"Jamais sans toit": ils occupent les écoles pour les enfants SDF

education

Instituteurs ou parents d'élèves de Lyon et sa banlieue, ils ont créé le collectif "Jamais sans toit" qui n'hésite pas à occuper des écoles pour loger des familles sans-abri.

"Dans la classe de ma fille, il y a deux élèves sans toit. J'ai rejoint le collectif quand j'ai réalisé qu'il y avait trois logements libres et chauffés dans l'école", témoigne Magali Busquet.

Créé en 2014, "Jamais sans toit" réunit des centaines de membres actifs dans au moins 40 écoles, dont Gilbert Dru dans le quartier lyonnais de la Guillotière, la pionnière.

"Avant 2010, on n'avait presque pas d'enfants à la rue. Aujourd'hui, je me demande quelle école n'est pas touchée. Il y en a même à Lyon dans (les quartiers aisés) du VIe, du IIe, de la Croix-Rousse", relève un de ses enseignants qui souhaite rester anonyme.

Le collectif aide ces familles à la rue, la plupart déboutées du droit d'asile, dans leurs démarches. Ses membres multiplient les goûters solidaires à la sortie des classes afin de payer des nuits d'hôtel - 42 euros pour la moins chère. Ils peuvent y récolter jusqu'à 500 euros.

Ce soir de janvier, après trois semaines d'occupation en décembre à l'école Wallon de Vaulx-en-Velin, ils remettent ça. Car il reste, selon eux, 180 enfants sans toit sur la métropole de Lyon et une quarantaine rien qu'à Vaulx où le taux de pauvreté est supérieur à 30%.

La Maison de la veille sociale (MVS) du Rhône, qui gère localement le 115, le numéro d'urgence sociale, recense 180 familles "dans la rue ou quasiment". Soit au moins 300 enfants.

Dans une classe, Daniel, 9 ans, s'amuse sur une couchette. Habituellement utilisée pour la sieste des maternelles, ce sera son lit cette nuit.

"On leur dit pas aux copains qu'on a pas de maison parce que parfois les gens se moquent", confie ce petit Angolais arrivé il y a trois ans, le sourire comme bouclier.

À ses côtés Artyom, 8 ans, l'écoute parler de la chambre qu'il aura un jour pour "lui tout seul". Lui dort d'habitude "chez des amis". "Je partage un lit avec mon papy".

- "On ne va pas dormir éternellement ici" -

Quasiment aucune de ces familles ne sont totalement à la rue. Nombre vivent dans des squats. Et quand le collectif apprend qu'un enfant dort dans une voiture ou dehors, un de ses membres ouvre toujours sa porte.

"Une fois, la mairie nous a dit +mais ils ne sont pas à la rue, ils sont chez vous+", s'indigne Alexis Gascher, un autre militant. Tous ont le sentiment d'assumer cette précarité à la place de l'État.

Ces dernières semaines, ils ont eu belle presse: C à vous (France 5), France Inter, Konbini. L'hebdomadaire La Tribune de Lyon a désigné "Jamais sans toit" parmi les 35 Lyonnais qui ont marqué 2018. Mais à la préfecture, on se dit insensible à la pression. Seuls "les critères objectifs de vulnérabilité" comptent.

Car le dispositif est complètement saturé et, chaque année, c'est plus compliqué, explique Michel Pillot, directeur de la Maison de la veille sociale du Rhône.

La préfecture souligne son "effort considérable" avec 5.500 places permanentes d'hébergement d'urgence et près de 750 en plus pour l'hiver. Mais il reste plus de 1.100 personnes sans solution.

"On a une lutte qui dure depuis plus de deux mois et ça n'aboutit pas. Seulement trois familles ont été logées, dont une dans un gymnase", lâche Magali. "On ne va pas dormir éternellement ici", note pourtant Noéva, institutrice de 25 ans.

À la mairie de Vaulx-en-Velin, dirigée par l'ancienne secrétaire d'État socialiste Hélène Geoffroy, on dénonce des "actions illégales". Et Michel Pillot d'alerter sur un risque d'effet pervers: ces familles "inscrivent leurs enfants dans les écoles de la métropole car elles savent bien qu'il y a cette solidarité". Argument bien sûr balayé par le collectif.

Vos commentaires