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Entre inondations et guerre commerciale, les fermiers américains touchés mais pas abattus

Entre des inondations exceptionnelles au printemps et la guerre commerciale qui bat son plein, l'année est rude pour les agriculteurs américains. Mais si certains tirent la sonnette d'alarme, d'autres relativisent et font encore confiance à Donald Trump pour les soutenir.

Le locataire de la Maison Blanche a récemment fait monter les tensions avec la Chine et Pékin, en mesures de représailles, a soudainement annoncé lundi l'arrêt de toute commande de produits agricoles en provenance des Etats-Unis.

"Un coup dur", selon Zippy Duvall, le président du principal syndicat agricole du pays, le Farm Bureau.

Les exportations vers la Chine, habituellement un gros client pour les agriculteurs américains, avaient déjà chuté de 19,5 milliards de dollars à 9,1 milliards en 2018. "Maintenant on risque de perdre tout" ce marché, a déploré le responsable dans un communiqué.

En déplacement jeudi dans l'Iowa, au coeur de l'Amérique rurale qui a largement voté pour Donald Trump en 2016, le candidat démocrate à la présidentielle américaine Joe Biden, s'est montré particulièrement catastrophiste.

La guerre commerciale "va causer bien plus que des problèmes financiers (...), elle va conduire à de nombreuses faillites" dans le monde agricole, a-t-il affirmé.

- Stress -

Selon les calculs du Farm Bureau, les faillites d'exploitations agricoles s'affichaient de fait en hausse de 13% sur un an au 30 juin, alors même qu'elles avaient légèrement reculé sur l'ensemble de l'année 2018.

Mais la guerre commerciale n'est qu'un élément parmi d'autres, remarque le document: "la détérioration des conditions financières des agriculteurs et des éleveurs est le résultat direct de plusieurs années de faibles revenus agricoles, d'un rendement faible des actifs agricoles, d'une dette croissante, de catastrophes naturelles et de la deuxième année de mesures de rétorsion appliquées à de nombreux produits agricoles américains", y est-il avancé.

Surtout, d'importantes pluies au printemps et au début de l'été ont submergé toute une partie des champs, retardant les semis de plusieurs semaines, voire les empêchant totalement.

Non seulement les rendements devraient être affectés mais les agriculteurs craignent que les plantes, en retard dans leur développement, soient frappées de gels précoces à l'automne.

"Ce n'est pas inhabituel d'avoir des pertes en raison de la météo, mais pas forcément de cette ampleur", constate Jamie Beyer, qui cultive à Wheaton, dans le Minnesota, du soja, du maïs, des betteraves sucrières et de la luzerne.

"Ca rajoute au stress que nous causent les tensions commerciales. Car on sait que si on avait eu une année avec des rendements élevés et une récolte importante, les cours auraient plongé", remarque-t-elle.

- Regagner la confiance -

Les agriculteurs contactés par l'AFP confirment tous que la situation est disparate.

"Le facteur chance et quelques bonnes décisions jouent beaucoup", note John Reifsteck, qui exploite du maïs et du soja dans l'Illinois.

"Les conflits commerciaux, avec la Chine mais aussi le Mexique et le Canada, pèsent sans aucun doute sur les cours et on se retrouve coincés au milieu", déplore-t-il. Mais d'autres éléments entrent aussi en jeu comme le fait que les précédentes moissons étaient abondantes ou que la peste porcine africaine a décimé toute une partie du cheptel en Chine, faisant chuter la demande en soja.

Installé dans le nord-ouest du Missouri où de nombreux champs le long du fleuve Mississippi sont encore sous l'eau, Blake Hurst est parvenu à semer tous ses terrains. Mais entre les conditions météo et les tensions commerciales, il ne prévoit pas de gagner d'argent sur son exploitation cette année.

Les agriculteurs sont habitués aux aléas climatiques. En revanche, "cela fait 18 mois maintenant qu'on est dans la guerre commerciale et on ne sait pas si ca va un jour s'améliorer", regrette-t-il. "On perd un peu patience."

Le soutien de la communauté agricole à Donald Trump reste malgré tout solide à ses yeux, en particulier quand il s'agit de rester ferme face à la Chine.

Les assurances versées aux agriculteurs n'ayant pas pu semer et les 28 milliards de dollars d'aides destinés aux agriculteurs affectés par la guerre commerciale devraient permettre, à court terme, de limiter les dégâts.

C'est toutefois une réponse "surtout symbolique" par rapport aux pertes qu'ont causées les tarifs douaniers, estime Bruce Rohwer, fermier dans le nord-ouest de l'Iowa et président de l'Association des cultivateurs de maïs de l'Etat. A plus long terme, "il va falloir regagner la confiance de nos partenaires commerciaux."

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