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Ghosn: "mettre en place une succession solide" à la tête de Renault

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Le patron de Renault, Carlos Ghosn lors de son audition devant la Commission économique et financière de l'Assemblée nationale à Paris le 17 janvier 2018 ERIC PIERMONT

"Il faut mettre en place une succession solide à la tête de Renault", a déclaré jeudi à l'AFP le PDG du groupe Carlos Ghosn, qui entend aussi consacrer son prochain mandat à assurer la pérennité de l'alliance avec Nissan et Mitsubishi.

Question: Comment a été guidé le choix de Thierry Bolloré comme numéro deux du groupe Renault?

Carlos Ghosn: La sélection de M. Bolloré a fait l'objet d'une sélection en comité des nominations, avec un processus très ouvert. On a examiné beaucoup de candidatures internes et externes. Le choix de M. Bolloré est apparu comme étant le plus pertinent au travers de ses qualités propres. C'est quelqu'un que je connais depuis longtemps, qui a contribué très fortement au succès du plan "Renault Drive The Change" au cours des dernières années dans une position importante, puisqu'il était en charge de la compétitivité de Renault. Il connaît bien l'industrie, il connaît bien Renault, il a montré qu'il était capable de bien travailler avec les Japonais. Et, évidemment, l'un des critères les plus importants, c'est sa capacité à contribuer à la performance de l'entreprise.

En tant que directeur général adjoint groupe, il sera en charge de toutes les opérations, avec une responsabilité opérationnelle beaucoup plus large que celle qu'il a eue dans le passé, puisqu'il couvre notamment la finance, le personnel. J'ai voulu vraiment faire une délégation très forte sur le plan opérationnel.

Aujourd'hui, il est en pole position pour la succession au poste de PDG de Renault. Mais ce sera au conseil d'administration de décider.

Q: Pourquoi avoir choisi d'effectuer un nouveau mandat ?

C.G.: On m'avait posé la question il y a quelque temps. J'avais dit que je partais ou non pour un nouveau mandat en fonction de la feuille de route. On s'est mis d'accord sur une feuille de route. Si on ne s'était pas mis d'accord, je pense que ça se serait arrêté ici. D'ailleurs sur un bilan dont je suis très fier. Constructeur, numéro un mondial, et Renault qui termine avec une année 2017 record... Il faut continuer la bonne performance de Renault mais aussi assurer la pérennité de l'alliance. J'ai passé 20 ans à construire cette alliance. Je l'ai élargie. Je n'ai pas du tout envie de ne pas assurer sa pérennité, non seulement opérationnelle mais aussi organisationnelle.

Il faut mettre en place une succession solide, d'abord à la tête de Renault, c'est l'élément le plus important. Et puis il y a l'alliance qui est en filigrane derrière.

C'est vrai que le prochain mandat est un mandat qui va au delà de s'assurer que les entreprises sont performantes. Quand on arrive en position de numéro un, le plus important est de la conserver et de continuer à se développer. Il faut continuer à alimenter l'alliance avec de nouvelles initiatives qui vont lui permettre d'assumer son leadership.

Q: Comment devra évoluer l'alliance concrètement pour être pérenne ?

C.G.: C'est trop tôt pour le dire. On est tous d'accord, aussi bien l'actionnaire principal de Renault qu'est l'Etat, que Renault au niveau du top management, que le conseil d'administration de Renault, que le conseil de Nissan, que le top management de Nissan, que le conseil de Mitsubishi etc... On est tous d'accord que l'alliance est une bonne chose qui profite à chacune des entreprises qui la composent, donc il faut assurer sa pérennité.

Maintenant la question est de savoir qu'est ce que ça veut dire sur le plan organisationnel, sur le plan juridique.

Il faut continuer la convergence entre les trois entreprises tout en les laissant assez autonomes chacune sur ses marchés, et chacune dans son pays, dans sa culture.

Le risque (de désunion, ndlr) est un risque que nous avons couru depuis le premier jour et finalement ça ne nous a pas empêchés de construire une alliance plus forte, plus large, sur les 19 années que ça a duré.

Tout est sur la table. Il n'y a pas de tabou, pas d'interdit (au sujet d'éventuelles modifications des niveaux des participations croisées entre partenaires, ndlr).

Il est évident que la discussion sur la pérennité de l'alliance va inclure l'Etat français qui est quand même un actionnaire important de Renault. Les intérêts fondamentaux des uns et des autres seront évidemment pris en compte. Les intérêts de l'Etat français, qui ont été exprimés très clairement, c'est l'ancrage de Renault en France, le maintien d'une forte composante technologique en France. Ce sont des choses qui nous paraissent tout à fait naturelles et qui devront être prises en compte dans la pérennité de l'alliance.

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