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Jean-François Bohnert promis à la tête du parquet national financier

Jean-François Bohnert promis à la tête du parquet national financier
Jean-François Bohnert, le 15 janvier 2016 lors de l'audience solenelle de rentrée de la Cour d'appel de ReimsFRANCOIS NASCIMBENI

Un magistrat au profil européen à la tête du parquet national financier (PNF): Jean-François Bohnert, procureur général à Reims, a été choisi par la ministre de la Justice Nicole Belloubet pour diriger ce parquet, "force de frappe" contre la grande délinquance financière.

Le nom de ce magistrat de 58 ans a été proposé au Conseil supérieur de la magistrature (CSM), a annoncé mardi le porte-parole de la Chancellerie. Le CSM rendra ensuite un avis non contraignant. M. Bohnert devrait donc prendre la succession, dans les semaines à venir, d'Eliane Houlette, partie à la retraite fin juin.

M. Bohnert faisait figure de favori pour prendre la tête de ce parquet, né en 2014 après le scandale Cahuzac, du nom de l'ancien ministre du Budget de François Hollande qui avait un compte caché à l'étranger.

Le CV de ce magistrat polyglotte avait également circulé pour le poste de premier procureur européen. Mais mi-juillet, la Roumanie a annoncé que la France était désormais prête à soutenir la candidature de Laura Codruta Kovesi, l'ancienne cheffe du parquet anticorruption roumain. Les portes du PNF semblaient dès lors grand ouvertes pour Jean-François Bohnert.

Ce magistrat a démarré comme substitut du procureur au tribunal de Strasbourg, en 1987. Mais dès 1993, sa carrière a pris un tournant: il est détaché auprès du ministère de la Défense pour devenir juge d'instruction au tribunal aux armées des forces françaises basées en Allemagne.

En 1998, il est mis à disposition du ministère des Affaires étrangères pour devenir le premier "magistrat de liaison" français en Allemagne, avec pour mission d'améliorer la coopération judiciaire entre les deux pays.

Son profil européen s'est étoffé à partir de 2003. Il quitte alors l'Allemagne pour les Pays-Bas: jusqu'en 2007, il est le représentant de la France auprès de l'organisme Eurojust, unité de coopération judiciaire de l'Union européenne, basée à La Haye (Pays-Bas), qui regroupe des magistrats de chacun des Etats membres.

Revenu en France en 2007, il devient successivement procureur adjoint au tribunal de grande instance (TGI) de Dijon pendant quatre ans, avocat général près la Cour d'appel de Bourges en 2011, procureur au TGI de Rouen entre 2013 et 2016, et enfin procureur général à Reims.

M. Bohnert s'apprête à prendre la tête d'un parquet qui compte 37 personnes, dont 18 magistrats, et gère plus de 530 dossiers. Ce parquet est devenu une arme majeure du nouvel arsenal antifraude, avec notamment la Haute autorité pour la transparence de la vie publique et l'Office central de lutte anticorruption.

- Mercato au parquet -

Parfois accusée d'être à la botte du pouvoir, l'institution a peu à peu fait taire les plus critiques. Les cinq premières années du PNF ont abouti aux condamnations de l'ancien bras droit de Nicolas Sarkozy Claude Guéant ou du vice-président de Guinée équatoriale Teodorin Obiang. Mais aussi de grandes banques, dont la suisse UBS qui a écopé en février d'une amende record de 3,7 milliards d'euros pour blanchiment aggravé, condamnation dont elle a fait appel.

Le PNF a aussi épinglé la filiale suisse de la britannique HSBC, qui a accepté en 2017 de payer 300 millions d'euros pour éviter un procès pour blanchiment.

Parmi les prochains rendez-vous du PNF: l'épilogue, à la rentrée, dans le procès pour blanchiment du baron des Hauts-de-Seine Patrick Balkany. Par ailleurs, le procès de l'ancien premier ministre François Fillon et de son épouse dans l'affaire des emplois fictifs dont celle-ci aurait bénéficié doit avoir lieu début 2020.

Il y aura également le procès en correctionnelle pour corruption de l'ex-président Nicolas Sarkozy, une première sous la Ve République.

Quand elle sera officielle, la nomination de Jean-François Bohnert marquera la fin du mercato pour les hauts postes au sein du parquet. En novembre, Rémy Heitz a succédé comme procureur de Paris à François Molins, devenu procureur général près la Cour de cassation. Jean-François Ricard est lui devenu début juillet le premier procureur antiterroriste.

ctx-chd-eva-bur/mch/jt/cam

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