Acier, numérique, protectionnisme: le G20 Finances en terrain miné

Acier, numérique, protectionnisme: le G20 Finances en terrain miné
L'ancien ministre de l'Economie allemand Wolfgang Schauble (c), le directeur de la Banque centrale allemande Jens Weidman (d) et le ministre argentin des Finances Nicolas Dujovne (g) en conférence deERIC BARADAT

Acier, taxes sur le numérique et protectionnisme: autant de sujets brûlants pour les ministres des Finances du G20 qui se réunissent lundi et mardi à Buenos Aires sous la menace d'une guerre commerciale généralisée.

Le rendez-vous de Buenos Aires, premier de la présidence argentine du G20, s'annonce particulièrement tendu, juste avant l'entrée en vigueur le 23 mars de droits de douane américains sur les importations d'acier et d'aluminium en provenance du monde entier, à l'exception du Canada et du Mexique.

"Jusqu'à présent, les ministres des Finances étaient réticents à s'emparer du sujet commercial, estimant que ce n'était pas de leur compétence", a expliqué à l'AFP une source proche des négociations. "Mais la situation est telle aujourd'hui qu'ils ne pourront pas ne pas en parler. La question est jusqu'où pourra-t-on aller".

Le Trésor américain a annoncé que son objectif était de mobiliser au sein du G20 contre "le problème" des pratiques commerciales de la Chine, elle-même membre de ce groupe des vingt premières puissances économiques mondiales, et souvent critiquée pour ses capacités excédentaires d'acier.

Sauf que Donald Trump, loin de réserver ses flèches à Pékin, s'en prend aussi régulièrement à l'Europe. "Drôle de stratégie qui consiste à viser la Chine en menaçant les alliés des Etats-Unis", souligne une source européenne.

La réunion de Buenos Aires sera par conséquent un test de la cohésion des Européens, avant une réunion prévue la semaine prochaine entre l'UE et les Etats-Unis autour des taxes sur l'acier et l'aluminium.

"L'important est que la position européenne soit coordonnée et unie. L'Europe doit être exemptée" des taxes américaines, assure-t-on à Paris.

Le G20 s'était emparé de la question des surcapacités chinoises lors de son sommet de 2016, et avait confié à l'OCDE la charge de surveiller les efforts faits pour juguler l'offre, sans grand résultat. "Ce forum ne va pas assez loin", regrette-t-on à Bercy.

- Pas de consensus sur les Gafa -

L'Organisation de coopération et de développement économiques, qui fait souvent office de bras opérationnel du G20, est à la peine sur un autre sujet épineux: la taxation des géants du numériques, ou Gafa.

Cet acronyme désigne les quatre mastodontes américains du secteur (Google, Amazon, Facebook, Apple), dont les pratiques d'optimisation fiscale sont régulièrement pointées du doigt.

Dans un rapport intermédiaire qu'elle remet au G20 Finances, l'OCDE a constaté qu'il n'y avait pas de consensus sur la manière de taxer les Gafa, ouvrant la voie à des mesures unilatérales comme celles que la Commission européenne prévoit de dévoiler mercredi prochain à Bruxelles.

Le rapport de l'OCDE a donné lieu à un premier avertissement à Bruxelles de la part des Etats-Unis avant même que ne débute la réunion de Buenos Aires. "Les Etats-Unis s'opposent fermement aux propositions de quelque pays que ce soit de cibler les compagnies numériques" par une taxation spéciale, a affirmé le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin.

A Buenos Aires, où la question de la cryptomonnaie bitcoin doit aussi être abordée, le G20 devrait être en mesure de s'épargner au moins une polémique: celle sur le cours du dollar.

M. Mnuchin avait fait chuter le billet vert en janvier dernier au forum économique de Davos, en disant sa préférence pour une devise américaine faible, au grand dam des pays qui exportent vers les Etats-Unis.

Le brouillon du communiqué final, qui fait l'objet d'intenses négociations, devrait être ainsi formulé, pour apaiser toute crainte de guerre des changes se greffant à une guerre commerciale: "Nous nous abstiendrons de procéder à des dévaluations compétitives et nous ne viserons pas le taux de change à des fins compétitives".

Mais le mot protectionnisme devrait rester le grand absent du texte, remplacé par une pudique critique des "inward looking policies", soit "des politiques tournées vers l'intérieur".

Cette expression soufflée par la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, selon les sources consultées par l'AFP, témoigne des difficultés du G20 à se mettre d'accord.

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