, Yolanda Martinez, a été retrouvée dimanche dernier.

Le parquet a indiqué qu'il privilégiait la piste du suicide. La famille assure que la jeune mère de famille était sortie pour chercher du travail.


 

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