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Air France: quelle suite à la grève, et quelle négociation possible ?

Le rejet du projet salarial d'Air France et le départ annoncé de son PDG rebattent les cartes d'un conflit pour l'heure inextricable. Les syndicats maintiennent leurs revendications mais doivent revoir leur stratégie, face à une direction qui se dit incapable de négocier dans l'immédiat.

- Pourquoi le "non" l'a emporté?

Tous les acteurs le disent, à commencer par le président démissionnaire Jean-Marc Janaillac: la victoire du "non" est "la traduction d'un malaise" qui dépasse la question salariale. Il y a "une exaspération qui couve" depuis plusieurs années et "les salariés ont pu pour une fois exprimer leur mécontentement", résume Jérôme Beaurain de SUD-Aérien, en référence aux plans de productivité successifs.

En se focalisant sur les pilotes -- peu nombreux au regard des autres catégories --, la direction fait "une très mauvaise lecture" du conflit, avance-t-il. D'une part elle n'a pas pris la mesure de la "paupérisation des couches sociales les plus basses", certains salariés ayant selon lui perdu "20% de salaire horaire en cinq ans". D'autre part, elle a payé son "passage en force" sur Joon auprès des hôtesses et stewards (PNC) d'Air France, écartés de la nouvelle compagnie.

- Les syndicats sont-ils en position de force?

Sur le front de la grève, la mobilisation bat de l'aile, notamment du côté de ceux qui la font vivre : les pilotes seront 14% à faire grève mardi, quand ils l'étaient à plus de 30% en moyenne en avril.

La grève est bel et bien "minoritaire", comme le répète la direction, mais retrouve une certaine légitimité après la victoire du "non". Avec 80% de participation, c'est un "message extrêmement fort" envoyé par le personnel, selon l'intersyndicale qui continue de réclamer de "véritables négociations".

Elle se retrouve lundi après-midi pour définir sa stratégie: soit lever le pied, au risque de perdre la dynamique, soit accroître la pression, ce qui renforce l'image "jusqu'au-boutiste".

Une solution intermédiaire pourrait être trouvée: "calmer le mouvement pour l'instant", tout en déposant un nouveau préavis "à court ou moyen-terme pour dire (à la direction) que ce n'est pas fini", expose Christophe Campestre du Spaf.

"Ce n'est pas parce que la consultation nous a été favorable qu'on va arrêter tout d'un coup et attendre benoîtement que (la direction) veuille bien se rasseoir à la table des négociations", appuie le porte-parole du deuxième syndicat de pilotes.

- Peut-on reprendre rapidement les négociations?

La direction d'Air France assure que c'est impossible dans l'immédiat. "Faute d'un nouveau mandat, la direction générale d'Air France ne sera pas en mesure, dans cette période de transition, d'ouvrir quelque négociation que ce soit sur les salaires", a écrit M. Janaillac vendredi aux syndicats représentatifs, après avoir annoncé sa démission.

Mais pour le Spaf, il ne faudrait pas que, "sous prétexte de changement de direction, ils enlisent la situation", alors qu'il y a "toujours un directeur général à Air France".

Les administrateurs doivent donner à Franck Terner "un mandat clair" pour qu'il fasse un geste envers les syndicats, ce qui "faciliterait la transition avant l'arrivée du prochain PDG", développe Christophe Malloggi pour FO, assurant que "la vacance du pouvoir, ça n'existe pas".

- Quoi négocier et avec qui?

L'intersyndicale a fait tomber le président d'Air France, alors qu'ils avaient le directeur général (M. Terner) et le DRH Gilles Gateau dans le collimateur. Sans donner de nom, la CFDT affirme que la démission de M. Janaillac "en appellera sans doute d'autres dans les prochains jours".

"La stratégie Gateau-Terner a volé en éclats", ils sont "complètement discrédités", tranche Jérôme Beaurain (SUD). "Nous avons assisté à une parodie de négociation conduite par notre DRH qui nous a vraiment emmenés dans le mur", a affirmé lundi sur RTL Philippe Evain du SNPL.

Néanmoins, le président du puissant syndicat de pilotes veut croire qu'une sortie de crise rapide est possible : "La direction propose 2% (d'augmentation en 2018), les salariés demandent 5, il y a forcément un compromis qui est possible".

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