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A Bagdad, magasins et stations-service assaillis avant de nouvelles manifestations

A Bagdad, à la veille de nouvelles manifestations, les Irakiens, échaudés par une semaine de crise et de violences début octobre, se pressent dans les magasins et les stations-service pour être prêts "quoi qu'il arrive".

Entre le 1er et le 6 octobre, 157 personnes ont été tuées dans des manifestations antigouvernementales, en majorité dans la capitale, selon un bilan officiel. Un couvre-feu avait été déclaré, internet coupé et les prix avaient flambé.

Depuis plusieurs jours, les appels à manifester se multiplient pour vendredi, date du premier anniversaire du gouvernement et de fin du délai accordé par la plus haute autorité chiite du pays au Premier ministre Adel Abdel Mahdi pour accéder aux demandes des manifestants.

Cette fois-ci "les gens préfèrent faire des réserves en avance pour être prêts quoi qu'il arrive", affirme Abou Hamid, militaire à la retraite de 61 ans, qui achète des fruits et des légumes dans le quartier de Karrada, dans le centre de Bagdad, deuxième capitale la plus peuplée du monde arabe avec neuf millions d'habitants.

- Trois heures de queue -

"On a peur que les routes soient coupées, qu'internet et les communications soient coupés, donc on s'agite tous", poursuit cet homme à l'imposante moustache noire et au crâne dégarni.

A certains endroits, des magasins dont les étagères sont vides ont déjà baissé leurs rideaux. Ailleurs, ce sont des agents de change qui ont vidé leurs caisses.

"On a même ouvert les coffres-forts et laissé leurs portes ouvertes, comme ça, si jamais la situation devait dégénérer, les pilleurs verront que tout est vide et ne casseront pas tout", glisse l'un d'eux sous le couvert de l'anonymat.

Rassoul, chauffeur de taxi trentenaire, pensait éviter la cohue en s'organisant à l'avance. Dès mercredi, il est allé acheter des bouteilles de gaz pour sa famille. Mais il n'était visiblement pas le seul à avoir eu cette idée.

"On a fait la queue trois heures pour acheter des bouteilles de gaz", raconte à l'AFP cet Irakien aux cheveux savamment dressés sur son crâne par du gel. Début octobre le prix des bouteilles de gaz avait plus que doublé en quelques heures dans certains quartiers de la capitale.

Abir, professeure d'arabe résidente du quartier cossu d'al-Mansour dans le centre de la capitale irakienne a elle aussi "fait la queue pendant une heure et demie mercredi (...) pour faire le plein d'essence", de nombreuses stations-service étant fermées.

- "Tenir une semaine" -

"Tout le monde veut avoir de quoi tenir une semaine, si jamais la situation dégénérait", selon Rassoul. Et les prix ont déjà commencé à grimper en certains endroits.

Le kilo de tomate dans certains magasins par exemple avait déjà bondi de 1.500 dinars irakiens, soit environ un euro, à 2.500 dinars, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Dans les rues, les manifestations sont le sujet de discussion numéro un et les violences du début du mois sont dans les esprits de tous les Irakiens, dont le pays a été secoué par une succession quasi-ininterrompue de conflits depuis quatre décennies.

Le mouvement de contestation, déclenché le 1er octobre de manière spontanée --fait inédit en Irak--, dénonce la corruption et réclame emplois, services fonctionnels ainsi que le départ du gouvernement.

Mais une fois les achats payés, les réservoirs remplis et les stocks constitués, Abir s'interroge.

"On a peur pour demain mais on ne sait même pas de quoi on doit avoir peur", lance-t-elle.

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