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Irlande: la parole des femmes au coeur de la campagne sur l'avortement

Irlande: la parole des femmes au coeur de la campagne sur l'avortement
Le 11 mai 2018 à Dublin, peinture murale réalisée à l'occasion du référendum sur l'avortement en IrlandeArtur Widak
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Comme beaucoup de femmes ayant contourné l'interdiction constitutionnelle de l'avortement en Irlande, Fabiana Mizzoni fait campagne pour son abrogation lors du référendum de vendredi et dénonce l'hypocrisie de son pays sur la question.

"Dire que l'avortement doit rester illégal n'empêche pas qu'il se pratique, ça empêche juste qu'il se pratique en toute sécurité", souligne la jeune femme de 27 ans, qui en avait 17 lorsqu'elle a choisi de mettre un terme à une grossesse non désirée.

Près de dix ans après les faits, elle n'a plus aucun complexe à expliquer son choix et son soulagement d'avoir avorté à l'étranger.

A l'époque lycéenne, elle préfère ne rien dire à ses amies qui, comme elle, ont fréquenté "des écoles catholiques où l'on nous disait des choses affreuses sur les femmes qui tombaient enceintes par accident".

Hormis ses parents, qui l'ont laissée libre de sa décision, personne n'est mis au courant, pas même ses trois grandes soeurs qui n'apprendront l'histoire que quelques années plus tard, "tristes" et "en colère" de n'avoir pu la soutenir.

- "Paranoïaque" -

La native de Dublin évoque le climat de tension qui a entouré l'organisation de son voyage en Angleterre, racontant les "appels passés depuis des parkings" pour joindre la clinique et le prétexte d'une visite chez sa grand-mère pour faire le trajet.

"Je devenais paranoïaque et j'avais peur qu'on s'aperçoive des contradictions dans mon histoire", explique-t-elle, affirmant que si ses souvenirs de l'avortement lui-même sont "flous", elle se rappelle son soulagement au réveil.

Même convaincue que sa décision était la bonne, elle évoque "un sentiment contradictoire" de honte au retour en Irlande qu'elle explique par le fait d'avoir été élevée dans une société où l'IVG est tabou. Son interdiction -hormis lorsque la vie de la mère est en danger- est inscrite dans la constitution depuis 35 ans.

La jeune femme au teint mat dit faire campagne en faveur du droit à l'avortement depuis quelques années déjà, estimant que malgré son interdiction, il s'agit d'une réalité quotidienne.

"Ça m'a frappée à la clinique de Liverpool où j'étais: les infirmières sont particulièrement gentilles avec nous, Irlandaises, parce qu'elles nous voient tous les jours", raconte-t-elle.

Elle a partagé publiquement son histoire il y a deux ans, lorsque la parole des femmes sur l'avortement s'est davantage libérée, estimant devoir "parler au nom des gens qui ne peuvent pas".

Et de citer les femmes handicapées, les immigrantes qui ne peuvent pas voyager ou celles qui ne peuvent payer le voyage et n'ont pas eu le même soutien moral et financier qu'elle.

- Honte et secret

Dans une campagne référendaire où les témoignages personnels se multiplient, Fabiana Mizzoni estime qu'ils sont nécessaires pour mettre en lumière le phénomène longtemps resté "couvert d'un voile du secret et de la honte".

Selon elle, cela a aussi permis de démystifier l'IVG en montrant qu'elle "touche des personnes normales", loin des "stéréotypes de femmes qui coucheraient tout le temps sans protection et se moqueraient de tomber enceintes".

Elle qui s'estimait simplement trop jeune pour être mère juge "très injuste" l'interdiction de l'avortement, expliquant avoir fait du porte à porte et rencontré des femmes "dans leur cinquantaine ou soixantaine, fondant en larmes parce qu'elles n'avaient jamais parlé de leur avortement".

A l'approche du scrutin, la professeure de yoga se dit "prudemment optimiste" quant au résultat, tandis que les enquêtes d'opinion donnent l'avantage au Oui mais avec encore beaucoup d'indécis.

Dénonçant les attaques souvent "moches" de l'autre camp, elle évoque des semaines "exténuantes" passées à ressasser des moments intimes. Si le Non l'emporte, elle est prête à descendre manifester dans la rue.

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