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Bure: perquisitions chez des militants anti-Cigéo, sept interpellations

Bure: perquisitions chez des militants anti-Cigéo, sept interpellations
Des gendarmes interviennent le 22 février 2018 à Bure pour évacuer des opposants au projet CigéoJEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN

Sept opposants au projet d'enfouissement des déchets nucléaires à Bure (projet Cigéo, Meuse), dont un avocat parisien, ont été interpellés mercredi matin lors d'une série de perquisitions dans neuf habitations privées et collectives, a-t-on appris auprès du parquet.

Les perquisitions, qui ont débuté à 07H00, ont été réalisées "dans le cadre d'une commission rogatoire d'un juge d'instruction" portant sur trois actions commises en 2017, a indiqué à l'AFP le procureur de la République à Bar-le-Duc, Olivier Glady.

Sont concernés, un départ d'incendie volontaire commis par des militants en juin dans l'hôtel-restaurant du laboratoire de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), des dégradations commises à l'écothèque, bâtiment appartenant également à l'Andra, et une manifestation illégale, le 15 août, au cours de laquelle des violences avaient éclaté entre opposants et forces de l'ordre.

Les sept personnes interpellées, âgées de 20 à 60 ans, sont soupçonnées d'avoir participé "aux trois actions, à l'une des trois ou à la préparation de ces différentes actions", et leur garde à vue peut durer jusqu'à 48 heures ou 96 heures, a précisé M. Glady.

Parmi les suspects figure un avocat parisien, principal conseil des anti-Cigéo, dont le domicile a été perquisitionné, a-t-il indiqué.

- Protestation d'avocats-

"Je perçois son interpellation comme une attaque contre la défense de jeunes gens engagés dans une cause", a réagi auprès de l'AFP un de ses avocats, Dominique Tricaud. "En l'état des informations dont nous disposons, j'ai l'impression d'une criminalisation de la défense qui renvoie aux pires affaires politiques", a-t-il ajouté.

Une cinquantaine d'avocats, de différents barreaux de France, ont protesté dans un communiqué commun contre cette interpellation "rarissime" d'un confrère, estimant qu'"un tel procédé porte non seulement atteinte au droit à une défense effective mais constitue également une gravissime remise en cause du plein exercice de la profession d'avocat, pourtant garanti par la loi et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme".

"Plus de 200 gendarmes, enquêteurs et militaires destinés au maintien de l'ordre" ont été mobilisés pour ces perquisitions qui visaient notamment la "Maison de résistance", à Bure, où l'ambiance était "plutôt calme", selon le procureur.

Une personne a néanmoins été interpellée pour rébellion, a-t-il ajouté.

- "Dérive sécuritaire"-

C'est une "nouvelle preuve de la dérive sécuritaire du gouvernement, qui traite des militant(e)s et des habitant(e)s comme des terroristes pour essayer de détourner l'attention des problèmes colossaux posés par Cigéo", a réagi le réseau Sortir du nucléaire dans un communiqué.

"Il s'agit de la vague de perquisitions la plus lourde jamais subie dans le mouvement", souligne-t-il.

"Ce n'est pas un hasard si c'est après (la manifestation antinucléaire de samedi), même si ça concerne des actions antérieures: c'est une manière de répondre politiquement à une mobilisation de 3.000 personnes", a dénoncé auprès de l'AFP Juliette Geoffroy, du Comité contre l'enfouissement des déchets nucléaires (Cedra), regrettant "un rapport de force constant".

Samedi, entre 1.000 et plus de 3.000 personnes, selon la préfecture et les organisateurs, ont défilé à Bar-le-Duc pour protester contre le projet Cigéo, mené par l'Andra, qui vise à enfouir à 500 m sous terre les déchets les plus radioactifs ou à vie longue du parc nucléaire français.

Parmi les six personnes interpellées lors de cette manifestation émaillée de dégradations et de heurts avec les force de l'ordre, deux hommes ont été incarcérés lundi après avoir été condamnés en comparution immédiate.

Les antinucléaires ont appelé à des rassemblements de soutien à 18H00 devant les préfectures.

Quelque 150 gendarmes avaient déjà effectué plusieurs perquisitions en septembre 2017 dans le cadre de cette même affaire.

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