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Grève à l'Holiday Inn de Clichy il y a un an: une victoire au goût "délicieux"

Grève à l'Holiday Inn de Clichy il y a un an: une victoire au goût
Piquet de grève des grévistes de Héméra, le 7 décembre 2017 au Holiday Inn de Clichy, dans les Hauts-de-SeineBERTRAND GUAY

Une bataille "dans la douleur" de presque quatre mois et au bout une victoire au goût "délicieux": un an après, les ex-grévistes du nettoyage de l'hôtel Holiday Inn de Clichy (Hauts-de-Seine) ne regrettent pas ce long combat pour défendre une "cause juste".

Alors que la sous-traitance dans l'hôtellerie est à nouveau au cœur d'un conflit, cette fois au luxueux Park Hyatt Vendôme de la rue de la Paix à Paris, Mirabelle Nsang, l'emblématique porte-parole des ex-grévistes du prestataire de nettoyage Héméra, encourage les femmes de chambre, équipiers et gouvernantes du palace: "Si nous, on a pu, vous pouvez!"

La déléguée CNT-Solidarité ouvrière de l'hôtel de la porte de Clichy le reconnaît. Au premier jour de grève le 19 octobre 2017, déclenchée pour s'opposer à une mutation "arbitraire", "on croyait que c'était pour une journée".

Finalement, la douzaine de grévistes sur les 42 salariés d'Héméra employés dans l'hôtel resteront presque quatre mois devant l'établissement, par tous les temps, jusqu'à la signature d'un protocole d'accord dans la nuit du 8 au 9 février.

"La lutte a payé", se félicite Claude Lévy, du syndicat CGT-HPE (Hôtels de prestige et économiques). "Paradoxalement", ce conflit d'une "poignée de salariés" est "le plus long que j'aie jamais connu", souligne de son côté Etienne Deschamps, juriste au syndicat CNT-SO.

Aujourd'hui "les deux mutées sont là. C'est la plus grande victoire", se réjouit Eric Lamothe, délégué CGT-HPE. Car à l'Holiday Inn, c'est la mutation d'une gouvernante, la deuxième en six mois, qui a mis le feu aux poudres. "Ils allaient casser le collectif" de travail, des femmes et des hommes travaillant ensemble depuis des années.

En jeu, la clause de mobilité figurant dans les contrats, "une épée de Damoclès", dit-il : "Si on revendique, on est muté". Outre la suppression de cette clause, les grévistes demandaient le règlement des heures supplémentaires, une prime de panier et une prime de 13e mois. Face au refus d'Héméra de revenir sur les mutations, ils ont ensuite revendiqué leur embauche directe par l'hôtel.

"La bataille a été rude", observe Mirabelle Nsang, avec "un Goliath en face de nous". Entre piquet de grève et défilés dans Clichy ou à Paris devant des hôtels Holiday Inn ou Intercontinental, le groupe hôtelier britannique IHG (Intercontinental Hôtels Group) étant propriétaire de la marque Holiday Inn, les semaines passent sans que rien ne bouge. "Il faisait froid, on mangeait mal, il fallait avoir du courage", se rappelle Eric Lamothe.

- "esclavage moderne" -

Épuisés mais soudés, les grévistes continuent. "On n'avait plus rien à perdre" dit la première, "il fallait se battre jusqu'au bout, même dans la douleur" dit le deuxième.

Pour dénoncer "l'esclavage moderne" que constitue à leurs yeux la sous-traitance hôtelière et interpeller le groupe IHG, les syndicats CGT-HPE et CNT-SO multiplient les initiatives. Ils traversent même les frontières, avec des manifestations à Barcelone, Londres, Bruxelles et Genève. "Une belle aventure. Inimaginable", se souvient Eric Lamothe.

Fin janvier, à la veille d'une réunion convoquée par la préfecture des Hauts-de-Seine, la direction de l'hôtel ouvre des discussions avec les grévistes. Le "donneur d'ordres" a "négocié en lieu et place du sous-traitant", complètement absent, analyse Etienne Deschamps.

Au bout du compte, les grévistes obtiennent l'annulation des mutations, la suppression de la clause de mobilité, une prime de panier de 7,14 euros par jour, comme les salariés de l'hôtel, le décompte et le paiement de toutes les heures travaillées ou encore un plancher à 30 heures de travail hebdomadaire minimum.

L'accord prévoit aussi une clause de revoyure à l'été 2019 pour étudier une éventuelle internalisation des salariés au vu de la fréquentation de l'hôtel et la mise en place d'un 13e mois.

Malgré ce "fruit délicieux" de la victoire, le retour dans les murs de l'établissement a été "très difficile", expliquent les deux délégués. Les grévistes sont "mis à part", leurs collègues - qui bénéficient des avancées obtenues grâce au conflit - "ne (leur) parlaient pas", conséquence d'un "mot d'ordre". "On a fait bloc" encore, dit Mirabelle Nsang. Progressivement, l'ambiance s'est "apaisée", reprend Eric Lamothe.

Ils attendent maintenant de savoir à quelle sauce ils seront mangés après le 18 décembre. Le contrat de prestataire de la société Héméra s'achève à cette date. Plutôt qu'un énième changement de prestataire, Claude Lévy parie sur une "bonne nouvelle", comme une "probable internalisation".

Quoi qu'il en soit, les grévistes ont retenu une leçon: "toujours revendiquer ses droits" et "se battre si la cause est juste".

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