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Incertitude sur l'impact sanitaire à terme de la catastrophe Lubrizol

Incertitude sur l'impact sanitaire à terme de la catastrophe Lubrizol
Un salarié de l'usine Lubrizol devant les écrans de vidéosurveillance dans la salle de contrôle, le 24 octobre 2019, à RouenLOU BENOIST

Quel sera à terme l'impact de la catastrophe de Lubrizol à Rouen sur la santé de la population ? Pour le savoir beaucoup réclament une campagne de prélèvements sanguins. "Prématuré", répond pour l'heure l'Etat.

"Plus tard on fera des prélèvements, moins on aura d'idée sur à quoi la population a été exposée au moment de l'accident", estime le député européen EELV et élu de la métropole de Rouen David Cormand, interrogé par l'AFP.

Les analyses de sang "c'est ce qui a permis de mesurer l'impact de la catastrophe de Seveso" en Italie en 1976, renchérit Olivier Blond, président de l'association Respire qui avec l'avocate et ancienne ministre Corinne Lepage s'apprête à déposer plainte contre X pour mise en danger de la vie d'autrui après l'incendie de l'usine Seveso seuil haut du 26 septembre.

Le 10 juillet 1976, de la dioxine s'était massivement échappée d'une usine de cette commune du Nord de l'Italie. Le sang de milliers de personnes avait été analysé dans la foulée, a indiqué à l'AFP le professeur Paolo Mocarelli de l'université de Milan-Bicocca.

"Sur des substances comme le benzène par exemple, maintenant c'est trop tard", ajoute Nathalie Le Meur, pharmacienne-biologiste, une des 1.300 adhérents de Respire Rouen qui se dit "révoltée".

"Si dans 10 ans on voit apparaître des cancers, comme on n'a pas de point de départ, ce sera plus facile de dire qu'il n'y a pas de lien" avec Lubrizol, ajoute Joël Spiroux, médecin qui travaille "depuis plus de 20 ans" avec Corinne Lepage.

Pour l'heure seuls des agents publics intervenus dans le périmètre des 500 m de l'usine, se sont vu proposer des prélèvements sanguins. Et des anomalies hépatiques ou rénales sont apparues. "Ces anomalies semblent mineures mais touchant un grand nombre de personnes, 100 à 200 (pompiers et policiers ndlr). Il faut vraiment qu'on investigue", pour savoir s'il y a un lien avec la catastrophe, assure à l'AFP Jean-François Gehanno professeur au CHU de Rouen. Ce médecin a participé à la définition du protocole de prélèvements pour les pompiers "manifestement pas tous" protégés "et en tout cas pas tout le temps". D'autres prélèvements sont prévus.

- "trous dans la raquette" -

Pourquoi ne pas étendre cette campagne à des échantillons de la population qui a été sous le panache de fumée de 22 km ? "Le protocole est très, très lourd. Les pompiers ont été au cœur du foyer, les pieds dans les hydrocarbures", a expliqué le préfet de Normandie Pierre-André Durand lors d'une conférence de presse.

Il est "prématuré de dire", avant les résultats de l'étude environnementale en cours, si des prélèvements sanguins auront lieu pour la population, a précisé Nathalie Viard de l'Agence régionale de santé.

Rechercher la dioxine dans le sang, ce n'est pas trop tard, au contraire, mais "c'est compliqué et c'est 375 euros l'analyse", précise M. Gehanno. Or "les analyses environnementales qui ont été faites sont plutôt rassurantes sur le niveau d'exposition de la population en général. Pour l'instant c'est surtout les intervenants de premier secours qui me préoccupent", poursuit-il.

"Le niveau d'exposition n'est pas le même qu'à Seveso où ce sont des kilos de dioxine qui ont été émis", ajoute le médecin.

Beaucoup demeurent toutefois méfiants face aux chiffres "rassurants" de l'Etat quand des milliers de tonnes de produits chimiques ont brûlé. D'autant que nombre de personnes ont souffert d'irritations de la gorge, de maux de têtes, vomissements ou diarrhées.

Mais selon le professeur Gehanno, ces symptômes ne disent rien du risque à long terme.

"Des produits cancérogènes, il y en a toujours dans des fumées d'incendie. Là y en avait, peut-être des différents", précise-t-il.

Pour le Dr Spiroux, on est loin d'avoir identifié et cherché tous les toxiques issus de cette catastrophe.

L'association de mesure de la qualité de l'air Atmo Normandie a admis qu'il y avait eu "des trous dans la raquette". "On a fait ce qu'on a pu. Nos équipements sont faits pour mesurer la pollution chronique", a expliqué sa directrice Véronique Delmas lors d'une réunion publique.

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