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Comme une apparence de normalité à la centrale de Fukushima

Bâtiment administratif flambant neuf, décombres dissimulés aux regards et possibilité d'arpenter les lieux avec une protection minimale: la centrale de Fukushima cherche à offrir un autre visage à deux ans des jeux Olympiques de Tokyo, mais la tâche reste herculéenne.

Sur les lieux de la pire catastrophe nucléaire depuis l'accident de Tchernobyl en avril 1986, qui a entraîné il y a sept ans l'évacuation de centaines de milliers d'habitants, l'employé de la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco) se livre à un impossible exercice de promotion, au cours d'une visite organisée pour des journalistes étrangers.

En faisant visiter le site dévasté en mars 2011 par un tsunami, Kenji Abe se réjouit des progrès accomplis, saluant au passage "ces cerisiers qui fleurissent au printemps" au risque de choquer certains.

Un peu plus loin, on s'arrête en haut d'une petite colline avec vue sur les réacteurs endommagés et une mer si calme qu'il est difficile d'imaginer ce jour où elle se déchaîna. La marque a été inscrite sur un mur, à 14 mètres de hauteur.

- "Equipement très léger" -

Inondée, la centrale se retrouva privée de courant et les coeurs non refroidis de trois des six réacteurs entrèrent en fusion, provoquant des explosions d'hydrogène qui firent voler plusieurs bâtiments.

Loin des scènes de désolation post-désastre, ils ont été retapés, sécurisés, préparés pour les délicates étapes à venir, même si les stigmates demeurent, telles ces ossatures métalliques tordues.

Depuis mai 2018, il est possible de s'aventurer au pied des réacteurs avec un "équipement très léger", souligne le porte-parole de Tepco: pantalons et manches longues, un simple masque jetable, des lunettes, des gants, deux paires de chaussettes, des chaussures spéciales et un inévitable dosimètre.

Seule une toute petite portion du site, où fourmillent 3.000 à 4.000 ouvriers, requiert le port d'une combinaison spéciale. Et Tepco accepte désormais les demandes de visites de groupes de résidents locaux, de diplomates et d'élèves, amenées à s'intensifier à l'approche de JO placés sous le signe de "la reconstruction". Symboliquement la flamme partira de la région.

Dans cette même volonté de normalisation, la compagnie s'est offert mi-juillet, pour la première fois depuis l'accident, une campagne publicitaire à la télévision. Elle prévoit aussi de construire un nouveau réacteur dans le nord du Japon.

- Citernes par milliers -

La visite se poursuit par une halte autour du mur de glace souterrain de 1,5 km, autre motif de satisfaction pour l'exploitant. Objectif: éviter que l'eau venant de la montagne et descendant vers la mer ne coule dans les sous-sols des réacteurs où elle est contaminée par les débris radioactifs.

Auparavant, jusqu'à 400 mètres cubes d'eau passaient chaque jour à travers les installations, une quantité réduite à une centaine de m3 en moyenne, selon le représentant de l'entreprise qui n'a pas pour autant résolu le casse-tête du devenir de ce liquide contaminé.

Pour l'instant, l'eau est pompée puis épurée de 62 radionucléides à l'exception du tritium, avant d'être stockée dans des citernes.

Ces imposants réservoirs sont partout: il y en a près de 900 contenant 1 million de m3 d'eau.

"Il est possible de la rejeter dans la mer", avance M. Abe, une solution préconisée par les experts internationaux. "Ce n'est pas quelque chose d'inhabituel, les centrales nucléaires le font en temps normal, mais les pêcheurs ont des inquiétudes", dit-il.

Déjà durement touchés par la catastrophe, ils refusent ce qu'ils voient comme un coup fatal à leur activité.

- Pas de précédent -

La compagnie devra ensuite s'attaquer à une opération qui n'a jamais été réalisée ailleurs dans le monde: extraire le combustible fondu des réacteurs, non seulement dans la cuve sous pression mais aussi au fond de l'enceinte de confinement.

"Il y a eu l'accident de Tchernobyl, mais ils n'ont pas enlevé les débris (le réacteur a été recouvert d'un sarcophage). Donc pour ce qui est de notre travail ici, nous ne pouvons nous y référer", note Katsuyoshi Oyama, chargé de la communication des risques chez Tepco.

Il s'agit d'imaginer des moyens techniques inédits pour réussir cette tâche d'autant plus complexe qu'elle nécessitera l'intervention de robots télécommandés, compte tenu des niveaux mortels de radioactivité régnant dans les trois réacteurs.

La compagnie espère toujours accomplir l'assainissement du site "en 30 à 40 ans à compter de la date du désastre". "Mais si on devait démanteler complètement la centrale, cela prendrait beaucoup plus de temps", reconnaît le représentant de Tepco.

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