Qui veut un dinosaure ? Deux ventes aux enchères leur sont consacrées à Paris

Qui veut un dinosaure ? Deux ventes aux enchères leur sont consacrées à Paris
Les squelettes de deux dinosaures, un diplodocus (à l'arrière plan) et un allosaurus (au premier plan), exposés le 6 avril 2018 à Paris avant d'être mis aux enchères à Drouot le 11 avrilSTEPHANE DE SAKUTIN

Que diriez-vous d'un dinosaure au milieu de la maison ? Un allosaurus et un diplodocus vont être vendus aux enchères mercredi à Paris, ainsi qu'un théropode en juin, des fossiles devenus objets de décoration "cool et branchés" pour qui a... beaucoup d'argent et un grand salon.

"Le marché des fossiles n'est plus réservé aux scientifiques, les dinosaures sont devenus cool, branchés, de véritables objets de décoration, comme les tableaux", explique à l'AFP Iacopo Briano, expert pour la maison de vente Binoche et Giquello citant les acteurs hollywoodiens Leonardo Dicaprio et Nicolas Cage, friands de ces ornements.

Nicolas Cage avait d'ailleurs dû rendre un crâne de tarbosaure bataar, sorti illégalement de Mongolie.

Les monstres du passé profitent du retour des cabinets de curiosités et de l'engouement actuel des collectionneurs et des artistes pour tous les objets d'histoire naturelle.

De plus, "depuis 2/3 ans, les Chinois s'intéressent à la paléontologie et cherchent, pour leurs musées ou même pour des particuliers, de grands spécimens à associer aux dinosaures trouvés sur leur sol", note l'expert italien.

Ces nouveaux acheteurs viennent s'ajouter aux grands groupes industriels, aux grandes fortunes européennes et aux Américains, acheteurs "historiques" de dinosaures. Leur motivations: décorer leurs grandes demeures, faire un cadeau original ou se faire de la publicité.

Les entreprises McDonald's et Walt Disney se sont par exemple associées au musée de Chicago pour acheter Sue, le Tyrannosaurus rex le plus complet et le mieux conservé jamais mis au jour.

- "Les gens veulent des dents !" -

"Des millions de personnes viennent le voir, ça fait une publicité incroyable aux entreprises", explique Éric Mickeler, expert en histoire naturelle pour la maison de ventes Aguttes.

Même si certaines de ces ventes se concluent par un acte de mécénat, les spécialistes restent réservés.

Tout en admettant que de nombreux fossiles mis aux enchères ne feraient plus progresser la science, ils soulignent que des pièces importantes peuvent toujours faire partie des lots.

Le marché reste "petit" et "ne s'adresse pas à beaucoup de monde", reconnaît Éric Mickeler.

Car si posséder un dinosaure est synonyme d'originalité (il ne s'en vend pas plus de cinq par an aux enchères dans le monde), cette passion présente également quelques contraintes: les dinosaures sont toujours chers et souvent gros !

Le "petit" allosaurus aux "60 dents affutées" proposés à la vente à Drouot à Paris mercredi par la maison Binoche et Giquello mesure 3,8 mètres de long. "Un dinosaure adapté à la demande parisienne qui ne prend "que" 3m80 de long pour 1m50 de hauteur!", s'amuse Iacopo Briano.

Mais pour son compagnon d'enchères, le diplodocus, c'est "12 mètres du nez à la queue".

Le théropode proposé par la maison de vente Aguttes le lundi 4 juin se situe entre les deux: 9 mètres de long pour 2,60 mètres de haut.

"Dernièrement on a vendu une très belle pièce à une famille vénitienne, ils avaient une grande pièce magnifique dans laquelle le dinosaure était parfaitement à l'aise", assure Iacopo Briano.

Et côté prix ? L'allosaurus est estimé entre 550.000 et 650.000 euros, le diplodocus entre 450.000 et 500.000 euros et le théropode entre 1,2 et 1,5 million d’euros.

Car les dinosaures ne sont pas égaux face aux marteaux. Les carnivores valent plus cher que leurs congénères herbivores. "Les gens veulent des dents !", explique Éric Mickeler. Et du vécu: les animaux auront plus de valeur s'ils gardent la trace de combats ou de maladies incurables.

Entre également en ligne de compte la rareté du spécimen, le pourcentage d'os véritables, la beauté de son crâne, la qualité de ses os ...

"Ce sont des prix totalement aberrants", dénonce Ronan Allain, paléontologue du Muséum d'Histoire naturelle. "C'est le monde du luxe, c'est pas fait pour des gens comme nous".

"On pourrait décider de faire préemption mais à l'arrivée pour le théropode par exemple ça voudrait dire qu'il faut qu'on débourse plus d'un million !", ajoute le chercheur.

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