En ce moment
 

BoE: vers un nouveau statu quo face au ralentissement de l'économie

BoE: vers un nouveau statu quo face au ralentissement de l'économie
Le gouverneur de la Banque d'Angleterre Mark Carney lors d'une conférence de presse à Londres, le 8 février 2018Victoria Jones

La Banque d'Angleterre devrait maintenir en l'état sa politique monétaire jeudi à l'issue d'une réunion, la possibilité d'une hausse de taux étant passée en quelques semaines de quasi-certaine à très improbable à cause d'indicateurs économiques décevants.

A l'issue de la réunion précédente en mars, qui avait vu l'institution opter pour le statu quo, l'affaire semblait entendue pour la grande majorité des analystes: la Banque d'Angleterre (BoE) augmenterait en mai son taux actuellement fixé au niveau extrêmement bas de 0,5%.

"A ce moment-là, le marché tablait sur une probabilité d'environ 90%", rappelle Alan Clarke, analyste chez Scotiabank, qui explique ce niveau d'attente par un ton "volontariste" et par les deux "dissidents" du Comité de politique monétaire qui avaient voté pour un resserrement dès mars.

Mais entre-temps, une foulée de mauvais indicateurs est venue bousculer le calendrier, poussant le gouverneur Mark Carney, dont le mandat à la tête de la BoE s'achèvera en juin 2019, à s'exprimer le 19 avril à la BBC.

"Je ne veux pas trop me concentrer sur le calendrier précis, c'est plus une question de trajectoire globale", avait-il alors expliqué, précisant "qu'il y aura d'autres réunions tout au long de l'année".

Cette prise de parole, au lendemain d'un ralentissement plus important que prévu de l'inflation en mars, a douché les attentes des investisseurs. Elle a fait plonger par conséquent la livre alors que cette dernière venait à peine d'atteindre son plus haut niveau face au dollar depuis le vote pour le Brexit du 23 juin 2016.

Le commentaire de M. Carney "a fait s'effondrer les probabilités (d'un relèvement en mai) en dessous des 20%", explique M. Clarke.

Ce propos avait aussi pour but de "montrer que la BoE veut être dans le contrôle et qu'elle ne suivra pas forcément les attentes du marché", ont souligné les analystes de RaboBank.

- Incertitudes du Brexit -

Depuis, les nouvelles sur le front économique britannique ne se sont guère améliorées.

Alors que l'institution doit également dévoiler jeudi ses dernières prévisions sur l'inflation et la croissance, l'Office des statistiques nationales (ONS) a fait état fin avril d'un ralentissement de la croissance à +0,1% au premier trimestre.

C'est le pire résultat pour le Royaume-Uni en cinq ans, alors que les analystes interrogés par Bloomberg avaient tablé sur une progression de 0,3%.

La semaine dernière de surcroît, c'est l'activité manufacturière et dans les services au mois d'avril, mesurée par les indices PMI, qui a déçu.

Plusieurs analystes ont néanmoins souligné que la hausse du taux n'était qu'une question de temps, et qu'elle avait de bonnes chances d'intervenir en août.

"Ce sera probablement le seul relèvement de taux en 2018", a commenté Howard Archer, économiste chez EY ITEM Club, qui précise en attendre deux en 2019.

A titre de comparaison, lors de la dernière réunion de mars, plusieurs analystes pariaient sur deux hausses dès 2018, en mai puis en novembre.

Autre facteur qui jouera dans les prochaines décisions de la Banque d'Angleterre: le Brexit.

Alors qu'un accord sur la période de transition a été conclu en mars entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, la situation n'a pas beaucoup progressé depuis.

Theresa May est actuellement confrontée à une fronde à l'intérieur de son camp, les conservateurs eurosceptiques refusant l'idée d'une "nouvelle union douanière" qu'elle privilégie.

Le chef de la diplomatie britannique et grand partisan du Brexit, Boris Johnson, a renchéri mardi en qualifiant de "fou" le projet de sa cheffe de gouvernement.

La BoE a déjà plusieurs fois souligné son inquiétude quant à l'impact de la sortie de l'UE sur le comportement des ménages, des entreprises et sur le prix des actifs, en raison notamment des incertitudes économiques et politiques engendrées.

Vos commentaires