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Allemagne: expulsion sous haute tension de militants anti-charbon

La police allemande a rencontré jeudi une forte résistance de la part de militants écologistes sommés de quitter une forêt qu'ils occupent depuis des années pour empêcher le développement d'une mine de charbon du géant RWE.

Certains officiers ont subi des jets de pierre ou de cocktails Molotov, a indiqué la police locale d'Aix-la-Chapelle dans un communiqué. Un agent a été légèrement blessé, une voiture de service endommagée.

Les militants eux ont plaidé la légitime défense. "La police attaque, les gens se défendent", a lancé Karolina Drzewo, membre de l'Alliance End Terrain.

Dans la matinée, des centaines de policiers de plusieurs Länder allemands, équipés de casques et d'imposants boucliers ainsi que de camions-élévateurs et canons à eau, s'étaient déployés dans la forêt de Hambach (Rhénanie du Nord-Westphalie) pour y déloger ces dizaines de militants.

L'opération d'expulsion est ardue et devraient durer plusieurs jours: ils sont installés et barricadés dans cette forêt depuis des années, parfois dans des constructions situées à 25 mètres du sol.

Les forces de l'ordre, qui veulent démanteler la soixantaine de cabanes construites dans les branches, ont d'ailleurs gonflé au sol un grand coussin d'air pour amortir d'éventuelles chutes.

- 'Escalade irresponsable' -

Selon un journaliste de l'AFP et des médias locaux, la police a démonté des premières constructions dans la matinée. Des militants ont été délogés des arbres où ils s'étaient réfugiés puis évacués, menottés, par la police. Pour cela, les agents montent dans les cimes à l'aide d'un camion élévateur.

La présence des militants était tolérée depuis 2012, mais depuis quelques semaines une intervention policière se dessinait.

Le chef du gouvernement de l'Etat-région de Rhénanie du Nord-Westphalie, Armin Laschet, a dénoncé mercredi soir "une occupation illégale" et accusé les militants d'être violents.

Soucieuses de ne pas paraître agir pour le compte de RWE, les autorités justifient l'intervention par le risque d'incendie et le fait que les cabanes dans les arbres ne répondent pas aux normes de sécurité, alors que l'occupation vise à empêcher l'expansion d'une mine de lignite, ce charbon brun très polluant extrait à ciel ouvert sur de très vastes surfaces.

"C'est clair pour nous : il faut parler au lieu de nettoyer et d'arracher", a dénoncé le chef du groupe Vert au Bundestag, Anton Hofreiter, jeudi à Berlin. Pour lui, cette intervention policière est une "escalade totalement irresponsable" et l'argument de la protection anti-incendie "tiré par les cheveux".

"Il est incroyable que le gouvernement du Land se fasse l'agent de RWE", s'est ému Greenpeace Allemagne.

Le géant énergétique, propriétaire de la forêt, dispose des autorisations pour y couper les arbres afin d'étendre sa mine. Elle prévoit d'abattre la moitié des 200 hectares restant mi-octobre.

Les militants s'opposent eux à l'utilisation de ce combustible bon marché mais polluant. Ils préviennent en outre que la forêt abrite des espèces protégées comme la chauve-souris de Bechstein, ainsi que des hêtres et chênes centenaires.

- Mobilisation -

Les militants écologistes, dont les méthodes rappellent celles des "eco-warriors" britanniques qui occupaient des sites dans les années 90 ou les "zadistes" opposés à la construction d'un aéroport à Notre-Dame-des-Landes dans l'ouest de la France, comptent bien résister.

"C'est le début d'une mobilisation de masse à l'échelle nationale. Au cours des prochains jours, des milliers de personnes feront campagne pour la préservation de la forêt avec des manifestations, des sit-in, blocus et des promenades dans la forêt", ont prévenu jeudi plusieurs organisations écologistes.

"La zone boisée entre Cologne et Aix-la-Chapelle est devenue un symbole de la résistance au lignite", a renchéri Karolina Drzewo, membre de l'Alliance End Terrain.

L'Allemagne travaille actuellement à une stratégie de sortie du charbon afin de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, conformément à ses engagements internationaux. D'ores et déjà, les objectifs de réduction pour 2020 ne seront pas atteints.

La production d'électricité en Allemagne repose en grande partie sur le lignite, du fait notamment de la sortie du nucléaire décidée après la catastrophe de Fukushima en 2011 et programmée pour 2022.

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