SNCF: après une grève suivie, retour progressif à la normale

Le premier épisode de la grève contre la réforme de la SNCF, encore très suivie mercredi par les personnels indispensables à la circulation des trains, doit s'achever jeudi matin avec le retour progressif à la normale d'un trafic très perturbé pendant deux jours.

Dans l'après-midi, Matignon a annoncé qu'Edouard Philippe reportait "son déplacement au Mali pour rester ce week-end à Paris", laissant entendre que l'annulation était notamment liée à la grève SNCF.

La grève doit reprendre dès samedi 20H00, pour deux jours à nouveau, jusqu'à mardi 7H55. Le Premier ministre était attendu samedi et dimanche au Mali. En assemblées générales (AG) mercredi, les cheminots de SUD-Rail, seul syndicat qui avait appelé à une grève illimitée reconductible par 24 heures, ont en effet décidé de ne pas s'y engager dans l'immédiat, "pour ne pas briser l'unité syndicale".

Mais "SUD-Rail va proposer le vote lundi en AG de motions pour un durcissement du mouvement vu l'urgence du calendrier" parlementaire, a prévenu Erik Meyer, porte-parole de ce syndicat.

"Je suis persuadé que nous avons l'opinion publique pour nous et les usagers qui nous soutiennent", a déclaré le secrétaire général de la CGT-Cheminots, Laurent Brun, sur CNews.

Au deuxième jour du premier épisode de grève de deux jours sur cinq annoncée jusqu'au 28 juin, à l'appel de la CGT, l'Unsa et la CFDT, la participation globale était annoncée en baisse par la direction de la SNCF, avec 29,7% de grévistes "en milieu de matinée" (après 33,9% la veille). Mais les trois quarts des conducteurs restaient mobilisés (74% contre 77% mardi) et il y avait davantage de contrôleurs (77% contre 69%) et d'aiguilleurs (46% contre 39%) en grève.

En conséquence, seul un TGV sur sept et un train régional sur cinq en moyenne, soit sensiblement la même chose que mardi, devaient circuler mercredi.

Le trafic doit revenir progressivement à la normale jeudi, selon la SNCF. Le trafic TGV est annoncé "quasi normal", trois trains régionaux sur quatre sont prévus et trois Intercités sur cinq.

- Table ronde au ministère -

Le gouvernement va mener la "transformation" de la SNCF "jusqu'au bout, avec calme et avec une grande détermination", en dépit de la grève, a déclaré son porte-parole Benjamin Griveaux, à l'issue du Conseil des ministres.

Le président Emmanuel Macron a demandé aux ministres de "continuer à expliquer calmement et posément" cette réforme et à "ne jamais stigmatiser personne", a-t-il ajouté.

Le dialogue "n'est pas rompu", a promis le patron de la SNCF Guillaume Pepy dans un entretien aux quotidiens régionaux du groupe Ebra à paraître jeudi, rappelant l'ouverture la semaine prochaine "des concertations sur l'organisation du travail, les métiers, d'aujourd'hui et de demain, l'élargissement des compétences, une meilleure reconnaissance du travail".

La CGT, qui a publié le mois dernier son propre rapport sur l'avenir du rail, accuse de son côté le gouvernement et la direction de la SNCF d'"enfumage" et de "désinformation".

La CGT, Unsa, SUD et CFDT ont reporté leur réunion commune prévue jeudi matin. Elles se retrouveront jeudi après-midi au ministère des Transports pour une table ronde sur la dette, le financement et le statut de l'entreprise SNCF. Vendredi, une autre réunion au ministère se penchera sur les droits sociaux des cheminots.

Le projet de loi sur le pacte ferroviaire, qui prévoit un recours aux ordonnances sur certains points, sera voté en première lecture le 17 avril à l'Assemblée. Les députés Les Républicains devraient s'entendre pour voter "pour" la réforme ou "s'abstenir", a estimé Damien Abad, l'un des vice-présidents du parti.

- "Intérêt général" -

A Marseille, plusieurs centaines de manifestants -agents des finances publiques, dockers retraités, postiers, étudiants...- se sont rassemblés mercredi à la mi-journée à la gare Saint-Charles pour soutenir les cheminots et "défendre le service public" .

En début de matinée, à la gare de Lyon-Perrache, Véronique, une aide à domicile de 54 ans, descendait d'un train pris plus tôt qu'habituellement. "Pour mon employeur, la grève, c'est pas son problème. Il faut être à l'heure", disait-elle. "Je n'ai pas trop saisi le fond de la grève mais il faut qu'ils arrêtent."

"Je comprends les raisons de la grève", estimait en revanche à Dijon Emilie Hoertel, 39 ans, clerc d'avocat à Paris. "Même si ça ne nous arrange pas la vie, pour garder un service public qui maille le territoire, ça vaut le coup de se battre."

Pour l'ancien numéro un de la CGT, Bernard Thibault, le gouvernement se trompe de cible en voulant modifier le statut de la SNCF (en société anonyme), abandonner l'embauche au statut de cheminot et ouvrir le transport ferroviaire de voyageurs à la concurrence.

"Accuser les cheminots d'être responsables du désastre des politiques publiques est un comble", alors qu'au contraire leur mobilisation "porte l'intérêt général", affirme-t-il dans une tribune publiée dans le Monde.

Côté soutien financier aux grévistes, la "cagnotte" lancée le 23 mars par une trentaine d'écrivains, réalisateurs ou universitaires contenait 220.000 euros, mercredi en début de soirée. Quant à la "caisse de grève" lancée par SUD-Rail, elle disposait de près de 20.000 euros.

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